Economie, Société

L’arrêt du processus de paix, un désastre pour l’économie turque ?

L’un des plus grands économistes, le turco-américain d’origine arménienne Daron Acemoğlu a déclaré mardi dernier dans une interview accordée à la branche londonienne de l’agence d’information Anadolu : « Arrêter le processus de paix serait synonyme de désastre pour le système politique et l’économie de la Turquie. »

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Dans une interview donnée à l’agence Anadolu, le professeur Acemoğlu a remarqué que l’économie turque n’avait pas été au mieux au cours de la dernière période : « L’économie ne peut croître et les investissements sont faibles dans leur ensemble. Malgré cette faiblesse dans l’économie, il y a une demande publique en hausse. » Il a souligné l’inévitable besoin de réformes afin de relancer l’économie : « La Turquie devrait se renouveler et renforcer la souveraineté de son système légal en stimulant les réformes structurelles pour augmenter la production. » 

Il a également mis l’accent sur l’indépendance de la Banque centrale turque, déclarant que si elle venait à perdre son indépendance, l’impact sur le futur des compagnies turques serait lourdement négatif. L’économiste s’est également exprimé sur les politiques de taux d’intérêt de l’institution : « Je pense que le corridor des taux d’intérêts n’est pas ce que les investisseurs étrangers devraient avoir à l’esprit. L’imprécision générale en matière d’économie et de politique, et le déséquilibre, sont les principaux facteurs dissuasifs pour les investisseurs étrangers. »

Daron Acemoğlu a présenté les conséquences probables d’un arrêt du processus de paix -qui vise à résoudre la « question kurde »-, plaidant ainsi pour sa continuation. « Cesser le processus de paix serait un désastre pour le système politique. D’autre part, l’Etat islamique est bien sûr un très gros problème pour l’ensemble de la région, et de plus en plus en Turquie. »

Né en 1967 à Istanbul, Daron Acemoğlu est professeur d’économie dans l’une des université les plus prestigieuses du monde, le Massachusetts Institute of Technology (MIT). Classé premier dans la liste 2015 du RePEc (Research Papers in Economics) sur les économistes vivants les plus influents, il est considéré comme l’un des figures majeures du milieu.

La nouvelle livre turque a dévissé de 16 % face au dollar cette année, la plus grosse chute depuis 2001. Une situation qui empêche la Banque centrale de stimuler une économie turque affaiblie à travers la diminution des taux d’intérêts. De plus en plus de Turcs ont commencé à investir dans des devises étrangères. D’après les dernières données de l’Agence de régulation et de supervision des banques, basée à Ankara, les ménages et les entreprises ont augmenté leur part d’épargne en monnaies étrangères à 43% du total des dépôts. Un niveau pas enregistré depuis au moins une décennie. Les investisseurs étrangers aussi prennent la fuite, vendant pour environ 4 milliards de dollars d’obligations d’Etat cette année : la plus grosse sortie nette d’argent depuis 2008, d’après la Banque centrale.

Répondant à des journalistes à l’occasion du retour de sa tournée en Chine, en Indonésie et au Pakistan plus tôt dans la semaine, le président Erdoğan a déclaré ne pas avoir peur pour la situation économique du pays : « Je ne pense pas qu’il y aura de problèmes sérieux avec notre économie. Il se peut qu’on connaisse une épreuve mineure mais si les bonnes politiques sont prises, la Turquie se ressaisira à nouveau en un rien de temps. »

Rüya Ince

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