Economie, International, Politique

Le traité de Maastricht fête ses 25 ans

Mardi 7 février, l’Union européenne (UE) fêtait les 25 ans du traité de Maastricht avec pour toile de fond de nombreuses critiques malgré le fait que ce texte marque un tournant majeur dans la construction européenne.18898145409_8454d355b6_b Le 7 février 1992, les chefs d’États et de gouvernements des douze membres de la communauté économique européenne (CEE) se réunissaient dans la petite ville de Maastricht (Pays-Bas) pour signer ce qui devait être le texte qui relancerait la construction européenne.

Maastricht a failli ne jamais voir le jour. D’abord rejeté par les Danois, il sera finalement accepté après que Copenhague obtienne des clauses d’exemption tandis qu’en France il sera ratifié d’extrême justesse. Après ces embuches, le texte est finalement entré en vigueur le 1er novembre 1993. L’Union européenne est née.

En route vers l’Euro

Cet accord constitutif de l’UE a non seulement jeté les bases du marché unique, mais a aussi été le premier pas vers ce qui mènera, dix ans plus tard, à l’adoption de l’euro. Une monnaie qui, malgré les critiques de certains, suscite l’attachement d’une grande part des Européens.

C’est d’ailleurs ce que souligne Grégory Claeys, chercheur au think tank bruxellois Bruegel, au Monde : « Dresser un bilan du traité de Maastricht est complexe, car cela dépend des points de vue. Son principal apport est d’avoir permis l’instauration de l’euro, auquel les Européens sont très attachés, en dépit de la crise ».

Avalanche de critiques

Mais malgré cette avancée incontestable, les critiques fusent actuellement à l’encontre de l’UE. Sous fond d’eurosceptisme croissant, l’anniversaire du traité de Maastricht ne pouvait se dérouler dans un pire contexte. L’Europe est devenue le souffre-douleur des mouvements eurosceptiques. Accusée de tous les mots, l’UE est perçue aujourd’hui comme dysfonctionnelle tandis que le traité de Maastricht est devenu le symbole de cet échec.

La source des critiques est avant tout la décision d’instaurer une limite au déficit budgétaire qui ne devait pas dépasser 3% du PIB pour le déficit public et 60% du PIB pour la dette publique. Des critères qui ont été largement bafoués – la France et l’Allemagne n’y feront pas exception -, qui n’ont pas permis d’endiguer les écarts économiques croissants entre les États membres ou encore les bulles financières, et qui n’ont pas permis ni d’enrayer la récession de 2008 ni d’éviter la crise grecque en 2010 et encore moins la crise des dettes souveraines en 2012.

Comme l’explique au Figaro Philippe Martin, professeur d’économie à Sciences Po, le Traité de Maastricht a trois défauts : « D’abord, c’est illisible, personne n’y comprend rien. Les diverses évolutions ont rendu ce traité encore plus compliqué. Ensuite, ce traité est inefficace dans la mesure où l’on ne parvient pas à stabiliser l’économie de la zone euro et des pays. Enfin, les règles budgétaires ont échoué à soutenir la dette publique des pays qui explose ».

La prise de conscience est arrivée trop tard et les réponses ont été inadaptées amenant à une complexification du système européen – dont il n’avait pas besoin – qui ne fait qu’immobiliser la gouvernance économique européenne devenue inefficace.

Une sortie de l’euro serait coûteuse

Malgré tout, comme le souligne François Villeroy de Galhau dans une tribune au Figaro, une sortie de l’euro, préconisée par les eurosceptiques, est loin d’être la solution : «Vouloir sortir de l’euro et dévaluer notre monnaie pour être libre de faire plus de déficits, ce serait oublier que le financement de la dette française coûterait nettement plus cher: plus de 30 milliards d’euros par an à terme».

En outre, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, rappelait en décembre dernier le danger que représentait la volonté de certains de marcher dans les pas de la Grande-Bretagne : « nous sommes une part importante de l’économie mondiale, 25% du Produit intérieur brut (PIB). Dans 10 ans, ce sera 15%. Dans 20 ans, aucun membre de l’UE tout seul ne sera membre du G7».

S’il est vrai que l’Union européenne peut être critiquée et que son fonctionnement pourrait être repensé, il n’en reste pas moins que nous ne devons pas omettre le fait que ce sont les États membres, soit nos dirigeants, qui font l’Union européenne, qui décident de ses orientations.

À terme, c’est donc aux citoyens européens d’effectuer un raisonnement éclairé sur l’utilité, mais aussi les défauts de l’UE, afin de faire un choix rationnel quand il sera temps de passer dans l’isoloir.

Comme l’a déclaré le maire de Maastricht à l’occasion des célébrations du 25e anniversaire du Traité signé dans la ville, il est temps « de rallumer la flamme qui est toujours là, de s’assurer que ce rêve européen que nous avions il y a 25 ans redevienne un rêve et ne soit pas le cauchemar que nous craignons tous aujourd’hui».

Camille Saulas

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