Art, Culture

Le ballet de Bordeaux donne vie à Carmina Burana à Istanbul

Les 5 et 6 avril 2014, le ballet de l’Opéra de Bordeaux était à Istanbul pour la première fois de son histoire. La compagnie dirigée par le danseur et chorégraphe Charles Jude a fait ses premiers pas à la Sublime Porte le temps de deux représentations de Chopin Numero Uno suivi de Carmina Burana, deux créations de l’argentin Mauricio Wainrot, devant un auditoire conquis.

Chopin Numero Uno

Chopin Numero Uno

A Bordeaux la danse est une affaire très sérieuse depuis ses débuts sous Louis XIV. Aujourd’hui considérée comme une des meilleures du pays, la compagnie qui compte 38 danseurs est dirigée par Charles Jude, danseur étoile de l’Opéra de Paris. Les deux hommes ont eu l’occasion de travailler avec le désormais légendaire Rudolf Noureev. Suivant son enseignement, le ballet de l’Opéra de Bordeaux présente donc un répertoire aussi bien classique, avec chaque année des grands ballets du répertoire (Don Quichotte, Roméo et Juliette…), que néo-classique voire moderne, en reprenant des créations de chorégraphes contemporains. C’est de néo-classique qu’il fut question à Istanbul.

Le néo-classique est un mouvement né au début du 20e siècle dans les ballets russes. Il s’agissait alors de sortir du mouvement classique et de sa continuité pour casser les formes et évoluer vers une danse dont les codes sont bouleversés tout en conservant le canevas classique. Ce style, qui s’est par la suite étendu à l’Europe de l’ouest et aux États-Unis a pris ses lettres de noblesse avec de grands chorégraphes tels que William Forsythe, George Balanchine, ou encore le français Maurice Béjart.

Le néo-classique, Mauricio Wainrot s’y inscrit pleinement. L’artiste a commencé à étudier la danse à l’âge de 20 ans à Buenos Aires et s’est très vite tourné vers la chorégraphie. Créateur prolifique et talentueux, il a dirigé maintes compagnies à travers le monde, a été récompensé plus d’une vingtaine de fois, et a reçu le titre de meilleur chorégraphe de la décennie en 1999. C’est pour le Ballet Contemporeàneo del Teatro San Martin, dont il est le directeur artistique, qu’il a initialement créé les deux pièces jouées à Istanbul ce weekend, Chopin Numero Uno (2010) et Carmina Burana (1998).

cb fortuna

Carmina Burana – Premier Tableau, Fortuna Imperatrix Mundi

Mais revenons à Istanbul et à la scène du Cemal Resit Rey Concert Hall. Samedi 5 et dimanche 6 avril, ce sont vingt-deux danseurs que les spectateurs stambouliotes ont pu admirer. C’est Chopin Numero Uno qui ouvrait le spectacle. Une variation pour deux danseurs d’une délicatesse à couper le souffle. Une équipe au plus beau sens du terme plus qu’un couple ou un duo. Le couple est ensuite rejoint par les autres danseurs de la troupe et les partenaires se croisent, se coordonnent pour mieux se séparer et se retrouver. La chorégraphie de Mauricio Wainrot est pleine d’espièglerie, d’humour et de tendresse. Peut être s’agit-il de personnes qui se rencontrent pour la première fois, peut être sont-ils depuis longtemps ensemble et se connaissent par-ils par cœur mais sans perdre la spontanéité des premiers rendez-vous. Les danseurs de Charles Jude ont donné vie à cette variation définitivement moderne, qui épouse à merveille la musique de Chopin, compositeur romantique s’il en est.

cb primo vere

Carmina Burana – Deuxième tableau, Primo Vere

Deuxième tableau, les vingt-deux danseurs sont présents. Les premières notes du Carmina Burana de Carl Orff retentissent, le chœur et les corps se mettent en action. L’ouverture de cette cantate, tout le monde la connaît, elle est passée dans mille films, sur mille radios, et pourtant, la mise en scène, l’interprétation, la danse, la présentent sous un nouveau jour. Autant Chopin Numero Uno était empreint de délicatesse, autant le début de Carmina Burana n’est que force et puissance.

Tout comme l’œuvre musicale, la pièce chorégraphique se divise en cinq tableaux, emprise du destin sur les hommes, renouveau de la nature, chansons de tavernes, poèmes érotiques et histoire de Blanchefleur et d’Hélène. A chaque partie son ambiance et son style. C’est sans difficulté que les interprètes ont réussi à entraîner avec eux les spectateurs en leur offrant la possibilité de voyager dans leur univers imaginaire. Mauricio Wainrot saupoudre sa danse de références, ici on pourra voir un clin d’œil au Déjeuner sur l’Herbe de Manet, là on croira apercevoir un faune. Tout le talent de l’Opéra de Bordeaux est là, ils passent de répertoire en répertoire et le décor très épuré laisse au public la liberté de combler cet espace imaginaire de ses propres images mentales.

Délicatesse, ironie, sérieux, Chopin Numero Uno et Carmina Burana interprétés par l’Opéra de Bordeaux sont de véritables perles de la danse actuelle. Emportant les spectateurs dans leurs pirouettes, les danseurs les laissent tout de même composer leur propre variation et n’est-ce pas cela, la parfaite combinaison pour une œuvre dont le titre complet signifie : Poèmes de Beuren : Chansons profanes pour chanteurs et chœur devant être chantés avec instruments et images magiques ?

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