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Le cri de victoire des femmes au Soudan : l’excision interdite par la loi

Selon l’UNICEF, plus de 87 % des femmes de 15 à 49 ans affirment avoir subi l’excision au Soudan. Si cette pratique est si répandue, c’est parce qu’une femme est jugée « pure » seulement si elle a été excisée. Cette tradition culturelle perdure dans de nombreux pays et représente la face noire de la modernité. En novembre dernier, les Soudanaises ont secoué la scène internationale en manifestant pour leurs droits. Depuis, de nombreuses réformes nationales sont en cours, leur allouant de plus en plus de libertés.


Alaa Sanah, 22 ans, devenue le symbole des manifestations au Soudan (Lana H. Haroun @lana_hago / Twitter)

La question de l’excision au Soudan ne date pas d’hier. La pratique de l’excision la plus douloureuse et malheureusement la plus répandue, dite « infibulation », est illégale dans le Code pénal du Soudan depuis son indépendance en 1957. Depuis 2003, le personnel de santé a l’interdiction de pratiquer les mutilations sexuelles féminines. Finalement, en 2009, un décret a criminalisé toutes formes de mutilations sexuelles chez les femmes. Toute personne reconnue coupable de ces actes encourait une peine de prison de dix ans ou d’une amende, ou les deux. Il y a une semaine, les autorités de transition ont adopté l’amendement d’un article du Code pénal requalifiant ces actes de crime. Désormais, pratiquer l’excision fait encourir une peine de trois ans de prison et d’une amende.

Mais alors, pourquoi l’excision est-elle si répandue au Soudan ? La réponse est de l’ordre des traditions culturelles. Jugées « qulfa » — un terme qui signifie « déshonneur » —, les femmes non excisées sont considérées comme des exclues sociales.

L’article 141 du Code pénal amendé le 22 avril qui criminalise l’excision est une victoire pour les droits des femmes. La porte-parole du Fond des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) à Khartoum, Salma Ismail, se réjouit : « Cette loi va aider à protéger les filles de cette pratique barbare et leur permettre de vivre avec dignité ». Cependant, Salma Ismail nous prévient également des possibles répercussions. En effet, une loi ne permet pas à elle seule de changer les mœurs de la société. Pour exemple, l’Égypte, pays voisin du Soudan, a interdit la pratique de l’excision par une loi de 2008. Pourtant, l’UNICEF soutient qu’encore 70 % des Égyptiennes âgées de 15 à 49 ans ont subi une mutilation génitale, principalement avant leurs 12 ans. Ancrée profondément dans la société, l’excision est un rite de passage à la vie adulte et à la vie maritale soutenue à la fois par les hommes et par les femmes.

Pour parer cette tradition, l’UNICEF a lancé une campagne dont le slogan est « Saleema ». « Saleema » signifie « complet, intact, entier comme Dieu l’a créé », c’est-à-dire parfaite depuis la naissance. Cette campagne vise à faire évoluer les mentalités afin de bannir non pas que par la loi, mais également par les mœurs la barbarie à l’égard des femmes. Des centaines de religieux se sont tournés vers cette nouvelle façon de respecter la femme et se battent aux côtés de l’UNICEF pour changer en profondeur la société soudanaise.

Le ministre des Affaires religieuses, Nasr al-Din Mufreh, a récemment participé à une cérémonie lors de la Journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines. Il a alors affirmé soutenir la campagne pour bannir cette pratique au Soudan d’ici 2030.

Anaëlle Barthel

2 Comments

  1. Saadia Elamin

    C’est uniquement avec l’education que l’on peut mettre fin a cette pratique barbare. Meme au tour de la capitale les jeunes filles continuent a subir cette brutalite, ne parlons pas de la campagne ni des regions lointaines.

  2. Letellier

    Quelle pratique sauvage !!!!
    Éduquer la pratique de la bienveillance ; de la gratitude et du respect pour un monde meilleur !!!!
    L’Homme est un Loup pour lui-même!
    Arrêtons l’orgueil d’écraser autrui pour avoir une reconnaissance et se croire supérieur !!!
    Quel égoïsme !

    Félicitation à toutes ces femmes qui se battent !
    Mes respects!

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