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Le ramadan en Turquie à l’heure du coronavirus

Le mois de jeûne du ramadan, ou « ramazan » en turc, vient de débuter. En Turquie, cette période habituellement vécue comme un moment de convivialité, de partage, de traditions et de prières se voit bouleversée.

En Turquie, on compte désormais 114 653 personnes infectées par le coronavirus et 2 992 décès. Face à l’épidémie, le gouvernement a pris de nombreuses mesures dont la fermeture des écoles, des universités, l’interdiction de se réunir et la fermeture d’espaces publics. Le confinement strict n’a pas été imposé, mais les déplacements ont été interdits dans les 31 plus grandes villes du pays pendant quatre jours. Le confinement obligatoire est de rigueur pour les plus de 65 ans, les personnes souffrant de maladies chroniques et les jeunes de moins de 20 ans. Cette politique d’isolement des travailleurs les moins actifs a pour objectif de maintenir le plus possible l’économie turque à flot.

Le mois sacré du ramadan a donc débuté le 4 avril sous des auspices exceptionnels avec la menace constante du virus. Le ramadan, qui est un temps de prières, de partage ainsi qu’un devoir religieux ne sera pas reporté. Les croyants doivent, durant cette période, s’abstenir de boire, de manger, de fumer et d’avoir des relations sexuelles durant la journée. Le jeûne se termine dès que le soleil se couche et l’iftar commence. Il s’agit d’un repas copieux habituellement partagé en famille ou avec d’autres croyants. Deux grandes fêtes sont célébrées durant ce mois du ramadan. La première est Laylat al-Qadr, qui est considérée comme une des nuits les plus saintes de l’année, une nuit de révélation du Coran par l’archange Gabriel au prophète Mahomet. Durant cette nuit, les croyants doivent prier, méditer et faire des invocations. La seconde est l’Aïd al-Fitr, soit le dernier jour du ramadan durant lequel s’effectuent des visites aux parents et amis, mais aussi de grands repas, tandis que des présents sont offerts aux enfants et que sont distribués des aumônes aux indigents et aux nécessiteux.

Selon les experts, malgré le danger du virus, le jeûne ne comporterait aucun risque pour les personnes en bonne santé. Mais au regard de la situation, le gouvernement a tout de même pris des mesures supplémentaires pour éviter une contamination massive.Les rassemblements pour l’iftar au coucher du soleil, qui attirent généralement de grandes foules, ont été interdits. Le ministère a déclaré que toutes les précautions nécessaires seront prises pour s’assurer que la distanciation sociale soit respectée. Les visites dans les lieux saints seront également limitées. Les communes coordonneront l’augmentation du nombre de véhicules et organiseront les déplacements via les transports en commun au moins trois heures avant l’iftar, compte tenu de la densité du trafic. Le temps de vente du pide — un pain rond traditionnel généralement consommé pendant le mois de jeûne — prendra fin deux heures avant l’iftar afin d’éviter les rassemblements dans les boulangeries. Les marchés seront également contrôlés pour vérifier que les citoyens respectent les règles de distanciation sociale et portent des masques médicaux. Cette distanciation sera également imposée parmi les visiteurs des cimetières à la veille de l’Aïd al-Fitr et durant celle-ci, tandis que les autorités prendront la température des visiteurs.

Coronavirus oblige, le repas de rupture du jeûne après le coucher du soleil se prendra donc seul à la maison, alors que c’est normalement l’occasion de se réunir autour de grandes tablées au sein de la famille élargie ou entre amis. La prière du soir, qu’il est de coutume de faire à la mosquée après le repas, se fera également à domicile. Nada Abou El Amaim, 20 ans, affirme que « le confinement a modifié nos habitudes de ramadan. Habituellement, nous le faisons en famille, mais actuellement, comme nous sommes tous confinés, nous ne faisons plus de réunions familiales ». Celle-ci reste néanmoins positive : « Même confinée, je trouve que les journées passent assez vite, je passe mon temps à travailler ou à faire du sport, même à jeun. Après, je tiens tout de même à insister sur le fait que le ramadan ne se résume pas qu’à la nourriture. Bien sûr, je garde le contact avec ma famille dont je suis très proche, même quand ce n’est pas le ramadan ».

Fête de partage, ce ramadan inédit va prendre d’autres formes, mais la bienveillance reste de mise. Le Waqf turc fournira une aide pendant le ramadan à l’intérieur et à l’extérieur de la Turquie avec un montant de 1,7 million de dollars : des milliers de paniers de produits alimentaires et d’aides humanitaires seront distribués aux nécessiteux et aux orphelins dans 35 pays.

Le ramadan s’annonce donc exceptionnel, mais ce mois béni reste avant tout un moment de recueillement et de spiritualité.

Charlotte Guilloche

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