Politique, Société

Le jeu Minecraft n’amuse pas le gouvernement turc

Le célèbre jeu vidéo, qui appartient désormais à Microsoft, s’est attiré l’attention de la Turquie pour sa prétendue violence, et risque même la censure.

minecraft_fighting

Minecraft dans le viseur du gouvernement

Minecraft, jeu vidéo bienséant s’il en est, va faire l’objet d’une enquête visant à déterminer s’il encourage ou non la violence. Le ministre de la Famille et des Affaires sociales Ayşenur İslam a en effet demandé cet examen suite aux recommandations d’un journaliste turc qui trouvait que le jeu poussait à la brutalité, notamment envers les femmes. La preuve en est pour ce dernier que des points sont attribués aux joueurs lorsqu’ils parviennent à tuer un autre personnage. Visiblement convaincue, madame le ministre a soutenu que Minecraft glorifiait le fait d’agresser des gens et animaux, et a indiqué qu’à l’issue de cette enquête, le jeu pourrait bien être interdit dans tout le pays.

Un choix incongru

Rappelons que Minecraft, qui est le deuxième jeu vidéo le plus vendu de tous les temps, est interdit aux moins de sept ans dans presque tous les pays européens, et aux moins de dix ans aux États-Unis. La raison de cette faible restriction ? Minecraft n’a pas vocation à être réaliste, il s’agit d’une sorte de jeu sultanahmetde Lego virtuel dans lequel le joueur dispose d’une liberté presque totale : il peut réaliser des constructions en utilisant des blocs en 3D, chose permise par le mode Créatif, il peut préférer le mode Survie qui l’amènera à combattre différentes créatures et à devoir chercher de la nourriture, ou encore suivre une aventure narrative. À aucun moment il n’est incité à quoi que ce soit, la violence n’a pas une place centrale dans Minecraft, et, surtout, la nature des graphismes est telle que même les scènes de combat ne sont jamais choquantes. Une version du jeu appelée MinecraftEdu a même été façonnée par des enseignants dans un but éducatif.

L’un des intérêts du jeu est qu’il est interactif ; de fait, une très importante communauté s’est créée, au sein de laquelle, entre autres, des créations sont partagées. Des forums entiers sont dédiés à Minecraft, et la kyrielle de produits dérivés existants fait le bonheur des aficionados.

Difficile, donc, de comprendre la décision du ministre. Si la violence dans les jeux vidéos dérange, pourquoi s’en prendre à Minecraft, qui en contient si peu ? Ayant entendu parler de la controverse, l’entreprise Microsoft s’est défendue ainsi :

« Minecraft est apprécié par une multitude de joueurs qui y joue de façons très diverses. Beaucoup aiment la liberté créative que présentent Minecraft et ses outils, certains sont plus intéressés par l’opportunité d’explorer un paysage sans frontières et de vivre des aventures exaltantes avec leurs amis.

Nous encourageons les joueurs à coopérer pour réussir, que ce soit pour construire, explorer ou partir à l’aventure.

Le monde de Minecraft peut être un endroit dangereux : il est peuplé d’effrayants monstres asexués qui sortent à la nuit tombée. On peut être amené à s’en défendre pour survivre.

Si certains trouvent cet aspect belliqueux et fantastique du jeu dérangeant, nous les invitons à jouer en Mode Créatif, ou bien à activer le réglage « pacifique ». Ces deux options empêcheront l’apparition des monstres. »27272_minecraft_chilling_on_the_beach

Toujours est-il que cette affaire, qui suit de près le blocage temporaire des médias Twitter et Youtube l’an dernier et les menaces qui ont conduit Facebook a interdire des pages sur Mahomet fin janvier, semble indiquer que la frénésie de la censure n’a pas quitté le gouvernement.

Victoria Coste

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *