Société

Le journal Hürriyet agressé

Les bâtiments d’Hürriyet ont été bombardés de pierres le soir du 6 septembre par des partisans de l’AKP accusant le journal d’avoir déformé les propos du président Erdoğan.

hurriyet

 

Les locaux stambouliotes du quotidien Hürriyet ont été attaqués par des jets de pierre hier soir. Les agresseurs sont des membres du parti pro-Justice et développement (AKP). Le rédacteur-en-chef du quotidien a qualifié cette agression de « page noire dans l’histoire de la démocratie turque ». Les appels à manifester devant les locaux d’Hürriyet ont été lancés par via les réseaux sociaux par un groupe de partisans de l’AKP accusant le quotidien de déformer les propos du président Erdoğan.

Environ 150 protestataires pro-AKP se sont rassemblées devant le quartier général d’Hürriyet le soir du 6 septembre, quelques heures après une attaque terroriste meurtrière dans le sud-est de la Turquie. Les individus ont alors attaqué le personnel de sécurité de la grille à l’extérieur du journal avant de se frayer un passage jusqu’à la porte, qu’ils ont bombardée de pierres. Certains manifestants scandaient des slogans pro-AKP, et se sont retirés après que la police anti-émeute ne soit arrivée sur les lieux.

Abdülrahim Boynukalın, membre du Parlement d’Istanbul appartenant à l’AKP et chef de l’organisation des jeunes de l’AKP, a conduit les manifestants qui ont jeté des pierres sur les locaux d’Hürriyet. Ils ont ensuite abaissé le drapeau d’Hürriyet, avant de le brûler en scandant des slogans parmi lesquels on pouvait entendre « Dieu est grand ». Alors que l’attaque continuait, certains partisans de l’AKP ont appelé sur les médias sociaux à brûler le bâtiment d’Hürriyet « comme le Madımak », un hôtel dans la province de l’est de Sivas où 35 dissidents ont été brûlés vifs par un attroupement ultra conservatif en 1993.

Le rédacteur-en-chef Sedat Ergin a confié à la radio privée CNN Türk ses impressions. « Hürriyet est le journal le plus influent de Turquie et un symbole de la liberté de la presse. Toute attaque contre un journal doit être condamnée, mais attaquer un tel journal sera particulièrement considéré comme une page noire de l’histoire de la démocratie turque. […] Cette attaque a été menée par des partisans du parti politique au pouvoir. Dans une démocratie, les partis politiques devraient se tenir à distance de toute violence », a-t-il dit, avant d’ajouter : « nous allons saisir les tribunaux sur cette affaire. Nous n’abandonnerons pas l’indépendance du journalisme à cause de telles attaques. Nous continuerons à exercer un journalisme indépendant. Ces attaques ne sont que des problèmes temporaires. »

Lors d’une interview sur le média pro-gouvernemental Haber TV à propos de l’attaque d’un convoi militaire menée par le PKK le 6 septembre, le présentateur s’est adressé à M. Erdoğan : « vous avez affirmé lors de l’inauguration d’une ligne de métro que vous vouliez 400 députés […] ». La réponse du président fut : « Si un parti politique avait pu obtenir 400 députés ou [une majorité parlementaire] pour écrire une nouvelle constitution, la situation serait différente aujourd’hui. »

En rapportant l’intégralité du texte de l’interview, Hürriyet a twitté : « Cela ne serait pas arrivé si l’on avait obtenu 400 députés. »

Lors d’une annonce le matin suivant l’attaque des bureaux d’Hürriyet, Ergin a défendu le rapport de son journal : « si nous avons fait une erreur, nous l’admettrons. Nous revoyons actuellement le problème. Ils affirment que [les paroles d’ Erdoğan] ont été déformées. Mais lorsque nous les écoutons, nous pouvons entendre que ce sont exactement celles prononcées par Erdoğan. Mais quel était le contexte ? Nous en débattons », a-t-il dit. « Admettons que notre éditeur web ait fait une erreur. La réponse doit-elle être de bombarder les portes et les vitres avec des pierres ? », a-t-il ajouté.

Laurianne

 

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