Politique

L’AKP, grand vainqueur des élections du 1er novembre

Les Turcs ont élu ce dimanche 1e novembre les 550 députés de la 26ème législature. Les résultats officiels ne seront proclamés que dans une dizaine de jours, mais d’après les projections des chaînes NTV et CNN-Türk, le Parti du président a remporté 49,3% des suffrages et raflé 316 des 550 sièges de députés au Parlement, suivi du CHP avec 25,38% des voix et 134 sièges.

Le Premier ministre Ahmet Davutoğlu en plein discours au siège de l'AKP à Ankara, le 1e novembre 2015

Le Premier ministre Ahmet Davutoğlu en plein discours au siège de l’AKP à Ankara, le 1e novembre 2015

Les électeurs ont du se prononcer pour la deuxième fois en cinq mois après l’échec du Parti de la Justice et du Développement (AKP) à former une coalition de pouvoir suite aux élections du 7 juin, qui lui avaient ôté sa majorité parlementaire. Le Haut Conseil électoral turc (YSK) attendra entre dix et douze jours, soit le délai légal pour contester les résultats, avant de diffuser les résultats officiels définitifs.

Rude campagne électorale sur fond de tensions

Les enjeux de ces élections étaient d’autant plus importants que la campagne, rude, s’est déroulée dans un contexte particulièrement tendu. En juillet, le conflit a repris de plus belle dans le Sud-Est entre le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) et les autorités turques, enterrant le processus de paix entamé il y a trois ans. Le conflit a déjà fait près de 40 000 morts depuis 1984. Le pays digère aussi douloureusement le double attentat perpétré à Ankara il y a trois semaines, imputé au groupe Etat islamique, dont le bilan officiel est de 102 morts et plus de 500 blessés. A cet égard, l’ombre de la guerre en Syrie voisine inquiète de plus en plus.

Par ailleurs, la pression sur les médias d’opposition s’est largement accrue à l’approche des élections. Après la fermeture de plusieurs chaînes de télévision et de médias, le gouvernement a pris le contrôle de chaînes de télévision liées au mouvement Güllen, à trois jours des élections. Ancien bras droit de l’actuel président, Fetullah Güllen, exilé aux Etats-Unis, est accusé par le pouvoir d’infiltrer les institutions de justice et de police dans le but de déstabiliser l’Etat.

L’AKP sort renforcée au détriment du HDP et du MHP 

Surpassant les prédictions mêmes les plus « optimistes », l’AKP a obtenu 49,3% des voix, contre à peine 40% à l’issue des élections du 7 juin. Résultat, le parti remporte 316 sièges au Parlement. C’est une large victoire, d’autant plus étant donné le taux de participation massif (85,5%), qui conforte le président et son équipe, mais c’est insuffisant pour qu’ils puissent agir seuls. L’objectif premier du président est de « présidentialiser » la Constitution. Or, il lui faudra 367 voix pour modifier la Constitution, et 330 pour soumettre une telle réforme aux électeurs par référendum.

Pour le Parti Démocratique des Peuples (HDP), c’est la débâcle. Le Parti de gauche pro-kurde avait fait une entrée remarquée au Parlement en remportant 13% des suffrages et 80 sièges en juin ; désormais, il dépasse à peine son seuil électoral, avec 10,7 % des voix et 59 députés siégeant au Parlement. Les responsables du parti ont dénoncé une campagne biaisée et une stratégie de polarisation extrême de la part du gouvernement, expliquant leur déroute dans les suffrages. Le parti avait été forcé d’annuler des meetings politiques suite aux attaques de juillet, bénéficiant en outre d’une couverture médiatique moindre, alors que le parti au pouvoir n’a cessé de l’assimiler au PKK, créant volontairement la confusion au sein de l’opinion. Il a néanmoins tempéré que la présence du HDP au Parlement demeurait une victoire. Dimanche soir, des affrontements ont éclaté entre la police et de jeunes manifestants kurdes à Diyarbakir, dans le sud-est. Les incidents ont débuté près du siège du HDP, dont les premiers résultats semblaient le créditer de moins des 10% requis pour être représenté au Parlement.

Le Parti républicain de Peuple (CHP) demeure quant à lui le premier parti d’opposition, avec 25,4% des voix et 135 députés, la formation de gauche fondée par Mustafa Kemal Atatürk a fait le même score qu’en juin dernier. Le chef du parti, Kemal Kılıçdaroğlu a déclaré en conférence de presse que ces résultats « donnaient encore plus de responsabilités » à la formation kémaliste. Il a déclaré que « comme le CHP avait apporté la démocratie dans le pays, il la renforcera« .

Enfin, c’est un revers également pour le Parti d’Action nationaliste (MHP). De 16,3% aux élections de juin, le Parti est tombé à 11,9% des suffrages exprimés. Du fait du mode de scrutin turc (proportionnel de liste) et de son absence totale dans le Sud-Est, le MHP finit avec seulement 41 députés, soit moins que le HDP malgré un score supérieur. Le HDP devient donc le troisième parti de Turquie, un comble pour le MHP, qui a toujours refusé de reconnaître le HDP comme une formation légitime et le considère comme une organisation terroriste affiliée au PKK. Le chef du MHP, Devlet Bahçeli, a refusé de reconnaître le revers auquel fait face son parti : « Le MHP naturellement respecte le choix de la nation  (…) chaque vote pour l’AKP mènera à plus de catastrophes pour la Turquie au lieu d’apporter la stabilité au pays » a-t-il jugé, évitant la question d’une éventuelle démission.

Dans un message écrit, le président a félicité les partis politiques et le peuple et appelé le monde à respecter le résultat de l’élection. Le premier ministre turc a quant à lui salué une « victoire pour la démocratie », estimant que ces élections « n’ont pas connu de perdant ». La rhétorique nationaliste de l’AKP, son omniprésence sur la scène politique pendant toute la campagne et l’attitude du chef du MHP expliquent en partie ce résultats. Devlet Bahçeli avait en effet refusé d’emblée de s’associer à l’AKP pour former une coalition. Conséquence des résultats, la Bourse d’Istanbul a ouvert en hausse de 5% ce lundi. La livre turque a progressé de plus de 4 % et reprend de la force face au dollar et à l’euro.

Coralie Forget

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