Chroniques, Le choix de la rédaction

« Le dernier seigneur des Balkans »

Nami BaserC’est la traduction française du roman épique de Necati Cumalı, auteur prolifique qui a écrit aussi bien des nouvelles que des poèmes, aussi bien des pièces de théâtre que des essais portant sur des sujets divers, le tout en travaillant comme avocat à Izmir. Il a osé aborder la vie sexuelle des femmes et des provinciaux avec courage et témérité dans des années, cinquante et soixante, où ces sujets étaient considérés comme tabous. En turc, le roman a pour titre « Viran dağlar » dont la traduction littérale serait « Les montagnes en ruine« . Puisqu’on peut admettre que cela sonne curieux en français, on peut au vu du contenu juger valable la traduction privilégiée. Ce qui constitue à nos yeux un scandale, c’est plutôt que la formidable adaptation à l’écran de ce texte soit passée inaperçue en Turquie et dans les médias turcs en général. Alors que nos journalistes crient au scandale chaque fois que, dans un programme dans les télévisions européennes, ils ont l’impression qu’on maltraite les Turcs – alors que la plupart du temps ce n’est même pas le cas – ; personne ici n’a daigné ni parler ni écrire sur cette série admirable qui date de novembre 2005. À l’époque je l’avais téléchargée et en avais donné un exemplaire à plusieurs personnalités du monde théâtral, qui m’avaient promis de tout faire pour au moins la diffuser sur une chaîne de la télévision turque. Apparemment ces efforts n’ont pas eu d’échos et « Le dernier seigneur des Balkans » attend toujours que l’on s’intéresse à lui. Je m’en charge donc dans cet article afin d’inciter les lecteurs à voir et à revoir comme on le répète dans le jargon de l’art.

Le roman raconte en gros la perte des Balkans par les Ottomans. De plus, comme Necati Cumalı fait partie de ces Turcs ayant émigré depuis cette région, c’est à partir d’informations et de connaissances de première main que le récit impose un labyrinthe d’intrigues et de personnages emportés par le chaos des guerres balkaniques. Ce qui est surprenant dans la série c’est que Michel Favart, qui a réalisé l’adaptation, a prolongé l’histoire jusqu’à la Seconde Guerre mondiale alors que le roman se termine lors de la première, plus précisément avec l’armistice de Moudros. C’est là une gageure réussie d’autant plus que ces régions divisées se laissent raconter dans leur désarroi divisé entre les fascismes divers et le communisme. Les auteurs Pascal Bensoussan et Michel Léviant ont eu là une volonté d’exhiber l’histoire des Balkans dans la première partie du vingtième siècle. Les acteurs choisis dans divers pays européens, Mathieu Delarive, Michel Cohen, Mélisandre Meertens, et Arnaud Binard surtout, qui joue Zülfikar, le personnage principal trahi par ses proches, excellent tous à nous rendre présente une vertigineuse histoire d’amour et de société. Du reste, rappelons que si vous jetez un œil à vos téléphones, IMDb donne à notre adaptation une note de 7,5/10 ce qui pour une série représente une franche réussite puisque même Dallas, qui avait enchanté notre jeunesse, n’obtient que 7. Il faut aussi souligner l’importance de la musique de Mikis Theodorakis qui confère une atmosphère de saveur, d’authenticité et de rigueur au récit.

Indignons-nous donc du fait qu’on n’en ait même pas parlé en Turquie car c’est bien l’unique fois qu’un roman turc ait fait l’objet d’une série en Europe, et surtout en France.

1 Comment

  1. Rossella Paschi

    Je partage tou à fait ce qui est dit dans cet article, je suis même très surprise que aussi en dehors de la Turquie cette série ne soit pas si connue que ça, car elle est vraiment d’un niveau très élevé et très intéressante d’un point de vue historique, d’autant plus en vue de la toute récente guerre dans l’ancienne Yougoslavie.

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