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Laurent Fabius en Iran pour relancer les relations bilatérales

Le ministre français des Affaires étrangères, est attendu ce mercredi 29 juillet à Téhéran pour une visite historique. Elle vise à redorer l’image de la France après sa fermeté sur le dossier nucléaire et relancer les relations économiques.

 Fabius et Rohanni

Il était attendu de pied ferme. Laurent Fabius a rencontré aujourd’hui le président iranien Hassan Rohani. Il a également profité de cette visite pour inviter son homologue à se rendre en France en novembre prochain. C’est la première visite officielle française sur le territoire iranien depuis 2003, et la visite du ministre d’alors, Dominique de Villepin. Déjà à l’époque, le programme nucléaire était à l’ordre du jour. Il s’agissait alors d’éviter que s’ouvre une crise entre l’Iran et les autres pays. Sans succès. Douze ans plus tard, les tensions sont retombées. L’accord sur le contrôle du nucléaire iranien signé le 14 juillet à Vienne promet, en échange d’une surveillance accrue du programme iranien nucléaire, une levée progressive des sanctions et l’ouverture du marché iranien. Depuis l’accord, l’Iran sait se faire désirer. Cinq jours seulement après sa signature, le vice-chancelier allemand et ministre de l’Economie, Sigmar Gabriel, se rendait sur place, accompagné d’une délégation de chefs d’entreprises. Et la semaine dernière, c’était au tour de Frederica Mogherini, chef de la diplomatie européenne, de se rendre à Téhéran.

La chasse aux investissements est ouverte

Il faut dire que les perspectives de croissance de l’Iran sont exceptionnelles en cas d’ouverture de son marché. Les économistes tablent sur une croissance de 5 % dès la première année, voire 8 % sur les 18 mois suivants. Les échanges commerciaux entre l’UE et l’Iran pourraient être multipliés par cinq d’ici trois ans. Si le Trésor américain décidait de retirer les banques iraniennes de la liste des établissements exclus du système bancaire international, il y aurait d’excellentes opérations financières à effecteur pour les investisseurs internationaux. L’Iran, quatrième réserve mondiale de pétrole, fait également valoir des atouts au niveau énergétique. Que ce soit au niveau des infrastructures vieillissantes à rénover, ou au niveau du prix de production de baril de brut, fixé à 25 dollars contre 100 dollars en Alaska. Enfin, du coté des produits de consommation courante, on parle de l’ouverture d’un marché de 80 millions de consommateurs potentiels.

Pétrole-iranien

Une manne que les entreprises françaises ne veulent pas laisser filer, alors que les Américains et les Allemands sont déjà sur les starting-blocks. Les entreprises françaises ont d’excellents atouts à faire valoir, notamment dans l’automobile. Ce n’est qu’en 2012 que les constructeurs ont quitté l’Iran, alors que Renault et PSA se partageaient alors 40 % du marché. Si les entreprises asiatiques et notamment chinoises ont entre-temps tenté de s’implanter, la demande pour les produits français est encore forte. Un enjeu dont Laurent Fabius a conscience. Dans les colonnes du quotidien français Le Parisien, il insiste « sur la tradition d’excellence française reconnue en Iran ». En dehors de ces aspects économiques, sa visite se veut néanmoins avant tout politique, les relations franco-iraniennes ayant été tumultueuses par le passé.

Le passif de Laurent Fabius avec l’Iran

Première cause de tensions, la position de la France pendant les négociations, qui a été un des pays les plus exigeants sur les conditions de l’accord. A titre d’exemple, en 2013, Laurent Fabius avait refusé de signer un accord préalable jugé trop permissif avec le régime iranien. Cela avait repoussé la signature de cet accord de plusieurs jours. Une stratégie de « vigilance constructive », pour reprendre les mots de l’intéressé, qui lui est aujourd’hui reproché.

Mais c’est une histoire plus personnelle qui le lie à l’Iran. Tout d’abord, c’était Laurent Fabius qui était Premier ministre de 1984 à 1986. Une période tendue dans les relations franco-iraniennes. Ainsi il a dû assumer le choix de la France de soutenir l’Irak dans sa guerre contre l’Iran dès 1983. C’est aussi lui qui a dû gérer les attentats de la rue de Rennes en 1985, causés par les services secrets iraniens. Un souvenir qui a peut-être en partie expliqué son intransigeance pendant les récentes négociations. Mais c’est avant tout le dossier du sang contaminé qui revient sur le devant de la scène. De 1984 à 1985, plus de deux mille hémophiles ont été transfusés avec du sang contaminé par le virus de l’hépatite C ou du SIDA. Poursuivi pour homicide involontaire, il est acquitté par la Cour de Justice de la République en 1999. Le scandale sanitaire n’a néanmoins pas concerné que la France, puisqu’une partie de ce sang contaminé a été exporté, et notamment en Iran.

Monsieur Sang contaminéC’est pourquoi les médias conservateurs tombent à bras raccourcis sur celui qu’ils nomment « Monsieur Sang Contaminé ». Le quotidien iranien Kayhan s’offusque que le ministre « se rende en Iran pendant la Semaine nationale de l’hémophilie, sans verser un seul euro d’indemnités aux pauvres gens contaminés ». Sur les réseaux sociaux, de nombreux montages montrent Laurent Fabius représenté en vampire. Un climat qui est cependant à relativiser selon Hubert Védrine. « A mon avis ce n’est pas la ligne fondamentale de l’Iran, sinon ils n’auraient pas invité Laurent Fabius », l’ancien ministre français des Affaires étrangères au micro de la radio française France Inter. « C’est surtout une façon pour certains groupes Iraniens de régler des comptes entre eux. » Le ministre de la Santé iranien a par ailleurs lui-même indiqué « quil n’était pas dans l’intérêt du pays de soulever [cette question]. »

Pour déminer toute polémique, le ministre français a par ailleurs tenu à s’adresser lui même aux Iraniens. Dans une tribune parue dans la presse locale, il met en avant le « patrimoine » perse et « sa contribution dans l’histoire de la science et des idées ». Il souhaite en outre que l’Iran, « pays influent », joue un rôle « positif » au Moyen Orient. Une première visite qui se veut avant tout politique. Preuve en est, contrairement à ses homologues, le ministre français s’est rendu en Iran sans délégation de chefs d’entreprise. Il faudra attendre le mois de septembre et la visite de 80 entrepreneurs, organisée par le Medef, pour que l’économie reprenne ses droits.

Antoine Rolland

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