Art, Culture

Le prix Sait Faik de la nouvelle 2015 consacre Bora Abdo

Lundi dernier s’est tenue à la salle de conférence du bâtiment de Milli Reasürans, à Teşvikiye, la traditionnelle cérémonie de remise du prix Sait Faik de la nouvelle. Cette 61ème édition a récompensé Bora Abdo, écrivain stambouliote de 37 ans, pour son livre Bizi Çağanoz Diye Biri Öldürdü – Beni Unutma Dörtlemesi I. L’année dernière, le prix avait été décerné à Mahir Ünsal Eriş pour Olduğu Kadar Güzeldik.

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Organisé comme chaque année depuis 2012 par les éditions culturelles de la banque Türkiye İş Bankası, le prix Sait Faik de la nouvelle, l’un des prix littéraires les plus prestigieux du pays a ce lundi été décerné au stambouliote Bora Abdo, auteur du novateur Bizi Çağanoz Diye Biri Öldürdü – Beni Unutma Dörtlemesi I.

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Doğan Hızlan, président du jury.

« En tant que président du jury, je suis honoré de remettre un prix de vétéran à un jeune écrivain », a déclaré l’écrivain et journaliste Doğan Hızlan au moment fatidique.

bora_abdoRavi de la récompense, l’heureux lauréat a répondu en hommage : « Il y a deux Istanbul. Je suis né dans les deux. Une première fois à Şişli, une seconde fois dans le Istanbul de Sait Faik. Sait Faik était un homme des îles, il y avait du sel dans son encre. J’ai moi aussi écrit ce livre sur une île, à Büyükada. De mes deux yeux, l’un était le Lodos (le vent du sud-ouest), et l’autre le Poyraz (le vent du nord-ouest). Comme le disait mon maître Sait Faik, l’écriture est mon but. Ce prix m’investit d’une grande responsabilité. »

Plus ancienne des compétitions du genre encore en activité en Turquie, le prix Sait Faik de la nouvelle est décerné chaque année à un écrivain afin de récompenser son talent tout en honorant la mémoire de Sait Faik, immense nouvelliste et poète turc du début du siècle dernier. Depuis 1964, le prix est ainsi remis chaque 11 mai, date marquant l’anniversaire de sa mort.

IsKultur_davet_SaitFaik_11Mayis2015.xls(6)Parti trop tôt (47 ans), Sait Faik Abasıyanık de son nom complet est considéré comme une figure majeure de la littérature turque moderne au même titre que le légendaire poète engagé Nazım Hikmet (d’ailleurs son ami), ou encore le très grand Yaşar Kemal dont on a récemment pleuré la disparition. Portraitiste sans pareil des classes populaires et de leur quotidien, cet excellent francophone ayant d’ailleurs vécu en Suisse et à Grenoble a, par son style humaniste mêlant l’étrange de la poésie au réalisme de la description, complètement redéfini l’art de la nouvelle en Turquie.

Depuis sa première édition, ce prix se déroule en collaboration avec l’association Darüşşafaka Society (Darüşşafaka Cemiyeti), un ancien et important réseau éducatif pour orphelins auquel le grand écrivain s’était pleinement dévoué peu avant sa mort. Sait Faik avait en effet croisé la route de l’association en 1953 à l’occasion d’une matinée littéraire organisée au lycée Darüşşafaka de Fatih. Admiratif des orphelins y étudiant, il rentra chez lui après avoir fait un tour de l’établissement et confia aussitôt à sa mère son intention de léguer tout son patrimoine à l’association afin de permettre à ses pensionnaires de recevoir une bonne éducation.

Quelques années plus tard, respectant la volonté de son défunt fils, Mme Abasıyanık légua les droits de ses œuvres à deux conditions : la conservation de sa maison de Burgaz (une des îles des princes au large d’Istanbul) sous la forme d’un musée, et la tenue annuelle d’un important prix de littérature portant son nom.cemiyeti

Aujourd’hui, la Darüşşafaka Society prend en charge près de 1000 orphelins à travers le pays et leur dispense, en anglais, une éducation complète jusqu’au diplôme d’éducation secondaire (l’équivalent du bac en France). Depuis le 14 avril 2012 sont également admissibles des orphelins de mère.

Alexandre De Grauwe-Joignon

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