Art, Culture, Découverte

Le street artist twoOne débarque à Istanbul

Après les rues de Melbourne, Berlin, Hong Kong ou encore Taiwan, l’artiste Hiroyasu Tsuri, alias twoOne (à prononcer two-one, contraction des chiffres 2 et 1 en anglais), arrive à Istanbul.

Originaire de Yokohama au Japon, Hiroyasu Tsuri, ou twoOne comme on l’appelle dans le milieu, se prend de passion pour l’art dès son adolescence. Il s’intéresse d’abord à la culture urbaine, en particulier aux graffitis et aux designs des planches de skateboard. Interrogé sur ses débuts dans le domaine du street art, le jeune homme réfléchit longuement avant de répondre l’air amusé qu’il ne se souvient plus quand il a commencé. Et pour cause : aussi loin qu’il puisse s’en souvenir, Hiro, comme il préfère qu’on l’appelle, a toujours aimé griffonner et bricoler. En 2004, à l’âge de 18 ans, il emménage à Melbourne en Australie, où il commence à s’adonner au street art, prenant ainsi part à la véritable éclosion qui fleurit dans les rues de Melbourne au début des années 2000.

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En 2006, il obtient son diplôme de l’Université technique Swinburne de Melbourne en Arts visuels et nouveaux médias. A partir de là, il se familiarise avec les différents matériaux, styles et formes d’art. En 2008, Hiro tient ses premières expositions solos à la Bus Gallery de Melbourne puis à la Global Gallery de Sydney. Il a depuis emménagé à Berlin, l’une des villes du street art par excellence, où il continue de nourrir sa passion pour l’art dans la rue mais aussi dans les galeries. Comme il le dit lui-même, l’art lui a permis de transcender les barrières de la langue et de découvrir de nouveaux pays. Car il ne s’arrête pas là : Hiro a déjà visité plus d’une dizaine de contrées et il a pratiqué le street art dans son Japon natal, en Australie et en Allemagne bien sûr, mais aussi au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, en République Tchèque, en Tunisie, à Hong Kong, Taïwan, et maintenant en Turquie.

Au détour d’une petite ruelle cachée derrière le lycée Galatasaray, non loin de la grande et célèbre avenue piétonne d’Istiklal, nous croisons l’artiste, un peu par hasard. Tout près de l’Urban café, dans la rue de Kartal déjà jonchée par les nombreux graffs colorés qui tapissent les murs de l’allée, Hiro peaufine son œuvre.

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Il commence tout d’abord par asperger le mur de peinture noire à la bombe. Ses gestes, qui semblent aléatoires pour un public à l’œil non averti, sont en fait le fruit d’une étude anticipée dans les moindres détails. En effet, c’est là qu’Hiro effectue son véritable tour de force : l’artiste prend en compte les coulures de sa peinture afin de créer un résultat final plus qu’époustouflant. Muni de ses quelques bombes aérosols, Hiro s’attaque ensuite aux contours de l’animal qu’il veut dessiner, avant d’y ajouter la couleur et les formes géométriques, qui peu à peu donnent de la dimension à son œuvre. En quelques heures seulement, ce qui semblait être une simple dégoulinade de peinture se transforme progressivement en un fauve charismatique, sous les yeux ébahis des passants qui s’arrêtent, l’espace d’un instant, afin d’admirer l’artiste au travail.

Le graff a été réalisé en collaboration avec deux autres street artists turcs, Mr Hure et Leo Lunatic, auteurs des célèbres pandas qui peuplent plusieurs murs d’Istanbul et dont le plus célèbre de tous se trouve à proximité de la tour de Galata. Les deux artistes se sont occupés des deux extrémités du graff (Mr Hure à gauche et Leo Lunatic à droite).

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L’art de twoOne représente généralement des animaux, la plupart du temps personnifiés, auxquels il attribue un corps doté de caractéristiques humaines. Ses graffitis sont également très souvent accompagnés de figures géométriques et teintés de couleurs vives qui se marient parfaitement avec l’aspect urbain abrupt des murs alentours. Il intitule d’ailleurs sa série de portraits « Psychological portraits », qu’il interprète comme étant une « représentation visuelle » des émotions humaines, du caractère et de la personnalité de chacun. L’animal symbolise en ce sens toute la simplicité et le naturel, s’opposant au côté matériel et superficiel de l’être humain. L’intégralité de ses portraits est à retrouver dans son recueil Psychological portraits en vente sur son site internet.

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Un graffiti de TwoOne à Melbourne

L’artiste, en visite pour la première fois à Istanbul, et l’organisatrice turque du projet, Elif, ont bien voulu répondre à nos questions.

Quelle interprétation donnez-vous à votre œuvre ?

TwoOne : La signification de mon œuvre est comme une expression de la couleur et du mouvement, de la joie et de la liberté, et c’est plus ou moins ce que je ressens quand je peins dans la rue ou à propos du street art en général.

Vos graffitis sont-ils toujours étudiés à l’avance dans les moindres détails, ou vous arrive-t-il simplement d’aller dans la rue et de laisser libre-court à votre imagination et à la création ?

TwoOne : Cela dépend. Parfois, j’ai un plan précis de ce que je veux faire en tête, parfois non, je me lance tout simplement. Cette fois, j’avais une idée de ce que je voulais faire mais la moitié du travail est de l’anticipation et l’autre de l’improvisation.

Comment trouvez-vous les endroits dans lesquels vous peignez ?

TwoOne : Certaines fois, je dois trouver l’endroit où je vais peindre par moi-même. Ici, l’artiste avec lequel je collabore m’a laissé repeindre les graffs qui étaient présents sur le mur auparavant, et qui avaient été effectués par ses amis.

Avez-vous un accord de la municipalité pour peindre sur les murs ou s’agit-il parfois d’activités illégales ?

Elif : Dans certains cas, le street art est légal, dans d’autres, non. Dans ce cas précis, c’est toléré car cet endroit est un spot très connu des artistes de rue.

Connaissez-vous d’autres endroits d’Istanbul tels que celui-ci ?

Elif : Bien sûr, il y a beaucoup de street art visible dans tout Istanbul, je suis sûre que vous vous en êtes rendu compte par vous-même. Surtout dans les quartiers de Karaköy et de Kadıköy.

Vous avez évoqué une collaboration, vous arrive-t-il souvent de travailler avec d’autres artistes ? Est-il plus facile de travailler seul ou avec d’autres personnes ?

TwoOne : Effectivement, c’est une collaboration, nous travaillons tous ensemble mais je viens tout juste de les rencontrer [les deux artistes]. C’est Elif qui a pris soin d’entrer en contact avec eux pour notre projet. Je fais aussi beaucoup de collaborations, je dirais que c’est à peu près 50/50. J’aime peindre avec d’autres artistes, c’est différent bien sûr. Mais j’ai aussi besoin de temps où je peins seul de mon côté. J’aime faire les deux évidemment.

Sophie de Tapia

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