International, Politique

Le désenchantement européen

Pressenti depuis quelques mois, c’est à présent officiel : l’Union Européenne (UE) change de ligne dans sa politique migratoire. Lors du sommet entre les Etat-membres de l’UE et la Turquie, réunis hier 7 mars à Bruxelles, le projet d’une répartition solidaire des réfugiés entre les 28 a été abandonné. Dorénavant, le but que poursuit l’UE est de stopper les réfugiés à la frontière européenne. La Turquie devient donc officiellement le gardienne d’une Europe impuissante.

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La Turquie en position de force

Pour l’instant, l’UE et la Turquie n’ont pas encore signé de nouvel accord pour résoudre la crise migratoire qui connaît un nouveau point d’orgue depuis le début de l’année. Cependant, ils se donnent dix jours pour finaliser le projet et trouver un consensus autour des propositions émises par Ankara. En effet, c’est le premier Ministre turc, Ahmet Davutoğlu, qui était en position de force lors des négociations d’hier et c’est donc lui qui a proposé un deal aux européens.

En gros traits, Ankara promet de mettre un terme aux flux migratoires, en l’échange de 3 milliards d’euros supplémentaires aux autres 3 milliards promis en décembre 2015. Pour stopper l’afflux des migrants, le gouvernement turc propose le principe de « un pour un ». Le gouvernement de Davutoğlu s’engage à reprendre tous les migrants interceptés en mer Egée ou présents sur le sol grec depuis quelques jours à la condition suivante : pour chaque réfugié syrien l’UE doit « réinstaller » un autre réfugié syrien présent un Turquie dans un pays de l’UE. Les dirigeants européens espèrent ainsi lutter contres les passeurs et contrôler les migrations massives de réfugiés vers l’Europe.

Dans son papier, Ankara demande également l’accélération du processus de libéralisation des visas pour les turcs voyageant en UE.

Dans ces négociations, la Turquie, qui accueille près de 3 millions de Syriens, est clairement en position de force face à une UE qui n’a jamais semblé capable de pouvoir résoudre cette crise. De surcroit, les dirigeants européens n’ont pas évoqué la fermeture du quotidien d’opposition Zaman vendredi dernier à Istanbul.

L’échec de l’UE

Face à la crise migratoire, l’UE a échoué, à plusieurs reprises, pour trouver une solution. Pendant que les pays de l’Est refusaient majoritairement d’accueillir des réfugiés, la chancelière allemande, Angela Merkel, faisait campagne pour une répartition des réfugiés au sein de l’Union. Mais elle n’a pas été entendue. Même le fidèle partenaire de l’Allemagne, la France, n’a pas fait d’efforts pour accueillir des réfugiés. Résignée, l’UE se lance alors dans une nouvelle stratégie de fermeture des frontières. Pourtant celle-ci ne semble pas être conformité avec les textes fondamentaux de l’UE. La Convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés par exemple, interdit l’expulsion de réfugiés politiques du sol européen.

Pourtant premier négociateur européen, Mme Merkel n’a pas réussi à faire retirer une phrase qui l’embêtait : « Il est mis fin aux flux irréguliers de migrants par la route des Balkans occidentaux » peut-on lire dans les conclusions du texte élaborer à Bruxelles. C’est donc une victoire pour les pays de l’Est, emmenés par l’Autriche et la Hongrie de Orbán, qui obtiennent la fermeture définitive de la route des Balkans.

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Quelles perspectives ?

Alors qu’un nouveau naufrage s’est produit dimanche dernier en mer Egée, la solution à cette tragédie humanitaire que représente la crise migratoire semble encore bien loin. Prévu pour le 18 mars, l’accord entre la Turquie et l’UE semble plus essayer de résoudre les problèmes des Etats que la condition des réfugiés. De plus, la fermeture de la route des Balkans va vraisemblablement aggraver la situation en mer Egée et sur les côtes grecques. Cependant, le cas de la Grèce semble laissé pour compte. Les solutions politiques se font donc toujours attendre et c’est l’incertitude qui reste à l’ordre du jour.

Seule certitude : les sommets sur la crise migratoire risquent de se répéter encore et encore…

Raphaël Schmeller

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