International, Politique

L’ambassadeur de l’Union européenne en Turquie démissionne

Avec comme toile de fond des tensions entre Ankara et Bruxelles, l’ambassadeur pour l’Union européenne Hansjorg Haber a démissionné de son poste le 14 juin dernier.

th (1)M. Haber, qui était en fonction depuis le 1er octobre 2015 à Ankara, a présenté sa démission ce mardi 14 juin. Le porte-parole de la représentation européenne a déclaré à l’AFP : « Nous confirmons que l’ambassadeur a démissionné ».

Si aucune déclaration officielle n’a encore été faite, il semble que les tensions récentes avec Ankara aient contribué à cette décision.

En effet, cette annonce arrive quelques semaines après les critiques du gouvernement turc quant à ses propos « inappropriés » sur l’accord portant sur les migrants, conclu le 18 mars dernier entre la Turquie et l’Union européenne. En mai, le diplomate avait d’ailleurs été convoqué au ministère des Affaires étrangères turc afin de se faire « remonter les bretelles ».

Le sujet de discorde portait sur l’exemption de visas que la Turquie demande pour ses ressortissants qui désirent se rendre dans les États de l’espace Schengen. L’ancien ambassadeur pour l’Union européenne avait en effet critiqué la façon dont avait été conclu l’accord en déclarant : « Nous avons un proverbe ‘Commencer comme un Turc et terminer comme un Allemand’, mais c’est l’inverse qui s’est produit ici. Cela a commencé comme un Allemand et s’est terminé comme un Turc ».

Plusieurs ont jugé que ces propos étaient déplacés, voire acerbes, pour un diplomate en mission à l’étranger. Volkan Bozkir, lui-même ancien ministre aux Affaires européennes turc, n’a d’ailleurs pas manqué de réagir sur Twitter en postant : « Aucun ambassadeur n’a le droit d’humilier le peuple du pays dans lequel il se trouve ou de dire quelque chose à propos de son président. C’est la première règle de la diplomatie ».

Plus largement, les observateurs internationaux estiment que l’évolution des relations entre l’Union européenne et la Turquie a influencé la décision de M. Haber.

Les relations entre Bruxelles et Ankara sont difficiles du fait que l’Union européenne se heurte au refus catégorique des autorités turques de réviser leur loi antiterroriste dans le contexte de la reprise du conflit kurde.

Le jour même de l’annonce de la démission de l’ambassadeur pour l’Union européenne, le Premier ministre turc, Binali Yıldırım, avait d’ailleurs de nouveau balayé d’un revers de main cette option: « Nous menons une lutte acharnée pour l’unité et la survie de notre pays […] Dans les conditions actuelles, il ne peut absolument pas y avoir de changement dans les lois antiterroristes », et ce, quitte à enterrer la possibilité d’obtenir l’exemption de visas pour les ressortissants turcs : « Si la conséquence [du refus turc] portera sur l’exemption de visa, alors soit ».

Enfin, l’ex-ambassadeur étant allemand, la décision du 2 juin dernier du Bundestag de qualifier de « génocide » le massacre des Arméniens, a certainement contribué à cette démission. (Lire aussi : http://aujourdhuilaturquie.com/fr/la-turquie-froissee-par-une-resolution-sur-le-genocide-armenien-au-parlement-allemand/)

Le départ de Mr Havers devrait être effectif le 1er août, mais celui-ci devrait être remplacé rapidement selon la porte-parole de la Commission européenne, Moja Kocijanci. Soucieuse de l’impact de cette décision, Mme Kocijanci a rappelé que, pour les États membres de l’Union européenne, la Turquie restait un « partenaire clé ».

Camille Saulas

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