Politique

Le président Erdoğan en campagne à Strasbourg

Le président Erdoğan était en visite à Strasbourg ce dimanche, dans le cadre d’une série de meetings politiques en Europe organisés par l’Union des démocrates turcs européens (UET). Il a rassemblé près de 12 000 de ses sympathisants autour du slogan « contre le terrorisme, l’unité ».

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La lutte anti-terroriste et les enjeux électoraux

S’adressant à la foule, le président a consacré la plus grande partie de son discours à la lutte contre la guérilla du PKK et s’en pris, à mots à peine couverts, au parti pro-kurde HDP (Parti démocratique des peuples), nouveau rival politique pour l’AKP. « Notre problème, c’est le terrorisme et les terroristes. Le groupe terroriste PKK, et le parti qui s’appuie sur le terrorisme, ne sont pas les représentants de nos frères et sœurs kurdes ». Ajoutant que la terreur prendrait fin par les votes des citoyens aux prochaines élections, M. Erdoğan a déclaré que la Turquie était déterminée à parler un langage que les terroristes comprennent.

Les élections législatives en Turquie sont fixées au 1e novembre, mais la diaspora est appelée aux urnes du 8 au 25 octobre. Le président compte ainsi sur les votes de la diaspora, qui représente près de 8% des électeurs. Un enjeu majeur alors qu’une coalition de gouvernement n’avait pu être formée au terme des dernières élections.

Une contre-manifestation organisée par les opposants

Parallèlement à l’évènement, une grande manifestation était organisée à l’appel de la Fédération de l’Union des Alévis de France (FUAF) et de la Fédération de l’Union des Alévis d’Allemagne (AABF), pour dénoncer la politique anti-démocratique et répressive d’Erdogan contre les Alévis, les Kurdes et les autres minorités ethniques et religieuses, et son soutien implicite à l’Etat islamique en Syrie.

Le président de l’AABF, Hüseyin Mat, a accusé le président turc de vouloir fomenter le chaos en Europe, comme il l’a fait au Moyen-Orient, dénonçant notamment la propagande menée par l’AKP au moyen de fonds secrets, avant de comparer Erdoğan à Hitler

Quant au président de la FUAF, Erdal Kılıçkaya, il a souligné l’union des 57 associations et unions des droits de l’homme rassemblées pour manifester leur opposition à la présence de Erdoğan en Europe, l’accusant d’entraîner insidieusement la Turquie dans une guerre civile, utilisant des discours haineux et polarisants.

La Russie commet une « grave erreur » en Syrie

Dans son discours, le président a dénoncé les actions « inacceptables » de la Russie en Syrie, affirmant que la décision de conduire des raids aériens contre l’opposition modérée à Bachar Al Assad était une grave erreur, ajoutant que ceux qui coopéraient avec « la terreur d’Etat » en paieraient le prix devant l’Histoire.

La Russie a commencé sa campagne de bombardements mercredi dernier, à la demande du président Assad. Initialement présentée comme une campagne dirigée exclusivement contre l’Etat islamique, ses cibles ont par la suite été élargies aux « autres groupes terroristes ». Moscou a annoncé ce dimanche avoir frappé une dizaine de cibles du groupe Etat islamique en Syrie. Selon les rapports, les civils seraient les principales victimes jusqu’ici.

Or, la Russie est un important partenaire pour Ankara, avec des liens commerciaux déjà importants et appelés à se renforcer d’ici 2020, selon de récents accords. La Turquie est aussi l’un des grands destinataires du gaz russe, et comptera parmi les plus importants, d’autant plus si le projet de Turkish Stream aboutit et s’ajoute aux pipelines déjà existants.

L’Europe, « donneuse de leçons »

Le président a par ailleurs souligné une fois de plus l’hypocrisie des officiels européens, réagissant à la proposition que l’UE, réticente a accueillir 200 000 réfugiés, enverrait une aide financière à Ankara pour que les migrants restent en Turquie le temps de finaliser leurs demandes d’asile, alors que la Turquie peine déjà a gérer les quelques deux millions de réfugiés syriens et Irakiens présents sur son territoire. « Notre patience a des limites. S’ils ne coopèrent pas avec nous pour résoudre ce problème, nous ferons le nécessaire », a t-il ajouté.

La décision du Haut Conseil électoral (YSK)

Enfin, à propos de la décision du YSK annoncée samedi de passer outre les demandes de la part des bureaux de vote locaux de déplacer les urnes pour des raisons de sécurité, dans les provinces de l’Est et du Sud-Est, Erdoğan a espéré « ne pas rencontrer les mêmes problèmes que durant les élections du 7 juin, auquel cas le YSK en porterait la responsabilité car les conditions sont évidentes ».

Ces lundi et mardi, le président sera en visite à Bruxelles, où il doit notamment rencontrer le chef de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et Donald Tusk, le président du Conseil européen. Au cours de ces entretiens, il sera surtout question de la crise migratoire.

Coralie Forget

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