Politique, Société

Le rédacteur en chef de Cumhuriyet menacé d’une peine de prison à vie

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Il y a cinq jours, le quotidien Cumhuriyet publiait une vidéo révélant les livraisons d’armes effectuées par le gouvernement turc en faveur des rebelles islamistes syriens. À présent, le président Erdoğan réclame la prison à perpétuité pour son rédacteur en chef Can Dündar.

Suite à la publication par Cumhuriyet d’une vidéo montrant un camion du MİT rempli d’armes se dirigeant vers la Syrie, de nombreuses arrestations ont eu lieu, initiées par le gouvernement qui cherche à étouffer l’affaire. Tous les individus potentiellement impliqués dans l’enregistrement et la divulgation de cette vidéo font de plus l’objet de poursuites judiciaires. Parmi les boucs émissaires, on trouve bien entendu Can Dündar, le rédacteur en chef de Cumhuriyet, qui avait été publiquement menacé par Erdoğan en personne ; ce dernier lui a en effet promis le 31 mai qu’il paierait le « prix fort » pour ses activités d’ « espionnage ».

Le président a tenu parole, puisqu’il a attaqué en justice le journaliste ainsi que le quotidien. La plainte lie Dündar au mouvement Gülen : « en publiant une vidéo truquée et des informations colportées par l’organisation parallèle, [Dündar] s’est joint aux actions des membres de l’organisation, qui ont fouillé le camion et manigancé avec des preuves fabriquées afin de créer, dans le cadre d’un complot organisé, l’illusion que la République de Turquie aidait les organisations terroristes ». L’avocat d’Erdoğan requiert la prison à perpétuité pour Can Dündar.

En gage de soutien à leur rédacteur en chef, tous les journalistes de Cumhuriyet ont tenu à associer leur personne aux révélations qui ont déclenché l’ire d’Ankara. En Une du numéro d’hier, on peut ainsi voir leur photo individuelle accompagnée du titre « sorumlu benim », en français : « c’est moi le responsable ». L’article déclare : « le devoir d’un journaliste est précisément d’informer sur les dangers et menaces qui pèsent sur la population. Nous assumons donc collectivement cette responsabilité avec notre rédacteur en chef, Can Dündar, et considérons que les menaces proférées à son encontre par le président Erdogan nous concernent tout autant ». Le mot-clé « #CanDündarYalnızDeğildir » (« Can Dündar n’est pas seul ») a également été lancé sur la Toile.

De nombreuses organisations, nationales et internationales, ont elles aussi été scandalisées de ce nouvel abus de pouvoir de la part du président. Nina Ognianova, coordinatrice du programme d’Europe et d’Asie centrale du Comité pour la protection des journalistes (CPJ), a affirmé : « Nous demandons à Recep Tayyip Erdoğan d’arrêter de persécuter les journalistes et médias tels que Can Dündar et Cumhuriyet juste parce qu’il n’aime pas ce qu’ils rapportent ».

Lundi dernier, le président du CHP Kemal Kılıçdaroğlu a également réagi, déclarant : « Pour la toute première fois, un président a ouvertement menacé un journaliste pour avoir exposé un mensonge. Cela montre l’impuissance d’Erdoğan. En fait, c’est lui qui devrait présenter ses excuses au peuple parce qu’il l’a trompé et lui a menti ».

Cela fait en effet longtemps que censurer les informations qui lui déplaisent et punir lourdement leurs émetteurs est devenu une habitude du gouvernement AKP. Ainsi, l’acteur Barış Atay vient d’être condamné à une amende de 7080 TL et à une peine de prison qui pourra aller jusqu’à deux ans et quatre mois pour avoir « insulté » Erdoğan ; il a écrit dans le journal BirGün que le fils de président avait rencontré l’homme d’affaires saoudien Yasin al-Qadi, qui a trempé dans des malversations avec des organisations terroristes, dans le hall d’un hôtel afin de conspirer à des actes de corruption.

Victoria Coste

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