International, Politique

Le rétablissement des relations bilatérales commence

Le Président Vladimir Poutine s’est entretenu au téléphone mercredi 29 juin avec son homologue turc – premier échange au sommet depuis la rupture des relations diplomatiques entre les deux États en novembre 2015.

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Les relations commencent enfin à se détendre après les tensions importantes qui ont caractérisé les contacts turco-russes depuis l’abattage d’un avion russe SU-24 à la frontière turco-syrienne en novembre 2015.

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Depuis près d’un mois, la Russie comme la Turquie montraient divers signes montrant leurs désirs d’en finir avec la guerre des mots et les sanctions commerciales qui frappaient durement la Turquie.

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En revanche, ces divers pas dans la bonne direction n’avaient jusque là pas suffi à rétablir les relations bilatérales entre les deux pays ; Moscou imposant une condition incontournable au rapprochement turco-russe : des excuses officielles.

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La lettre du Président Recep Tayyip Erdoğan à son homologue russe Vladimir Poutine a permis de faire un premier pas dans la bonne direction que celui-ci ait présenté ses excuses ou des simples regrets.

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À la suite de cette lettre, le Président Poutine a appelé mercredi 29 le Président turc pour évoquer ensemble et pour la première fois depuis novembre la normalisation de leurs relations.

Une conversation téléphonique déterminante pour les relations turco-russe.

Alors que Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdoğan venaient de s’entretenir en début de matinée, des sous proches du pouvoir ont évoqué : « très productif et très positif ».

Lors de cette conversation qui avait été annoncée par le porte-parole du Kremlin en début de semaine, les deux Présients ont convenu d’une rencontre officielle – la première depuis que la crise a éclaté entre les deux États.

La date et le lieu de la rencontre restent encore inconnus. Peu après l’appel de Vladimir Poutine, un communiqué a été transmis par les services de presse du Président turc : « Réitérant leur engagement à relancer les relations bilatérales (…), les deux leaders se sont mis d’accord pour rester en contact et se rencontrer ».

Selon un responsable politique turc, les deux Présidents pourraient profiter du prochain sommet du G20 pour se rencontrer.

Avant, Mevlut Cavusoğlu, le ministre des Affaires étrangères, et son homologue turc se rencontreront à l’Organisation de la coopération économique de la mer noire (CEMN) qui se déroulera à Sotchi le 1er juillet. Le Kremlin a d’ailleurs annoncé que les discussions porteraient notamment sur un sujet qui divise Ankara et Moscou : le règlement du conflit syrien.

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Ainsi, après avoir rétabli les relations diplomatiques avec Israël en début de semaine après plus de 6 ans de tensions, il aura fallu 7 mois pour que le Président russe annonce que les « conditions préalables au rétablissement des relations bilatérales » étaient enfin présentes pour pouvoir « tourner la page de la crise ».

Le début de la fin des sanctions imposées par Moscou

Selon le Kremlin, après s’être entretenu avec le président turc, Vladimir Poutine aurait réuni et ordonné à son gouvernement, d’ entreprendre un « processus de collaboration (avec les autorités turques) » afin que soit rétabli une « coopération bilatérale mutuellement bénéfique dans le commerce, et l’économie ».

Comme mesures de représailles à la destruction de l’avion russe, un décret russe était vite passé afin d’interdire les vols charters russes à destination de la Turquie alors que le secteur touristique du pays, qui souffre énormément du fait du contexte géopolitique, compte fortement sur le tourisme russe puisque la Turquie recevait chaque année près de quatre millions de touristes provenant de Russie.

Vladimir Poutine a finalement annoncé que cette restriction allait être levée : « Le président turc m’a assuré que son gouvernement fera tout son possible pour assurer  la sécurité de nos citoyens sur le territoire de la Turquie »

Selon la porte-parole de l’Union russe de l’Industrie du tourisme, Irina Tiourina, des vols charters devraient ainsi être rétablis dans 1 semaine environ, mais il faudra attendre un moins pour qu’ils soient tous rétablis.

Quant au projet énergétique entre la Turquie et la Russie, celui-ci est remis sur les rails. Le géant gazier russe Gazprom a en effet stipulé qu’il était «ouvert au dialogue » quant aux négociations turco-russes concernant le projet Turkish Stream.

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En revanche, en ce qui concerne l’embargo alimentaire sur les produits frais – à savoir : fruits et légumes – selon le Kremlin, il faudra attendre la fin de l’année 2017 pour que celui-ci soit levé.

En revanche, il ne faut pas comprendre ici un manque de volonté de la part de la Russie. En effet, ceci est plus en lien avec les relations russo-européennes que turco-européennes.

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Depuis que l’Union européenne impose des sanctions économiques à la Turquie et a décidé de les renouveler pour encore six mois, la Russie s’est très bien adaptée à la situation. Afin de contourner les sanctions européennes, la Russie aurait en réalité pris les dispositions qui ont permis notamment de développer son secteur alimentaire concerné par l’embargo qui frappe la Turquie ; or, Moscou compte bien continuer à protéger le secteur agricole pour des raisons politiques, économiques et électorales.

La lutte contre le terrorisme au cœur de ce rapprochement

Cet entretien téléphonique est survenu à peine 12 heures après l’attentat suicide qui s’est déroulé à l’aéroport international Atatürk d’Istanbul mardi 28 au soir et qui a tué 42 personnes et blessé 238 autres.

Juste avant d’appeler son homologue, le Président russe a présenté ses condoléances à la Turquie : «  Nous sommes désolés et exprimons notre compassion pour les victimes de cet acte terroriste ».

Ce dernier a par la suite évoqué ces évènements avec son homologue turc, rappelant «  la nécessité d’intensifier la coopération internationale dans la lutte contre les menaces terroristes ».

C’est un grand pas, car c’est bien cette lutte contre le terrorisme qui a contribué à diviser Moscou et Ankara. La Russie en effet, dans le cadre de la guerre des mots qui ont caractérisé les relations turco-russes après la destruction de l’avion russe SU-24, avait accusé le Président turc et ses proches de s’enrichir avec le pétrole syrien en fermant les yeux sur les activités terroristes.

Il aura ainsi fallu 45 minutes seulement pour que tant d’espoirs et de grands projets soient mis en avant, espérons, maintenant que les grands dossiers qui ont divisé Moscou et Ankara n’empoisonnent pas de nouveau sur cette relation qui reste fragile.

Camille Saulas.

 

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