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L’Afghanistan frappé par un nouvel attentat lors d’une manifestation pacifique

Samedi 23 juillet, Kaboul a subi l’une des plus sanglantes attaques terroristes qui aient frappé le territoire, faisant 80 morts et 231 blessés. Revendiquée par Daech, l’attaque visait la minorité chiite du pays.

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L’attaque s’est produite lors d’un défilé pacifique qui avait commencé dans la matinée à laquelle participait plusieurs milliers de manifestants constitués en grande majorité par la minorité chiite hazara. L’explosion a retenti à la fin du cortège alors que l’ambiance bon enfant régnait encore.

Une attaque révoltante et d’une extrême lâcheté.

Nombreux sont ceux qui défilaient dans le calme samedi à Kaboul, dont de nombreux enfants et des femmes à la tête du cortège. Une cible idéale, si facile à atteindre. 

Quand la détonation a retenti, la peur, la panique, le chaos puis la colère ont remplacé la tranquillité qui régnait encore quelques secondes auparavant dans le centre de la capitale afghane.

Un journaliste de l’AFP présent sur les lieux a rapporté des scènes d’horreur et de désolation : « Quand je suis arrivé sur place il y avait des dizaines de corps, plus de vingt que j’ai pu compter, certains totalement démembrés […] J’ai vu d’autres corps mutilés, embarqués à l’arrière d’un véhicule de la police. Il y a des mares de sang partout ». Ce dernier a aussi expliqué que les manifestants, révoltés par cette attaque, ont cherché à s’en prendre aux forces de police qui n’ont pas hésité à répondre par des coups, ajoutant encore un peu plus de violence déjà trop présente.

Les images sont insoutenables : corps mutilés, démembrés gisant au sol au milieu des débris causés par l’explosion. 

Alors que les médias ne parlaient que de la fusillade de la veille à Munich, peu de personnes en Occident étaient au courant que, dans un autre coin du monde, 80 personnes venaient de perdre la vie et 231 autres étaient blessés, selon les derniers chiffres donnés par le ministère de l’Intérieur afghan.

Daech a encore frappé

Par communiqué, les talibans ont tout de suite démenti toute responsabilité, dénonçant en revanche des « tentatives de divisions » au sein du peuple afghan. Ce communiqué a laissé alors peu de place aux doutes quant aux auteurs de l’attentat suicide.

Daech n’a d’ailleurs pas tardé à revendiquer l’attaque via son agence de communication Amaq : « Deux combattants de l’État islamique ont fait exploser leurs ceintures explosives lors d’un rassemblement chiite dans le quartier Dehmazang à Kaboul en Afghanistan ».

Si Daech fait part de deux combattants, les services de renseignements afghans évoquent pour leur part trois terroristes qui se seraient mêlés à la foule avant qu’un seul ne réussisse à déclencher sa ceinture explosive. Un des terroristes aurait été abattu avant qu’il ne puisse faire exploser sa bombe. En effet les services de renseignements afghans (NDS) ont expliqué que : « Le premier a déclenché ses explosifs, le deuxième n’a que partiellement réussi, mais l’explosion l’a tué et le troisième a été abattu par les agents du NDS ».

Dans un communiqué, le Président Afghan Ashraf Ghani a confirmé que « Des terroristes se sont mêlés aux manifestants et ont alors déclenché les explosions qui ont tué un certain nombre de nos concitoyens, parmi lesquels des membres des services de sécurité et de défense ».

La minorité hazara – victime de la violence et de la discrimination

Daech s’en est pris, sans grande surprise, à la communauté chiite hazara qui est minoritaire dans ce pays majoritairement sunnite et qui manifestait par milliers pour protester contre un projet de ligne à haute tension, dans la province de Bamiyan au centre du pays, qui délaisse leur territoire.

Pour les dirigeants hazara, le tracé de cette ligne à haute tension est une nouvelle discriminatoire à l’encontre de leur communauté, mais aussi de leur province, la moins développée d’Afghanistan.

Cette communauté chiite qui compte environ trois millions de personnes est depuis longtemps persécutée dans cet État. Après que les assauts d’Al-Qaïda et des talibans, qui sont majoritairement des pachtounes sunnites, à la fin des années 90, aient fait des milliers de morts parmi les hazaras, ils sont aujourd’hui les cibles d’enlèvements et d’assassinats.

Comme si cela ne suffisait pas, voilà que c’est maintenant au tour de Daech de s’en prendre à eux.

Washington a condamné l’attentat de samedi stipulant par communiqué : « Cette terrible attaque est d’autant plus odieuse qu’elle visait une manifestation pacifique ».

L’Iran, majoritairement chiite et État frontalier de l’Afghanistan, n’a aussi pas tardé à réagir en évoquant un « nouvel acte de barbarie de Daech ». Le ministre des Affaires étrangères, Mohammand Javad Zarif , a rajouté : « chiites et sunnites doivent s’unir pour vaincre les extrémistes ».

Dimanche 24 a été déclaré journée de deuil national par le Président afghan, Ashraf Ghani qui a promis de poursuivre les responsables des attentats « où qu’ils se trouvent ».

Un pays marqué par l’insécurité grandissante

Cet attentat n’est certes pas le premier et ne sera pas le dernier dans ce pays où l’insécurité ne fait que s’amplifier.

Le 30 juin dernier, un attentat avait frappé Kaboul, faisant une trentaine de morts ; le premier en Afghanistan revendiqué par Daech qui s’est implanté dans le pays, surtout dans l’est, depuis le début de l’année 2015.

Depuis plusieurs moins, la situation sécuritaire se dégrade en Afghanistan du fait, en partie, du départ de la majorité des troupes étrangères. Face à ce fait, les autorités du pays ont demandé aux États-Unis de prolonger leur présence militaire. Ainsi, Washington a décidé que 8 400 soldats américains resteront déployés jusqu’au début 2017.

Étant donné que les forces américaines ont mené de nombreuses frappes aériennes ces dernières semaines contre les combattants de Daech, pour le NDS, l’organisation terroriste a voulu démontrer par cet attentat qu’ils ne seraient pas vaincus aussi facilement.

Mais les observateurs internationaux eux mettent en avant la volonté de répandre une dimension communautaire au conflit. L’analyste afghan Haroon Mir explique en effet que « Tout montre que cette attaque visait à susciter des tensions sectaires en ciblant le rassemblement des chiites hazaras […] Daech, sous pression au Moyen-Orient et en Afghanistan, cherche maintenant à susciter un conflit ethnique par ce type d’attaque ».

Cette analyse est partagée par Michael Kugelman, chercheur associé du Wilson Center, à Washington : « on craignait de longue date que l’EI cherche à injecter en Afghanistan une dimension sectaire à un conflit qui ne l’est pas ».

Quoi qu’il en soit, comme le stipule Amnesty International, ces nouvelles attaques de Daech : « rappellent que le conflit en Afghanistan ne faiblit pas, comme certains le pensent, mais s’aggrave, avec des conséquences au niveau des droits de l’homme qui devraient nous alarmer ».

Camille Saulas. 

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