Politique

Le FN : une ascension constante

Lors des élections européennes de mai dernier, près d’un français sur quatre a voté pour le Front National. Cet ancien petit parti, incarné par Jean-Marie Le Pen, n’obtenait en 1974, lors de l’élection présidentielle que 0,75% des voix. À cette époque, les trois grandes forces politiques françaises n’étaient autres que le PS, le PC et la droite (gaulliste et giscardienne réunies). Pour parvenir à devenir ce parti politique puissant, le Front National a su faire évoluer sa doctrine afin de devenir un parti nationaliste et socialiste. Marine Le Pen, fille de Jean-Marie, travaille sans relâche pour inscrire son parti « ni à droite, ni à gauche » et encore moins comme un parti « d’extrême droite ».

marine le pen

Un virage sociale du FN
L’ancien président du parti frontiste, Jean-Marie Le Pen, aimait se définir comme « économiquement de droite, socialement de gauche, nationalement de France ». L’arrivée de sa plus jeune fille à la tête du parti en 2011 a très largement rebattu les cartes en positionnant très nettement le parti sur les thématiques sociales. Si Jean-Marie Le Pen souhaitait supprimer progressivement l’impôt sur le revenu et s’opposait à l’instauration d’un revenu minimum garanti (RMI) ou encore à l’augmentation du SMIC, Marine Le Pen, sa fille et actuelle présidente du parti, a une vision économique diamétralement opposée. Désormais, le Front National sur son site internet indique très clairement dans son programme : « une augmentation de 200 euros nets de tous les salaires inférieurs à 1500 euros, un retour de l’âge de la retraite à 60 ans ou encore une hausse de l’impôt » pour les revenus les plus élevés afin de réduire celui des plus modestes.

Le Front National a donc progressivement abandonné sa politique libérale pour une vision nettement plus sociale. En revanche, les principes tels que la priorité nationale, le retour au franc, et l’arrêt immédiat de toute immigration restent inchangés.

Des changements payants
Ces élections européennes sont historiques pour le FN. Jamais ce parti n’était parvenu à se hisser en tête lors d’élections nationales. La dé-diabolisation du Front Nationale et le virage économique du parti s’avèrent payants.

Si les adversaires du FN aiment à rappeler que le triste gagnant de ces élections sont les abstentionnistes (56%), le FN n’en demeure pas moins le grand vainqueur. François Hollande analyse l’échec du PS (14% des suffrages) aux européennes comme celui « d’une défiance à l’égard de l’Europe qui inquiète, d’une défiance à l’égard des partis de la majorité comme de l’opposition, d’une défiance à l’égard de la politique ». Bruno Le Maire, ancien ministre et candidat à la présidence de l’UMP, affirme que « l’UMP (21%) est la seule force qui résiste au FN », constatant que « c’est surtout un effondrement du PS », relativisant ainsi les scores honorables de la droite. Quant aux écologistes à l’instar de Jean-Vincent Placé, ils considèrent que c’est « un désaveu de la ligne économique » menée par le gouvernement, auquel ils ont pourtant appartenu. Ainsi, aucun des partis ne reconnaît au FN une victoire des idées qu’il défend, tous rejettent la faute sur une politique gouvernementale insatisfaisante.

Un électorat jeune et populaire
Les sondages Opinionway et Ipsos apportent quelques éclaircissements sur les électeurs du Front. Tout d’abord, 30% des moins de 35 ans ont voté pour le FN contre seulement 21% des plus de soixante ans. Ensuite, il s’agit d’un vote populaire avec de beaux scores chez les ouvriers, employés et chômeurs atteignant respectivement 43%, 38% et 37% des suffrages. Enfin, 85% d’entre eux ont voté principalement pour le parti de Marine Le Pen dans le but de sanctionner le gouvernement mais aussi de tirer une nouvelle fois la sonnette d’alarme sur l’immigration, l’insécurité et les aides sociales souvent distribuées, selon eux, injustement. En période de crise, nombreux sont ceux qui ressentent cette injustice, payant de lourds impôts sans jamais pouvoir bénéficier des aides. Ce sentiment de la classe moyenne est amplifié par la crise qui favorise le repli sur soi et le rejet des grands partis traditionnels.

Un FN à part, avec des idées à part
Cette victoire s’explique donc par l’appropriation de thématiques par le FN et par la déception des partis historiques. Ces dernières années, Marine Le Pen n’a cessé d’assimiler le PS et l’UMP, rompant avec les débuts du FN où Jean-Marie Le Pen appelait à voter aux présidentielles pour V. Giscard d’Estaing. Désormais, pour le FN : l’UMP et le PS, c’est blanc bonnet et bonnet blanc, assimilant ainsi les deux partis par l’abréviation « UMPS ». Selon Marine Le Pen, le FN est le seul parti à n’avoir jamais été au pouvoir alors que PS et UMP en 40 ans d’alternance n’ont eu de cesse d’aggraver le chômage, la dette et l’immigration. Elle se place donc comme étant la seule personne capable de redresser le pays tout en dénonçant l’incapacité de la droite et de la gauche.

Cette réussite est aussi due à des sujets trop souvent négligés par les partis traditionnels. La laïcité, l’immigration, la priorité nationale, la sortie de l’Europe et de l’euro sont les sujets que le FN s’est progressivement approprié, se donnant l’image d’être le seul capable en la matière aux yeux des français.

L’UMP et le PS en difficulté, un besoin de renouveau
Alors que l’UMP traverse une grave crise interne ayant obligé son président à démissionner après des révélations sur l’usage des fonds du parti, Manuel Valls estime que « le PS est en danger de mort ». Après deux ans de guerre entre le clan de l’ancien Premier ministre, François Fillon et du président du parti Jean François Copé, l’UMP a décidé de permettre aux adhérents d’élire le chef du parti à l’automne prochain. Ce nouveau président impulsera une nouvelle ligne. L’UMP devra se placer et tenir compte des différents courants interne, parfois très à droite de l’UMP, souhaitant récupérer un électorat parti au FN, parfois modéré, souhaitant récupérer les centristes. L’enjeu est de taille car une UMP divisée réduirait ses chances d’atteindre le second tour de la prochaine élection présidentielle.

Quant au PS, le Premier ministre, Manuel Valls semble prendre la mesure des dangers qui pèsent sur sa famille politique. Cette semaine, il l’alertait sur « le risque de voir Marine Le Pen au second tour ». En effet, un PS avec à peine 14% est en grand danger.

Les deux partis prennent donc la « menace » Front National très au sérieux et tentent d’adapter leur discours pour convaincre les électeurs de Marine Le Pen de revenir voter pour eux. Quant au FN, s’il a le vent en poupe, les marches du pouvoir sont encore nombreuses. Il faut encore attendre d’autres élections pour vraiment savoir si le Front National pourra un jour prétendre à gouverner la France.

Gregoire de Valbray

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