Environnement, International

L’accord de Paris pourrait rentrer en vigueur cette année.

Mercredi 21 septembre, une étape importante vers l’entrée en vigueur de l’accord sur le climat a été franchie. À l’ONU, 31 pays ont ratifié le texte dont l’objectif est d’endiguer le réchauffement climatique. 23595388112_cd6d680f94_bAprès la conférence diplomatique – la COP21 –, qui s’est tenue en France du 30 novembre au 12 décembre dernier, les pays grandement menacés par les conséquences du réchauffement climatique, telles les îles Fidji, Belize, ou encore les Maldives s’étaient empressés de déposer leur instrument de ratification. La Palestine, le Cameroun, la Guyane, la Norvège, le Pérou et même la Corée du Nord ont eux aussi rapidement ratifié l’accord.

C’est la ratification, le 3 septembre dernier, des deux plus grands pollueurs au monde, la Chine et les États-Unis – qui représentent à eux deux plus de 38% des émissions de gaz à effet de serre –, qui a engendré un véritable effet d’entrainement.

Ainsi, le 21 septembre dernier 31 pays ont remis leurs instruments de ratification aux Nations Unies. Alors qu’une cérémonie sur les engagements des États dans la lutte contre le réchauffement en marge de l’Assemblée générale de l’ONU était organisée par le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, de nombreux États latino-américains, dont l’Argentine, le Mexique, mais plus important encore : le Brésil – qui représente 2,5% des émissions de CO2 -, ont adhéré formellement au texte. À ces États se sont ajoutés Singapour, le Bangladesh, la Thaïlande et les Émirats arabes unis, tandis que l’Ukraine avait ratifié l’accord la veille.

Quatorze autres pays – qui représentent environ 13 % des émissions de gaz à effet de serre – ont profité de l’occasion pour annoncer qu’ils ratifieraient l’accord d’ici la fin de l’année. En outre, le Premier ministre britannique, Theresa May, a stipulé que son pays allait faire de même.

Dans l’élan, les députés allemands ont ratifié le lendemain l’accord de Paris, tandis que le commissaire européen au Climat et à l’Énergie, Miguel Arias Canete, a annoncé que l’Union européenne devrait le ratifier « dans les prochaines semaines ».

Quant à la France, pays hôte de la COP21, elle a complété sa procédure de ratification en juin et a déposé mercredi un document stipulant qu’elle est « prête à déposer ses instruments de ratification » à l’ONU, mais dans le cadre d’un dépôt coordonné au sein de l’Union européenne.

L’accord de Paris a pour objectif ambitieux de maintenir le seuil du réchauffement climatique en dessous de 2°C par rapport au niveau pré-industriel afin d’éviter que notre planète subisse les conséquences désastreuses – pluies acides, inondations, désertification, mais aussi pénuries alimentaires, extinction d’espèces et déplacements de population – qui s’en suivraient si la tendance actuelle se maintient.

Il est donc important que l’accord signé au Bourget en décembre dernier rentre rapidement en vigueur. Pour cela, il est nécessaire que 55 pays ratifient le texte. Depuis le 22 septembre, on compte 61 pays qui ont procédé à cette étape, permettant de respecter la première exigence. Mais, une seconde condition doit être remplie. En effet, il est nécessaire que les États qui ont adopté formellement le texte soient responsables de 55% des émissions de gaz à effet de serre. Or, ils ne totalisent pour l’instant que 48% des émissions.

Mais si la tendance se poursuit, l’accord pourrait bien entrer en vigueur à la fin de l’année, soit moins d’un an après son adoption. Nous assistons ainsi à un processus historique pour la lutte contre le réchauffement climatique quand on sait que l’entrée en vigueur du protocole de Kyoto avait pris huit ans. Ban Ki-moon, qui a voué une grande partie de sa carrière à la lutte contre le réchauffement climatique, n’a d’ailleurs pas manqué de le souligner en saluant un « élan remarquable », avant d’ajouter : « l’entrée en vigueur de l’accord avant la fin de l’année sera une étape majeure vers un avenir plus sûr, plus juste et plus prospère ».

Les espoirs sont grands comme l’a confirmé à l’AFP la ministre française de l’Environnement, Ségolène Royal, qui espère elle aussi que l’accord rentrera en vigueur avant la prochaine réunion de l’ONU sur le climat qui se déroulera le 7 novembre prochain à Marrakech.

Malgré tout, certains tempèrent cet enthousiasme. Pascal Canfin, le directeur de WWF France indique que : « les ratifications, c’est un élément de communication important, pour dire « ça y est, le texte entre en vigueur, maintenant on peut passer à la suite » […] Il ne faut pas que les mois qui viennent soient uniquement occupés par un genre de Téléthon des ratifications ». Un avis partagé par Célia Gautier, responsable des politiques internationales au Réseau Action Climat : « Faire ratifier le texte est loin d’être le seul boulot que les chefs d’État doivent faire cette année! […] Une entrée en vigueur rapide, c’est bien, ça montre qu’il y a une mobilisation politique. Mais ce n’est pas suffisant. Juger du succès de l’accord de Paris par le nombre de ratifications, c’est vraiment regarder par le petit bout de la lorgnette. La question, c’est comment on fait pour que les États tiennent leurs engagements de réduction d’émissions, et surtout, comment peut-on mieux faire? ».

N’oublions pas non plus que l’accord ne traite pas de sujets importants, tels les transports maritimes et aériens, que de nombreuses dispositions ne sont pas contraignantes et reposent seulement sur la bonne volonté des États qui ne se verront pas imposer de sanctions s’ils ne se tiennent pas à leurs engagements.

On ne peut pas non plus sauver la planète s’il manque de grands pollueurs, à savoir la Russie et l’Inde, mais aussi de nombreux pays européens ! Le travail est donc loin d’être terminé surtout quand on sait que les élections américaines pourraient bien compliquer les choses dans la mesure où Donald Trump, le candidat républicain, rejette tout bonnement le concept de réchauffement climatique et a annoncé qu’il enterrerait l’accord de Paris s’il devenait le prochain Président des États-Unis.

Camille Saulas.

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