International

Le tout premier vaccin contre le paludisme voit le jour

Le paludisme, une pandémie qui frappe en moyenne 198 millions de personnes et fait 584 000 morts par an, pourrait être éradiqué. Le Mosquirix de la société pharmaceutique britannique GlaxoSmithKline (GSK), est le tout premier vaccin-candidat qui vient de recevoir un avis scientifique favorable de la part du Comité des produits de santé à usage humain, selon l’Agence européenne du médicament (EMA).

 image couv article JM

Après plus de 40 années de recherches, d’échecs et d’espoirs, le Mosquirix, appelé également « RTS, S/AS01 » vient de recevoir l’aval de l’Agence européenne du médicament (EMA). Une première mondiale pour un vaccin contre le paludisme. Ce dernier est conçu pour vacciner dans les zones d’endémie, des enfants âgés de 6 semaines à 17 mois contre le parasite Plasmodium falciparum. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la maladie touche 70% des enfants de moins de cinq ans en Afrique subsaharienne, mais se propage également en Asie du Sud ainsi qu’en Amérique latine.

Les manifestations cliniques du paludisme sont diverses. La maladie débute par une fièvre de huit à trente jours après l’infection causée par une piqûre d’un moustique femelle qui peut s’accompagner de maux de tête, de vomissements, de toux, de douleurs musculaires. Les formes les plus sévères peuvent causer la mort en seulement quelques jours.

C’est pour cette raison que la découverte du Mosquirix est un pas important. L’OMS va se pencher sur le dossier pour déterminer s’il est possible d’effectuer une recommandation d’utilisation voire une commercialisation sur le marché. Une décision qui attendu vers novembre, pour une possible commercialisation en 2017. L’institution mondiale peut prétendre à plusieurs options. Elle peut recommander ce vaccin dans tous les pays africains touchés par le paludisme (où les premiers tests ont été effectués) ou uniquement dans les pays où l’infection est la plus élevée. Elle peut également émettre un avis défavorable, comme en atteste le refus de recommandation de médicaments exorbitants contre l’hépatite.

Une recherche scientifique soutenue à travers le monde

Roll Back Malaria (RMB), lancé en 19image 1 article JM-198 conjointement par l’OMS, l’Unicef, le Programme des Nations unies pour le développement et la Banque mondiale, a pour mission de coordonner la lutte contre le paludisme au niveau international. En 2000, les Nations unies ont inscrit ce combat parmi les Objectifs du millénaire en matière de développement.

Les résultats enregistrés depuis, sont jusqu’ici plus qu’encourageants. Selon les données chiffrées de RBM, « le nombre de décès est tombé à son plus bas niveau historique et 6,2 millions de vies ont été sauvées depuis les années 2000 ».

Conçu en 1987 par des chercheurs de GSK, le Mosquirix est le candidat-vaccin dont les études cliniques sont allées le plus loin. Du 27 mars 2009 au 31 janvier 2014, le vaccin a tout de même fait l’objet d’un essai grande échelle, dit de « Phase III » (la dernière avant l’autorisation définitive d’une commercialisation) dans huit pays africains tels que le Burkina Faso, le Gabon, le Ghana, le Kenya, Malawi, le Mozambique, la Tanzanie et le Nigeria avec la participation de 16 000 enfants.

Dès 2001, GSK et l’organisation humanitaire PATH Malaria vaccine initiative (donc le sigle en anglais est MVI), créent un partenariat pour développer le candidat-vaccin RTS, S/AS01. Cette initiative témoigne de la volonté de « partager les coûts, les risques et pour préparer les prochains essais cliniques en Afrique », résume Christian Loucq, directeur de PATH. GSK a investi, à ce jour, 365 millions de dollars tandis que grâce aux financements de la Fondation Gates, PATH a pu ajouter plus de 200 millions d’euros dans le projet. Des sommes beaucoup plus importantes que celles allouées aux autres pandémies.

image 2 article JM-1

Située en plein centre de Seattle, dans l’Etat de Washington, la Fondation Gates regroupe pas moins de 1 500 médecins, économistes, ingénieurs et humanitaires, qui réfléchissent aux stratégies les plus efficaces de lutte contre la maladie et la pauvreté. Bill Gates, fondateur de Microsoft, et le milliardaire Warren Buffet, ont doté la Fondation de 42 milliards de dollars d’actifs, ce qui en fait la plus riche du monde, la plus influente aussi. En quelques années, elle devient le partenaire incontournable des ONG, de l’Organisation mondiale de la santé ou encore du Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

Des résultats modestes mais encourageants

Si GSK et MVI se félicitent du feu vert accordé par l’EMA, plusieurs réactions sont néanmoins mesurées. Dans une tribune publiée le 24 juillet sur le site de la BBC, deux médecins, Seth Berkley (directeur exécutif de GAVI-Alliance du vaccin) et Mark Dybul (directeur exécutif du Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme), s’interrogent sur le risque que le vaccin représente pour les personnes concernées en donnant un « faux sentiment de sécurité ».

En 2006, l’OMS avait fixé comme objectif, un vaccin disponible pour 2015 avec une capacité de protection d’au moins 50% pendant un an. Mais ce seuil est loin de ce qui est en général requis par les autorités de santé pour un vaccin. Un vaccin contre la rougeole par exemple, doit présenter une efficacité d’au moins 90%.

Un spécialiste en médecine tropicale, Nicholas J. White, professeur à Mahidol University à Bangkok, avait également commenté la publication des résultats : « nous avons enfin un vaccin contre le paludisme qui fonctionne, mais il ne fonctionne pas aussi bien que l’on espérait au départ ».

Ces avis modérés rappellent, de surcroît, que l’efficacité constatée dans les essaies est observée en « conjonction avec une utilisation élevée des autres moyens d’interventions, tels que les moustiquaires imprégnées d’insecticide à longue durée en plus des médicaments antipaludéens. »

image 3 article JM

Le porte-parole de l’OMS, Gregory Hartl, a également rappelé que son organisation « prendra compte des facteurs non examinés par les experts de l’EMA, à savoir la faisabilité de la mise en œuvre, l’accessibilité des prix, le rapport coût-efficacité et l’intérêt de santé publique du vaccin par rapports aux autres interventions ».

Un combat permanent contre la mort

La lutte contre le paludisme, une maladie qui menace 3,2 milliards de personnes, soit près de la moitié de la population mondiale, est très fragile car elle nécessite une attention de tous les instants ainsi qu’une mobilisation constante.

image 4 article JM

Mais l’épidémie fulgurante d’Ebola qui a touché l’Afrique subsaharienne a déréglé des systèmes de santé déjà fragiles. « Il y a eu 10 000 morts d’Ebola. Et toutes les caméras du monde étaient braquées vers ces morts regrettables. Mais en même temps, aucune caméra n’était braquée vers les 500 000 morts du paludisme la même année », a indiqué, Annick Girardin, la secrétaire d’Etat française au développement et à la francophonie, le 25 avril dernier.

Les résultats en termes de vies sauvées, sont obtenus dans des conditions optimums. Ils risquent par conséquent, d’être beaucoup moins satisfaisants dans la vie réelle et à plus grande échelle.

Au-delà de son impact sur la santé, en particulier chez les femmes et les enfants, le paludisme est une des causes, au moins autant qu’elle en est la conséquence, du maintien de la pauvreté dans plusieurs régions du monde. Par conséquent, la fin de la grande pauvreté dans le monde passera donc notamment par son élimination.

Jessica Mauzole

1 Comment

  1. Salut! Ce post est pas mal du tout. Bon courage!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *