International, Société

Le sommet d’Istanbul 2015 parle des femmes réfugiées et des déplacées internes

Le sommet d’Istanbul 2015, qui s’est tenu à l’hôtel Gorrion les 9 et 10 mai derniers, a rassemblé 300 participants. La seconde édition de ce forum a permis d’évoquer les thèmes de l’efficacité de l’action humanitaire, du rapport de cette action aux femmes, des femmes réfugiées et des déplacées internes, et de la condition peu enviable des femmes du Moyen-Orient.

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Le sommet a rassemblé de nombreuses femmes ayant de grandes responsabilités et un rôle de meneuse ; l’assemblée était en grande majorité féminine, et seules des femmes se sont exprimées. La première intervenante du panel concernant les femmes réfugiées et les déplacées internes, c’est-à-dire les femmes ayant dû quitter leur foyer et étant considérées comme des réfugiées dans leur propre pays, s’appelle Natalia Marcela Molina, juge pénal de première instance et membre de la commission directive des femmes juges d’Argentine.

Elle a porté à notre attention le fait que les femmes latines sont aussi affectées par des violences qui font d’elles des réfugiées ou des déplacées internes, avant d’évoquer ce qui constitue selon elle la condition sine qua non de la paix : « Je viens d’un pays qui a connu beaucoup de traumatismes. Il est urgent de créer des protocoles d’urgence dynamiques ; aussi, le dialogue doit être un outil de la paix sociale. Si les humains ne s’écoutent pas entre eux, alors ils vont se détruire entre eux ». Déplorant le fait que bien trop souvent, les accords économiques passent avant les vies humaines, Molina a évoqué l’exemple des réfugiés qui meurent noyés chaque mois en tentant d’immigrer. Elle a terminé en martelant la nécessité absolue d’installer définitivement les réfugiés et ainsi de mettre fin à leurs conditions de vie inhumaines.

La deuxième femme à s’adresser à l’assemblée est le Dr. Zakia Belhachmi, spécialiste du genre, de l’éducation et du développement de la société civile. En tant que féministe musulmane, la Québécoise a tenu à parler du concept de résilience, qu’elle a défini comme le fait d’essayer de construire un arsenal de solutions techniques aux problèmes de pauvreté et d’environnement : en effet, de telles initiatives en faveur des réfugiées manquent cruellement, et c’est un vide qu’il faut à tout prix combler. Ensuite, le Dr. Ranjana Kumari, directrice du centre des recherches sociales de New Delhi, a pris la parole pour à son tour attirer l’attention sur le besoin urgent de stratégies concrètes qui répondraient aux besoins des réfugiées et déplacées internes. « Les rôles de genre et la position des femmes dans la société augmentent les risques de déplacements », a-t-elle dit, insistant sur le fait que les populations les plus fragiles étaient toujours plus exposées. « Nous devons regarder directement quels sont les besoins des enfants réfugiés. De cela, tout le monde est responsable. Ce sont les nations elles-mêmes qui, la plupart du temps, créent ces situations de déplacement ».

Enfin, Bukky Shonibare, fondatrice de l’organisation Adopt-a-Camp, a délivré un discours passionné à l’issu duquel tout le monde a applaudi à tout rompre. « Il m’a fallu sept heures pour voyager jusqu’ici, et nous ne faisons que parler. De grands mots qui n’aident pas la femme réfugiée dont l’enfant souffre ; prendre l’avion n’a donc été qu’un gâchis de ressources, qui m’a permis de venir dans cet hôtel cinq étoiles. Il faut donc vraiment changer nos perspectives en sortant d’ici, et nous demander ‘que puis-je faire en tant qu’individu ? Que vais-je faire différemment afin d’impacter ne serait-ce qu’une vie ?’ ». Changer des vies, Bukky l’a fait avec sa fondation Adopt-a-Camp, et en prenant sous son aide une femme nigérienne dont le mari a été tué et qui a été séparée de ses deux enfants. « C’est notre problème collectif. Ce qu’ils font à une personne, ils le font à nous tous. Nous devons démystifier ces problèmes. Trouvez une réfugiée, et adoptez cette personne. Aidez ses enfants à aller à l’école, aidez-les à se remettre. Et l’an prochain, nous parlerons de nos succès. Les problèmes, nous les connaissons », déclame-telle.

imagesDes représentants d’ONG ont ensuite été invités à s’exprimer ; nous retiendrons surtout l’intervention d’une femme indienne qui, submergée par l’émotion, a raconté son histoire : « J’ai été une réfugiée dans mon propre pays. Mon mari a été kidnappé et j’ai tout perdu, mais je me suis battue. Ça a été un combat difficile, et j’ai découvert que lorsqu’on est pauvre, personne ne nous regarde. Par moments, lorsque je voyais mes deux enfants mourir de faim, j’ai eu envie de me jeter sous un train. Mais je ne l’ai pas fait ; ne renoncez jamais à la vie ». Ce message d’espoir a été reçu par une standing ovation.

Ce sommet aura donc été l’occasion de rappeler un certain nombre de points importants ; tout d’abord, l’action humanitaire doit donner un rôle actif aux femmes et sensibiliser les sociétés aux problèmes liés au genre. Souvent parmi les premières victimes des conflits, les femmes doivent participer aux processus de prise de décision concernant les aides humanitaires. Il faut ensuite mettre en place une action concrète locale et adaptée au contexte régional. Enfin, le système de gestion de crise humanitaire doit promouvoir l’égalité entre les sexes en tant que mesure préventive.

Victoria Coste

 

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