Environnement, Société

Le lac de Salda sera davantage protégé, mais sera-t-il sauvé ?

Situé dans le district de Yeşilova de la province de Burdur, le lac de Salda (Salda Gölü) va voir sa zone protégée s’étendre tout comme son niveau de protection, a annoncé le ministre de l’Environnement et de l’Urbanisme Murat Kurum le 1er août. Reste à savoir si cette mesure suffira pour que nos enfants et petits-enfants puissent eux aussi admirer les Maldives turques.

Le lac de Salda a été déclaré « zone de protection spéciale pour l’environnement », tandis que la zone protégée a été multipliée par six, a annoncé le ministère de l’Environnement et de l’Urbanisation Murat Kurum le 1er août.

D’une superficie de 44 km2 et d’une profondeur de 184 m, le deuxième lac le plus profond de Turquie est un site naturel protégé au premier degré depuis 1989. La zone de pique-nique de douze hectares autour du lac a été transformée en parc naturel en 2001 par la direction régionale de la protection de la nature et des parcs nationaux.

Selon l’Agence Anadolu, la nouvelle réglementation concernant « les Maldives turques » implique que la zone de protection spéciale passera de 4,400 à 29,500 hectares, tandis que la superficie du site naturel s’étendra sur 8,474 hectares au lieu de 5,898 hectares.

L’objectif de cette réglementation est de protéger davantage les beautés naturelles du lac de Salda, et d’endiguer l’impact négatif que peuvent avoir les activités humaines sur la zone.

L’accès aux voitures est donc strictement interdit, les déchets sont ramassés quotidiennement et une commission du gouvernement de Burdur inspectera l’espace deux fois par semaine.

Par ailleurs, avec ce nouveau statut, des recherches devraient être entreprises sur les 301 espèces de plantes aquatiques et terrestres qui peuvent être observées au lac de Salda.

« Pas un clou ne sera planté »

Malgré cette nouvelle, les inquiétudes demeurent quant à l’avenir du lac.

Le géant de la construction TOKİ, financé par le gouvernement, a lancé un appel d’offres le 31 juillet pour la construction du « Jardin national du lac de Salda » (les « jardins nationaux » sont des installations de loisirs du gouvernement), ce qui a suscité une levée de boucliers parmi les activistes ainsi qu’un mouvement sur les réseaux sociaux avec le hashtag « SaldayaDokunma » (« Ne touchez pas à Salda ») et le lancement d’une pétition demandant l’annulation de ce projet.

Le 20 juillet, Murat Kurum s’est voulu rassurant en précisant que ce projet ne comprendrait aucune construction afin de protéger la beauté naturelle du parc : « Avec notre projet de jardin national, nous allons protéger la beauté naturelle du lac de Salda ; nous ne permettrons aucune construction autour de celui-ci. Nous réalisons ce projet de sorte qu’aucun clou ne soit enfoncé ici […] Ces atouts nationaux nous ont été confiés. Nous devons préserver ces beautés pour les générations futures. Nous ne toucherons pas à Salda, au contraire, nous travaillons pour sa protection ».

Si ce dossier semble réglé à première vue, reste un autre dossier sensible lié à la construction d’un bassin artificiel sur la source d’eau alimentant le lac de Salda afin de « prévenir les inondations ». Les activistes estiment en effet que ce bassin a engendré « une pollution visuelle » de la région et comptent bien ne pas lâcher la pression pour que celui-ci soit démoli, car, outre le désagrément visuel, c’est bien la survie du lac qui est en jeu.

La question de la construction du bassin avait été portée devant les tribunaux en 2017. Or, lors du processus judiciaire, un rapport d’expert indiquait que le projet allait « réduire le niveau d’eau du lac de Salda ». Les autorités judiciaires ont alors décidé de suspendre le projet après avoir annulé la décision antérieure du ministère de l’Environnement et de l’Urbanisation selon laquelle « le rapport d’évaluation de l’impact sur l’environnement n’est pas nécessaire ». Mais le temps que le tribunal se prononce, la DSİ (Direction générale des travaux hydrauliques de l’État) avait commencé à construire le bassin et l’a finalement achevé.

Trop tard, trop peu ?

Ce lac le plus limpide de Turquie est donc menacé de toute part et ne peut qu’accueillir positivement la décision du ministère quant à son nouveau statut, le lieu étant de plus en plus prisé des touristes du fait de ses eaux turquoise, de sa plage de sable blanc, de la nature boisée qui l’environne, mais aussi des activités qu’il propose — outre la baignade et la plongée pour les plus téméraires, cet espace naturel est propice à la photographie et à l’observation des oiseaux.

Mais la région des lacs de Turquie, qui comprend le lac de Salda, et en grand danger selon les environnementalistes, et cette nouvelle initiative ne suffira certainement pas. Certains des lacs de la région sont déjà asséchés et d’autres sont sur le point de le devenir — c’est le cas notamment des lacs de Burdur et d’Akşehir —, averti Atakan Yüklü, vice-président de la section d’Antalya de la chambre des ingénieurs en géophysique. Les raisons sont multiples (hausse des températures, sécheresse, captage excessif d’eau pour l’agriculture, etc.) selon la Société pour la protection de la nature (DHKD), basée à Istanbul, qui estime qu’environ la moitié des zones humides turques se sont asséchées au cours des 40 dernières années.

Selon Atakan Yüklü, le lac de Salda fait aussi face à un grave risque de pollution. Et si la pollution continue à son rythme actuel, le lac pourrait perdre certaines de ses caractéristiques distinctives.

Pour Atakan Yüklü, la situation est déjà trop critique pour que les nouvelles mesures de protection de la part du gouvernement suffisent : « Il y a une vingtaine d’années, des recherches avertissaient déjà que les ressources en eau de la Turquie s’épuisaient. Ce scénario se joue maintenant […] Je ne peux même pas dire une phrase commençant par “Si les mesures nécessaires ne sont pas prises”, car nous avons déjà dépassé ce stage. Nous devons concevoir et mettre en œuvre un plan d’action urgent pour trouver des solutions. Si nous ne le faisons pas, nous allons perdre les ressources en eau qui nous restent ».

Atakan Yüklü conclut en déclarant que « les générations suivantes demanderont d’où vient le nom de “région des lacs”. Ce ne sera plus qu’un nom, car les lacs auront disparu et, sur les cartes, les lacs de cette région ne seront plus des points bleus. S’ils se tarissent complètement, la vie dans cette région est menacée ».

Camille Saulas

 

 

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