International, Politique

L’accord européen sur la question migratoire jugé inefficace

Le compromis trouvé par les 28 formule des vœux sur la base du volontariat pour ce qui est la répartition et l’accueil des migrants. En revanche, il prévoit des mesures concrètes afin de sécuriser davantage les frontières et bloquer les migrants aux portes de l’Europe. 

L’Union européenne (UE) n’a jamais abordé la question de l’asile et de l’immigration dans sa globalité. La politique migratoire des États membres de l’UE reste donc une approche avant tout nationale.

Ainsi, les images liées à la vague migratoire de ces dernières années nourrissent les partis populistes qui, en critiquant l’UE, continuent à remporter des élections au sein des États membres. C’est dans l’objectif d’arrêter cet engrenage, mais surtout afin de trouver des solutions communes à la crise politique provoquée par le refus du gouvernement italien d’ouvrir les ports de son pays aux bateaux des ONG venant en aide aux naufragés en Méditerranée, qu’un sommet européen a été organisé les 28 et 29 juin à Bruxelles.

Après de longues négociations, les vingt-huit dirigeants de l’Union se sont entendus sur plusieurs mesures de principe difficilement réalisables.

L’accord adopté propose la création de « centres contrôlés » au sein de l’UE, dans les États membres « sur une base volontaire » afin de faire « rapidement » la distinction entre migrants irréguliers à expulser et demandeurs d’asile légitimes qui pourraient être répartis dans l’Union, là aussi « sur une base volontaire ».

Le compromis prévoit également la possibilité de créer des « plateformes de débarquements » de migrants hors de l’UE pour dissuader les traversées de la Méditerranée.

Le 29 juin au matin, Emmanuel Macron, très satisfait, déclarait : « La coopération européenne l’a emporté (…). La solidarité que nous devons aux premiers pays d’entrée a été actée lors de ce sommet », avant de préciser durant l’après-midi que  « la France n’ouvrira pas de centres » d’accueil pour les migrants, car elle « n’est pas un pays de première arrivée ».

À l’annonce de cet accord, Médecins sans Frontières dénonçait un texte qui favorise un « blocage » des migrants aux portes de l’UE. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) estime de son côté que les centres de gestion des demandeurs d’asile devaient être situés en Europe, et non à l’étranger. L’OIM s’inquiète particulièrement de l’ouverture de « plates-formes de débarquement » en Libye du fait de l’insécurité qui y règne.

À l’heure où le flux migratoire est en recul grâce au renforcement des capacités des gardes-côtes libyens et l’accord avec la Turquie, il est d’usage de se questionner sur la pertinence de ce sommet. Or, au regard de nombreux observateurs, la crise actuelle en Europe n’est pas « migratoire », mais bien « politique ».

On constate une confusion entre les termes « migrant », « réfugié » et « demandeur d’asile ».

Les migrants sont «  constitués par la migration régulière, largement majoritaire (260 000 premières cartes de séjour accordées en 2017 en France), et par les réfugiés (99 000 en 2017). Parmi ces réfugiés, une majorité déposera une demande d’asile et une minorité l’obtiendra (32 000 en 2017) ». Il est utile de rappeler que la migration régulière compte 85 000 étudiants, 50 000 parents étrangers de Français, 25 000 emplois économiques spécialisés, 30 000 régularisations et 32 000 bénéficiaires du droit d’asile. Tous ces statuts sont assimilés à ceux de naufragés affamés que les médias nous servent sans cesse. Cet amalgame constitue une opération politique, car, en créant la confusion, on polarise la société et l’on manipule plus facilement l’opinion publique.

Rappelons aussi le poids de plus en plus important des partis populistes et d’extrême droite qui sont désormais au pouvoir grâce à des coalitions que ce soit en Autriche, en Italie, en Hongrie, au Danemark, ou encore en Pologne. Ces partis jouent sur la peur et utilisent les questions migratoires pour mobiliser l’opinion publique derrière eux. Ils profitent de l’absence de solidarité, de soutien et de partage du « fardeau » lié à l’arrivée massive des migrants entre 2012 et 2017 pour créer une tension qui est à la base de leur légitimité.

En résumé, la question migratoire est devenue un levier de politique intérieure qui crée un faux débat et qui permet de passer sous silence d’autres problèmes tels les réformes impopulaires, le chômage, etc.

Enfin, grâce à une couverture médiatique bien agencée, l’on donne l’impression d’une entente entre les pays de l’Union et d’un accord triomphal tandis que l’envers du décor est toute autre.

La réussite de l’accord sur la migration est plus qu’improbable et l’entente des responsables politiques n’est qu’une façade.

Mireille Sadège, rédactrice en chef

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