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Le Premier ministre canadien embrase la Gay Pride

Dimanche 3 juillet dernier, Justin Trudeau, le jeune et nouveau Premier ministre canadien, a fait preuve d’avant-gardisme en marchant aux côtés de la communauté LGBT+ lors de la plus grande Gay Pride du Canada, à Toronto.

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C’est la première fois qu’un chef d’État canadien montre l’exemple à la communauté internationale en défilant dans les rues de Toronto. Cette entreprise extrêmement avant-gardiste était aussi symbolique après l’attentat d’Orlando du 12 juin dernier, revendiqué par Daech, qui a frappé une boite de nuit fréquentée par la communauté LGBT+ et qui a fait 49 morts et 53 blessés.

Avant la parade, Justin Trudeau a assisté à un service religieux dans le coeur du village homosexuel de Toronto, où il a accompagné ceux qui chantaient en coeur : « Born this Way » de Lady Gaga.

Encore plus significatif, sur la colline parlementaire, alors que s’élevait le drapeau symbolique de la communauté LGBT+, le Premier ministre a tenu les propos puissants : « Le Canada est uni dans la défense des droits et dans la défense des droits de la communauté LGBT : c’est ce que nous célébrons réellement aujourd’hui. »

Puis, c’est en brandissant fièrement un drapeau arc-en-ciel marqué d’une feuille d‘érable que Justin Trudeau a marché aux côtés d’une dizaine de milliers de personnes souffrant encore trop de la discrimination.

Ovationné par la foule, serrant les mains avec entrain et arborant un sourire chaleureux, il a été rejoint par la Première ministre de la province de l’Ontario, Kathleen Wynne, elle-même homosexuelle, mais aussi par le le maire de Toronto, John Tory, et par deux candidats à la direction du Parti conservateur fédéral, soit Maxime Bernier et Michael Chong.

La Gay Pride de Toronto n’a donc pas manqué d’enflammer les réseaux sociaux. Sur Twitter, de nombreux internautes ont diffusé des photos de ces hommes et femmes politiques se tenant debout face à la violence et l’injustice.

Un geste fort et symbolique

Si Justin Trudeau avait déjà participé au défilé l’an dernier, il n’était alors que le chef du Parti libéral, alors parti de l’opposition. Surtout, il ne venait pas de se produire le terrible attentat d’Orlando et les défilés de la Gay Pride n’étaient pas interdits ou menacés d’être annulés pour des raisons sécuritaires dans divers pays, dont la Turquie.

L’événement était donc aussi l’occasion de rendre hommage à ceux qui sont victimes de l’intolérance et de la barbarie. La parade s’est d’ailleurs arrêtée à 15h afin de consacrer une minute de silence aux survivants du massacre d’Orlando.

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À ce sujet, Justin Trudeau a affirmé qu’il ne « fallait pas accepter la haine […] Nous devons parler à chaque fois que nous sommes témoins d’intolérance ou de discrimination ».

Le co-président du Conseil d’administration de l’organisation « Fierté » de Toronto, Aaron GlynWilliams, a quant à lui posté sur le site Web de l’organisation : « Nous ne répondrons pas à la haine par la haine. Nous pleurerons et tiendrons ces beaux membres de la famille dans nos coeurs, comme nous continuons à combattra la violence et la discrimination contre notre communauté ».

Il n’en demeure pas moins que, bien que discret, un important dispositif de sécurité encadrait l‘événement afin de s’assurer que celui-ci se passe sans encombre.

L’occasion de faire entendre d’autres voix

À la fête se sont invités, non sans tumultes, des membres du mouvement Black Lives Matter (BLM). Ces derniers se sont assis en plein milieu du défilé, interrompant brièvement le cortège, pour protester contre la multiplication des interventions policières qui ont causé aux États-Unis la mort de plusieurs Afro-Américains.

Dans un communiqué, les responsables de BLM ont stipulé qu’ils étaient présents pour dénoncer « les oppressions croisées » auxquelles doivent malheureusement faire face les minorités culturelles et les personnes de couleur faisant partie de la communauté LGBT.

Les militants de BLM en ont ainsi profité pour s’entretenir avec des membres de l’organisation « Fierté » de Toronto. Mathieu Chantelois, le directeur exécutif de l’organisation « Fierté », a alors signé un accord interdisant à la Police de Toronto d’affréter un char pour la parade de l’an prochain.


Un long travail reste à faire

Si la communauté LGBT+ a salué la participation du Premier ministre, certains ont souligné que le travail pour la protection des droits de cette frange de la population serait encore long et difficile. Un participant au défilé, Francesco Caruso, a d’ailleurs tenu aux journalistes les propos suivants : « C’est un important premier pas, mais j’espère qu’il ne s’arrêtera pas seulement à ça , nous continuons à nous faire tuer ».

Or, il semble que le gouvernement de Justin Trudeau est bien décidé à en faire plus. Dimanche, ce dernier a annoncé à la chaine de télévision nationale Radio-Canada que son cabinet explorait l’idée d’une option qui, dans le cadre du projet de loi C-16 déposé en mai, permettrait aux ressortissants canadiens de s’identifier par le genre « neutre » dans les documents d’identité officiels. Cette mesure est déjà en application dans d’autres pays, notamment le Népal, la Nouvelle-Zélande et l’Australie.

En effet, dans une déclaration qui a été transmise à Radio-Canada, le bureau du Premier ministre a indiqué que : « En lien avec C-16, nous sommes à effectuer une révision de l’ensemble des circonstances dans lesquelles le gouvernement exige ou produit des documents d’identité afin de ne pas exclure les gens dont l’identité de genre ne correspond pas à la norme binaire. Ça pourrait inclure la neutralité dans plusieurs situations. »

Le Canada se place aujourd’hui comme un exemple dans la défense des droits de la communauté LGBT+ à un moment où celle-ci a besoin d’un soutien concret pour la protection de ses droits légitimes.

Camille Saulas

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