Politique

Le HDP dénonce des « exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires » et saisit les Nations unies

Le 6 août, le HDP [Parti démocratique des peuples] a publié sur son site officiel une lettre ouverte que le parti a adressée au Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires des Nations unies, Christof Heyns, dans laquelle il demande « une enquête sur des massacres (…) de civils ayant eu lieu depuis le 20 juillet 2015 ». Le gouvernement AKP est directement visé.

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La lettre est signée Selahattin Demirtaş (gauche) et Figen Yüksekdağ (droite), co-présidents du HDP.

Il n’a échappé à personne que l’attentat de Suruç le 20 juillet, couplé à l’approche des élections, a compliqué la situation du pays, désormais officiellement en guerre contre l’organisation Etat islamique et le PKK [Parti des travailleurs du Kurdistan]. Les partis d’opposition ont depuis dénoncé avec force des abus de la part du gouvernement, qui profiterait du chaos pour s’imposer un peu plus avant les élections et écarter peu à peu ses opposants politiques.

Mais ce que l’on sait moins, c’est le contenu réel de ces abus, la situation restant floue. Le HDP a décidé de passer à la vitesse supérieure en mettant des mots sur les événements de ces dernières semaines : il évoque des « exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires » et fait le choix de saisir les Nations unies, afin qu’une enquête d’envergure internationale soit lancée. L’ONU dispose en effet d’un grand nombre d’experts, spécialisés dans différents domaines, auxquels toute organisation ou association peut faire appel.

Les dessous du chaos

Le HDP assure jouer un « rôle de médiateur » dans le conflit opposant le gouvernement aux rebelles kurdes et être au courant, à ce titre, de nombreuses manipulations et coup-montés qui auraient lieu presque quotidiennement en Turquie. Le parti accuse notamment le gouvernement de rester indifférent face à de nombreuses affaires de morts suspectes. L’AKP n’aurait « pas la volonté politique d’identifier et d’inculper les coupables ».

Au total, la lettre énumère sept cas différents de morts suspectes. Tour à tour, la victime « est tuée (…) par un soldat appartenant aux forces armées turques », « décède des suites de ses blessures dans l’ambulance qui l’emmène à l’hôpital de Diyarbakır, après une manifestation », « tombe du septième étage d’un immeuble », « est blessé à la tête après qu’un objet l’a heurté alors qu’[elle] était [assise] à son balcon, pendant des manifestations contre l’attentat de Suruç », « perd la vie à la suite d’un tir groupé de la police visant une foule », « [est] exécutée [chez elle] durant un raid policier » et se voit être la cible de tirs de la part de policiers depuis sa voiture, les forces de l’ordre « continuant à  faire feu alors que le passager tentait de s’extraire du véhicule ».

Particulièrement choquante, cette dernière histoire pousse la cruauté bien loin. Le communiqué raconte en effet : « Hasan Nerse a été la cible de coups de feu et alors qu’il avait les pieds et les mains liés et qu’il perdait du sang, il a été forcé à attendre l’ambulance plus d’une-demie heure. Pendant ce temps, les forces de sécurité ont pris des photos d’Hasan Nerse et les ont partagées sur les réseaux sociaux, avec des mots de haine. Lorsque l’ambulance est enfin arrivée, aucun personnel de santé n’est intervenu, personne n’a daigné sortir de l’ambulance et les forces de sécurité se sont contentées de jeter le blessé dans l’ambulance comme un sac. »

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Capture d’écran du site officiel du HDP : « Application to UN for unlawful, arbitrary and extrajudicial killings ».

La violation de plusieurs traités internationaux

Selon le Parti démocratique des peuples, plusieurs conventions, signées par la Turquie, auraient ainsi été violées. Pour justifier ses dires, la lettre ouverte convoque différents textes internationaux, tels que la Convention de La Haye de 1907 et la Convention de Genève de 1949, qui définissent toutes deux les règles de protection des personnes en cas de conflit armé, ou encore la Déclaration des droits de l’Homme des Nations Unies. Des traités qui seraient violés « entièrement et sans ambiguïté » par le gouvernement turc.

Une des premières revendications de l’opposition concerne l’indépendance de la justice. Le HDP dénonce en effet un système judiciaire « sous le contrôle du gouvernement » et qui « fait traîner les procédures et omet volontairement de livrer des informations et des documents aux autorités judiciaires ». Cet appel à l’aide portera-t-il les fruits escomptés ?

Noémie Allart

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