Société

Le selfie : histoire d’un phénomène mondial

Le selfie. Six lettres et pourtant des millions d’adeptes à travers le monde. Un mot que vous avez surement lu dans les journaux ou entendu à la télévision, entre amis ou en vacances. Le phénomène contamine toutes les sphères de la société. De l’adolescent anonyme, aux riches célébrités en passant par les personnalités politiques. Mais qu’en est-il vraiment de ses atouts comme de sa face cachée ?

selfie_7

C’est une déclinaison de l’expression anglaise « self » désignant « soi ». Il désigne une photographie que la personne prend elle même, généralement avec un Smartphone, pour ensuite pouvoir la téléchargée sur les réseaux sociaux. Il franchit un cap de popularité lorsque le 19 novembre, le prestigieux Oxford English Dictionary consacre le terme « selfie » mot de l’année 2013.

L’origine de l’autoportrait numérique

Faire passer le selfie comme une nouveauté est une erreur. L’autoportrait ne date pas du premier Smartphone puisque des artistes-peintres comme Van Gogh et Gustave Courbet s’y sont essayés bien avant nous.

En 1900 et avec la création du premier appareil photo Brownie par Kodak, la pratique de l’autoportrait se simplifie. C’est Anastasia Nikolaïevna, plus jeune du dernier tsar de Russie, qui est l’une des premières à se prendre en photo à travers le reflet du miroir. Nous sommes en 1914. Dans les années 2000, les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter ou Snapchat, n’existent pas encore, l’autoportrait est donc simplement utilisé pour la prise d’une photo de profil. Il faut attendre 2010 et une innovation technologique de taille : l’arrivée d’un objectif à l’avant de l’Iphone 4. Cette même année l’application Instagram, qui permet la publication de photos sur les réseaux sociaux, fait son apparition et devient l’épicentre du phénomène.

Evènement social de portée internationale

L’évolution des technologies ne suffit pas à faire du selfie le phénomène qu’il est devenu aujourd’hui, il fallait que les leaders de ce monde s’y mettent aussi.

Entre le président de la République française, François Hollande posant tout sourire avec des adolescents, ou encore Barack Obama aux côtés de la Première ministre danoise Helle Thorning Schmidt et de David Cameron, lors de la cérémonie d’hommage rendue à Nelson Mandela, tout le monde s’y met ! Même le pape François se laisse happer par la nouvelle tendance en souriant avec joie et bonne humeur à l’intérieur d’une Eglise.

Le phénomène ne touche pas uniquement le monde terrestre, il se propage également avec humour et succès dans l’espace. Comme en témoigne l’astronaute Luca Parmito, le 11 juillet 2013, depuis la Station spatiale internationale.

luca

Malgré tout, il existe encore quelques réfractaires, surnommés « haters » sur le web qui préfèrent comparer le selfie à une nouvelle mode égocentrique. Pour la psychiatre californienne Carole Lieberman, la popularité des selfies est la parfaite métaphore de notre culture narcissique. Une façon implicite d’hurler : « regardez moi ! ». Le docteur Pamela Rutledge est plus indulgente. Dans la revue Psychology Today, celle-ci considère les selfies non comme de l’égocentrisme mais davantage comme une manière de se représenter sous son meilleur jour, de se faire connaître pour y renforcer positivement l’image de soi.

Quand le selfie devient business

Depuis la création d’une véritable frénésie populaire, les fabricants rivalisent d’imagination pour créer l’accessoire dernier cri qui comblera les masses et sera source de richesse.

Mais l’enthousiasme ne s’arrête pas là. Si vous trouvez que votre bras est trop court pour cadrer une photo, vous pouvez désormais opter pour le « selfie stick » : une longue perche télescopique qui permet de prendre du recul vis-à-vis de l’objectif.

Ce nouveau gadget dédié au touriste dernière génération, atteint des sommets de popularité en Asie et envahit les musées du monde entier. Ce produit commence même à s’installer dans les boutiques à souvenirs des quartiers populaires d’Istanbul où des vendeurs à la sauvette n’hésitent pas à faire des démonstrations en tout genre, non loin des lieux touristiques où abondent les vacanciers.

mosquee_99

Mais à force de se décliner sous toutes les formes, certains objets liés au selfie déplaisent et sont synonymes de danger. Alors que le Louvre hésite encore malgré ses 10 millions de visiteurs annuels, le château de Versailles n’a pas attendu pour interdire les selfies sticks au sein des pièces confinées et précieuses du célèbre palais. Même cas de figure dans le monde du sport londonien avec des enceintes telles que Wimbledon ou encore White Hart Lane (stade du club de foot Tottenham Hotspur) qui ont officiellement prohibé ces bâtons qui agacent.

Aux côtés de la mise en vente de tee-shirts représentant le phénomène écrit de toute lettres et de toutes les couleurs, le groupe The Chainsmokers lui dédie même une chanson. Les conceptions se bousculent. La dernière en date est la création de « dronies » : il n’est même plus utile de tendre le bras pour se prendre en photo, un drone sous la main suffit.

Le selfie est rapidement devenu un phénomène de société. Comme en témoigne le 12 mars 2014, lors de la cérémonie des Oscars où le selfie d’Ellen DeGeneres, animatrice américaine, réunissait la crème de la crème d’Hollywood.

selfie_9

Alors que cette photo, partagée trois millions de fois, semble avoir été prise d’un geste spontané et désintéressé, le monde entier apprend qu’il s’agit en réalité d’une opération marketing, orchestrée par Samsung, pour promouvoir le dernier Galaxy Note 3.

Mais qu’on se le dise, adoré ou détesté, le selfie a crée un engouement mondial qui ne risque pas de disparaître de sitôt.

Jessica Mauzole

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *