Environnement, International

Le paradoxe de la pêche à la baleine

baleines de presLa pêche à la baleine a-t-elle encore de longs jours devant elle ? Le Japon, gros pêcheur de baleines, s’adonne encore à la pratique, refusant l’interdiction internationale. Sous couvert d’étude scientifique, le pays a récemment lancé la saison de la chasse. Pourtant, cette « pêche traditionnelle », nommée ainsi par les autorités nippones, semblerait rapporter de moins en moins.

Le 8 décembre 2013, le Japon a lancé la saison de la chasse à la baleine, une fois de plus. Trois navires nippons ont ainsi quitté leurs côtes nationales pour l’océan Antarctique où ils sont chargés, d’ici mars 2014, de harponner pas moins de 985 baleines. Alors que la chasse à la baleine a été interdite en 1986 par la Commission Baleinière Internationale (CBI), les quotas de pêche mis en place par le Japon ont encore augmenté cette année. A ce jour, ils sont trois pays à refuser l’interdiction internationale : le Japon, qui est le plus gros pêcheur et consommateur de viande de baleine mais aussi l’Islande et la Norvège. Pour ces trois pays, cette pêche n’est en aucun cas à caractère commercial. Si les bateaux nippons sont autorisés à parcourir les mers pour capturer des baleines, c’est que le pays dispose d’une dérogation à fins scientifiques. Officiellement, les bateaux de pêche sont chargés de ramener les animaux dans un but de recherches scientifiques. Officiellement, car tous les ans, ce sont plusieurs tonnes de viande de baleine qui sont mises en vente sur le marché. De plus, les moyens techniques à disposition des scientifiques permettent aujourd’hui d’étudier ces animaux sans avoir à les mettre à mort, par prélèvement d’échantillons de peau, de sécrétions ou même lorsque ceux-ci expirent par leur évent.

baleine pont sanglantIl est donc communément admis que le Japon ne chasse pas la baleine dans un but scientifique, mais bien pour le commerce, ce qui attise d’autant plus la colère des associations de défense des animaux telles que Sea Shepherd ou Greenpeace. Ces ONG mènent chaque année des expéditions à l’encontre des baleiniers japonais afin de les empêcher de remplir leurs quotas. En 2011 par exemple, suite à l’opération Restless lancée par Sea Shepherd, les pêcheurs japonais n’avaient pu atteindre que 30% de leur objectif de chasse, soit tout de même 1 211 tonnes de viande de baleine. Mais ces ONG ne sont pas les seules à critiquer ces pratiques de pêche. L’Australie et la Nouvelle Zélande ont notamment engagés des poursuites judiciaires devant la Cour Internationale de Justice afin de faire cesser toute activité de pêche par le Japon, au motif que les baleiniers allaient chasser dans des eaux considérées comme un sanctuaire pour les baleines et où toute pêche, même scientifique, est interdite. Le tribunal de l’ONU devrait rendre un jugement dans les mois qui viennent.

Le paradoxe de cette pêche à la baleine, est qu’elle serait en réalité plus coûteuse que profitable. En effet, selon une étude de 2012 de l’Institut nippon de recherche sur les cétacés, en 2011, pratiquement 75% des stocks de viande de baleine pêchés lors de ces campagnes n’ont pas trouvé preneurs, soit 908,8 tonnes de viande. Selon une autre étude du même organisme, mais datant de 2006 et commandée par Greenpeace cette fois-ci, 95% des japonais interrogés n’avaient jamais ou pas depuis très longtemps, mangé de viande de baleine. Comment se fait-il, donc, que l’État japonais continue à financer ces expéditions de pêche à hauteur de plusieurs milliards de Yen par ans si la viande ne trouve pas suffisamment d’acheteurs ? Est-ce un refus de se voir imposer une volonté occidentale ? Le désir de préserver une tradition de pêche de prestige ? Ou, comme le soutient Paul Watson, le président fondateur de l’association Sea Shepherd, pour ne pas avoir, ensuite, à céder du terrain sur la pêche au thon rouge, autre espèce menacée de disparition et largement exploitée par les pêcheurs japonais ?

Pour le premier ministre australien notamment, cette pêche est une aberration. Au début de la campagne de pêche de cette année, il a réitéré son appel au Japon à rapatrier ses bateaux en attendant le verdict de la Cour Internationale de Justice. Bien sûr, l’argument écologique est bien présent dans cette lutte pour la préservation des cétacés, mais il n’est pas le seul. Au large de l’Australie se trouvent notamment les zones de reproduction des baleines à bosse où l’on peut les entendre chanter. Or, les expéditions touristiques qui ont pour but d’observer ces animaux attirent de plus en plus de monde et représenteraient un chiffre d’affaires de 2 milliards de dollars par an. Le tourisme, bien plus que la chasse, représente donc la première activité économique en rapport avec l’exploitation des baleines.

Louise Lucas

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