Société

L’athéisme, sujet tabou ?

L’association Ateizm Derneği, représentante des athées en Turquie est toujours en attente de la décision du gouvernement quant à la réouverture ou non de son site internet.

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Leur sort n’est pas encore fixé. Mais, sur la rive asiatique stambouliote, les membres de l’association Ateizm Derneği continuent de se réunir, en attendant des jours meilleurs. Le 27 février dernier, leur site internet a été bloqué suite à une décision d’une cour de justice à Ankara. Principal motif invoqué : insulte aux valeurs religieuses. Pour Tolga Inci, le président de cette association née en avril 2014 et déjà riche d’une centaine de membres, « rien de surprenant ». L’article qui a mis le feu aux poudres ? « Il y en a deux en fait. Un premier sur l’islam et un deuxième sur les personnages religieux », explique Tolga, avant de reconnaître que « la modération sur le site n’est peut-être pas assez importante ». S’exprimer librement sur tous les sujets ? « Ce n’est pas vraiment envisageable ici. Inconsciemment ou pas, nous pratiquons l’autocensure et ateizmévitons de traiter certains sujets. », constate celui qui est à l’origine de la naissance de l’association. Prêcher des convictions athées en Turquie, toute une histoire donc ! Au nom des onze fondateurs du groupe, Tolga le redit : « le but premier de l’association est la défense et la protection des athées ». Parmi les quelque 97,4% de musulmans que compte officiellement la Turquie, pas facile de se faire une place quand on appartient aux minorités religieuses. « Et puis, on naît tous avec la mention Islam sur notre carte d’identité ! », rappelle Tolga. Un premier filtre religieux miroir du filtre instauré sur la Toile.

 

Un outil au service de la censure

tabou_2Ce n’est pas la première histoire du genre. Sites internet et réseaux sociaux ont déjà fait les frais de blocages intempestifs au cours des derniers mois et on estime à plus de 60 000 le nombre de sites internet fermés aujourd’hui en Turquie. Tolga décrypte : « Techniquement, c’est facile. Légalement, aussi depuis qu’existe la loi TCK 216 ». Le texte inscrit à l’article 216 du Code pénal turc interdit de bafouer les croyances religieuses. Et c’est là où ça pèche : « On n’est déjà pas en faveur de cette loi mais si au moins elle était correctement appliquée ! ». Car c’est bien elle qui a force de décision aujourd’hui dans le pays. Un outil puissant pour le gouvernement Erdoğan. Un outil dangereux aussi, idéal pour empiéter chaque jour un peu plus sur la liberté d’expression turque. Alors on se pose la question : comment être athée aujourd’hui en Turquie ? Ni Tolga, ni l’association ne semblent posséder la réponse. Vivre caché pour vivre heureux ? Ça ne semble pas être le crédo de la structure qui revendique pour missions d’informer, protéger et défendre la communauté athée à travers toute la Turquie. En attendant, c’est elle qui a besoin d’être défendue comme l’ont compris les dizaines de personnes lui ayant manifesté leur soutien. Parmi elles, des associations telles que Atheist Alliance International. Des citoyens lambda aussi, sensibles à la restriction croissante de leurs libertés individuelles et quotidiennes. La décision devrait tomber d’ici quelques jours. De l’interdiction formelle de toute publication au retrait des deux articles polémiques, le suspense reste entier. Mais, à Istanbul comme ailleurs en Turquie, la porte d’Ateizm Derneği reste ouverte, quel que soit le verdict.

Charlotte Lazarewicz

Site internet de l’association Ateizm Derneği : www.ateizmdernegi.org

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