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Le taux de chômage français dans la moyenne européenne

François Hollande l’a dit. « S’il n’y a pas de baisse du chômage, je l’ai dit plusieurs fois, je ne serai pas candidat ». Ces phrases prononcées le 14 juillet puis quelques jours après, pour la précision, en disent long sur le poids du chômage en France. C’est un sujet de société majeur touchant presque toutes les générations, et depuis plusieurs décennies déjà. La question revient souvent : Comment la France se situe-t-elle par rapport à ses voisins européens sur la question du chômage ?

photo chomage

Le chiffre le plus utilisé par les différents spécialistes puis par les médias est le taux de chômage. Il représente le nombre de chômeurs par rapport au nombre de travailleurs. En France, le mois de mai 2015 a vu le taux de chômage augmenter à nouveau (10,3%) après plusieurs mois de légère baisse. Le pays se place presque dans la moyenne de l’Union Européenne puisque celle-ci plafonne à 9,8% de chômeurs pour le même mois. Sur cet aspect là, dire que l’Hexagone n’est pas à la traîne par rapport à ses voisins européens n’est pas insensé.

Disparité Nord-Sud

Est-ce que se comparer avec l’Union Européenne est constructif ? En partie oui, puisqu’elle est ce à quoi la France souhaite se référer mais aussi l’image qu’elle veut montrer. Mais approfondir la comparaison semble être plus pertinent.

Il est possible de distinguer, au sein de l’UE, plusieurs groupes de pays au sein desquels les chiffres ne sont pas les mêmes. Les premiers sont les pays du Nord (Allemagne et Scandinavie auxquels on peut ajouter le Royaume-Uni). Ceux-ci sont marqués par un taux de chômage sensiblement plus faible que les autres, que nous appellerons pays du Sud (Espagne, Grèce, Italie, …) où le taux de chômage a explosé depuis la crise des subprimes.

Les disparités de l’Union Européenne existantes, l’analyse ne serait que plus précise en poussant la comparaison aux différents pays. Dans cette optique là, la France a un taux de chômage plus élevé que ses voisins allemands et scandinaves, mais bien inférieur à celui des pays méditerranéens.

La nécessité dune analyse plus précise

En y regardant de plus près, le taux de chômage n’est qu’un indicatif partiel et momentané de ce qu’est concrètement le chômage, et il ne reflète en rien la durée moyenne des chômeurs, du traitement des chômeurs, et que très peu leurs liens avec la croissance.

Combien de temps en moyenne un chômeur reste-t-il sans emploi ? Quel traitement reçoit-il ? Une vraie analyse serait donc de comparer les durées de chômage ainsi que les conditions et le montant des indemnités reçues en fonction des différents pays.

En Europe, un chômeur reste en moyenne 15,3 mois sans emploi (source OCDE, 2014). C’est beaucoup plus qu’en Suède où celui-ci reste 7,2 mois sans travail. L’Allemagne (11,3) se rapproche de la moyenne européenne, et l’Italie aussi (13,4). Seule, la France se démarque avec 16,1 mois d’indemnisation pour ses chômeurs. Cette analyse est à mettre en lien avec les « avantages » des chômeurs en fonction des pays.

Bien évidemment, ces chiffres sont liés à la durée d’indemnisation, au delà de laquelle une personne n’est plus considérée comme chômeuse mais comme inactive, et donc ne compte plus dans ces statistiques. C’est là que nous comprenons que cette durée de chômage, si accrue en France, est aussi influée par le fait que le pays les indemnise pendant 2 voir 3 ans dans certains cas, là ou l’Etat suédois arrête son versement après la première année. Un Suédois n’ayant pas d’emploi pendant plus d’un an n’est plus considéré comme un chômeur, n’étant donc plus partie prenante des études.

Le niveau des indemnisations octroyées aux chômeurs a aussi son importance dans la compréhension des disparités européennes. Le chômage, dans la quasi-majorité des pays européens est calculé en fonction des derniers salaires. Ce taux d’indemnités varie cependant selon les pays. La France comme pays de rêve pour les chômeurs est un mythe duquel il faut se détacher. En comparaison, un chômeur suédois touche 80% de son salaire lors de son premier mois de chômage, avant de décroître à 70%, tandis qu’un français commence par toucher 75% de son salaire pour aller jusqu’à 57% (source : Eurostats). En Allemagne, un chômeur touchera de 67 à 60% de son dernier salaire. Et contrairement aux idées préconçues le chômeur italien commencera par toucher seulement 60% de sa dernière paie (pour descendre jusqu’à 40%). La Suède ayant un des taux de chômage les plus faibles paie cependant ses chômeurs beaucoup plus que l’Etat italien, mais pendant moins longtemps.

La France se place, finalement, assez largement dans une moyenne européenne pour son nombre de chômeur, et pour leur indemnisation. Seule point important de disparité, l’Etat accompagne les demandeurs d’emploi plus longtemps dans leur recherche, leur assurant une certaine sécurité, vue par certain comme une incitation à rester sans emploi et par d’autres comme une volonté de solidarité face à la dureté d’en trouver un.

Adrien Cluzet

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