Economie, International, Politique

L’abstraite connexion russo-turque

Il est de ces pays aux enjeux géopolitiques élevés. Entre ententes et discordes, la Russie et la Turquie se baladent depuis maintenant trois décennies sur un fil dont on ne saurait prédire l’avenir. Il est question d’approvisionnements, en hydrocarbures comme en alimentation, mais aussi de deux modèles de croissance complémentaires, le tout, concernant deux hommes à la pratique du pouvoir similaire.

Il existe bien deux sujets sur lesquels Ankara et Moscou ne peuvent s’entendre. D’abord la Syrie, si Poutine soutient Damas et fournit des armes à Bachar Al Assad, la Turquie appelle à sa chute. En parallèle, l’Ukraine, tandis qu’Erdoğan tend à légitimer l’actuel gouvernement de Kiev, la Russie s’active dans la révolte menée par la population de Donbass. Trop peu toutefois pour bouleverser l’équilibre entretenu depuis des années entre les deux nations.

La Turquie nage en eaux troubles dans l’OTAN

203123456L’économie turque se trouve portée par une demande interne évoluant de manière exponentielle, au plus grand bonheur de la Russie pour qui la demande extérieure vient dicter sa croissance. Si les échanges russo-turcs atteignaient 32 milliards de dollars en 2014, l’objectif déclaré avant-hier par les deux dirigeants culmine à 100 milliards de dollars d’ici 2020. C’est d’ailleurs dans cette visée qu’Erdoğan récuse les décrets de l’OTAN concernant les punitions affligées à Moscou pour l’implication russe dans la guerre de Crimée. Ainsi, les exportations agricoles turques sont toujours aussi conséquentes en Russie, tout comme la présence de ses entreprises BTP.

L’énergie russe et la synergie turque

On comprend la position turque au regard de ses besoins en hydrocarbures, 93% de sa consommation de pétrole est importée, 59% de celle-ci provient de Russie. Affecter ses relations diplomatiques avec Moscou relèverait du suicide pour un État qui se lasse d’attendre l’ouverture européenne. Le point de vue d’Ankara est en somme assez simple, éviter une inflation des prix du gaz russe, se rappelant tristement les 39% d’augmentation de 2010. Toutefois, on ne peut limiter la dissidence turque à ce simple constat. Derrière les apparences médiatiques, on sait que Moscou réalise l’implantation à Akkuyu de la première centrale nucléaire turque. Erdoğan perçoit de plus en Vladimir Poutine, un allié de poids face aux nombreuses critiques politiques de l’Occident, des personnalités aux reflets assez équivalents.

Les différentes routes d'approvisionnement en hydrocarbures

Les différentes routes d’approvisionnement en hydrocarbures

Enfin, le hub énergétique que vient former la Turquie est des plus intéressants pour Moscou. Alors que l’Union Européenne tend à diversifier ses voies d’approvisionnement en ressources énergétiques, la Russie se doit alors de consolider son monopole. Face aux crises géorgienne et ukrainienne – sans parler de la Biélorussie – Poutine construit toujours plus de corridors pour contourner les pays cités. Dans tous les cas, Moscou se doit d’obtenir l’aval de l’administration d’Erdoğan pour emprunter les eaux territoriales turques tout en sachant que les projets concurrentiels passent eux aussi par la Turquie. Du TANAP au corridor Sud.

La relation russo-turque semble à première vue fructueuse mais par sa complexité, elle reste marquée par le signe de l’imprévisibilité.

Maxime Tettoni

1 Comment

  1. Hossein Latif

    Oui, entre temps il ne faut pas oublier que toutes les industries lourds en Turquie ce sont les fruits de coopération avec la Russie comme Paşabahçe, Şişe Cam, Demir Çelik… İskenderun Demir Çelik Tesisleri, Seydişehir Alüminyum Fabrikası, Aliağa Petrol Rafinerisi, Bandırma Asit Sülfürük Fabrikası, Artvin Levha Fabrikası.

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