Environnement, International

Le Japon retourne à l’énergie nucléaire après plus de 2 ans d’interruption

Mardi 11 août marquera le retour à l’énergie nucléaire du Japon, quatre ans après l’accident nucléaire de Fukushima et deux ans après l’arrêt complet des 48 réacteurs du pays.japan-nuclearA croire qu’avec le temps tout s’estompe. Le Japon, qui avait précédemment fait connaître sa volonté d’étendre la fonction de ses forces d’autodéfense à l’étranger, s’attaque maintenant au nucléaire. La compagnie Kyushu Electric Power envisage le redémarrage mardi du premier réacteur de la centrale de Sendai, située près de la ville de Satsumasendai, dans la province de Kagoshima. « Nous relancerons ce réacteur le 11 août et il devrait commencer à générer de l’électricité le 14 », a assuré la compagnie dans un communiqué. « Nous allons ensuite faire monter progressivement la puissance et prévoyons une exploitation normale à compter de début septembre », a ensuite ajouté le groupe. Le redémarrage du réacteur se fera aux alentours de 10h30, heure locale (1h30 GMT) et atteindra donc sa puissance maximale dans les prochains mois.

La centrale nucléaire de Sendai sera donc la première à avoir été remise en activité, plus de quatre ans après la catastrophe nucléaire de Fukushima qui avait été causé à la suite d’un séisme et d’un tsunami en 2011, ravageant ainsi la côte pacifique de Tôhoku, dans le nord-est du Japon. La catastrophe, classée au niveau 7 de l’échelle internationale des événements nucléaires (le rang le plus élevé), avait été répertoriée comme l’un des accidents industriels majeurs les plus importants, au même titre que Tchernobyl en 1986. Depuis, le Japon s’était tourné exclusivement vers l’énergie électrique. Par la suite, deux réacteurs avaient été temporairement remis en marche mais tous deux ont été éteints le 15 septembre 2013, en raison des normes de sécurités instaurées par le gouvernement après l’accident industriel de Fukushima. Pendant plus de deux ans, le pays aura entièrement cessé de produire de l’énergie nucléaire alors qu’il en consommait près d’un quart avant 2011.

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La centrale de Sendai.

Pourquoi revenir vers le nucléaire ?

Le gouvernement du Premier ministre Shinzô Abe affirme vouloir remettre les réacteurs nucléaires en marche pour de simples raisons économiques. Si le nucléaire est loin d’être indispensable et que l’électricité suffit encore à répondre aux maigres besoins du pays en la matière, les hydrocarbures nécessaires au fonctionnement des centrales thermiques restent encore chers. Le Japon, qui dispose de peu de ressources naturelles en termes d’hydrocarbures est obligé de les importer. De plus, ces centrales émettent beaucoup plus de CO2 et d’autres gaz à effet de serre que des centrales produisant de l’énergie nucléaire.

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Alors que le Premier ministre commémorait jeudi et dimanche derniers les 70 ans des bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki, louant ainsi l’absence de nucléaire au Japon lors de son discours au parc de la paix de Nagasaki, le gouvernement nippon annonce désormais sa décision de rétablir l’énergie nucléaire dans le pays. Bien que la Diète (le parlement japonais) n’ait jamais fait passer de loi concernant la politique de non-prolifération d’armes nucléaires, celle-ci fût adoptée en 1967. Depuis, le Japon n’a plus le droit de « posséder, produire et stocker » d’armes nucléaires sur son territoire. Ces principes avaient été imposés à l’époque par Douglas MacArthur lors de l’occupation alliée après la Seconde Guerre mondiale.

Une opinion publique réfractaire

Face à cette décision, la majorité de la population reste pessimiste. Lundi, plus de 400 personnes s’étaient réunies devant la centrale nucléaire de Sendai afin de protester contre le redémarrage des réacteurs de la centrale, située au sud de l’île de Kyūshū. Selon un sondage du quotidien Mainichi Shinbun, effectué auprès de 1000 personnes, 57% des japonais sont hostiles à la décision du gouvernement et 30% seulement y sont favorables. De plus, la population reste inquiète vis-à-vis des mesures d’évacuations mises en place par le pouvoir. Certains experts nucléaires redoutent aussi l’apparition de potentiels bugs dans les réacteurs, ces derniers n’ayant pas servi pendant près de quatre ans. Les organisations écologistes sont elles aussi opposées à la relance des réacteurs pour des raisons de sûreté ainsi que pour les répercussions liées à l’environnement. Selon ces organisations, les risques sismiques et volcaniques sont sous-évalués par les entreprises nucléaires et une catastrophe telle que celle de Fukushima pourrait bien revoir le jour au Japon.

Sophie de Tapia

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