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Le voyage de Candide à Constantinople par Nedim Gürsel

Diplômé du lycée Galatasaray, Nedim Gürsel nous a fait le récit de sa vie et parlé de son nouveau livre. Son amour pour la littérature commence lors de son adolescence lorsque, dans le dortoir, tard dans la nuit, quand les lampes s’éteignaient, il tirait la couette sur lui, sortait sa lampe de poche et essayait de lire Baudelaire. Ses écrits ont commencé à paraître dans les revues littéraires à partir de la fin des années 1960. Celui qui a étudié la littérature française moderne à la Sorbonne a terminé son doctorat dans le domaine de la « littérature comparée » avec une thèse sur Louis Aragon et Nâzım Hikmet.

Parallèlement à ses activités académiques, il a écrit des articles pour divers organes médiatiques, dont Le Monde, Cumhuriyet et Milliyet. Il a également enseigné la littérature turque à la Sorbonne et fut directeur de recherche au Centre de recherche scientifique en France (CNRS). Il est membre de la PEN Writers Association, de la Paris Writers House et de la Mediterranean Academy.

Nedim Gürsel vit entre Paris et Istanbul. Alors que la Sublime Porte l’inspire et figure dans la plupart de ses romans, l’écrivain déclare : « Je vais partout avec le sentiment que je prends toujours un morceau d’Istanbul ».

L’année dernière, Nedim Gürsel nous avait emmenés en Iran avec son livre intitulé Mehdi’yi Beklerken (En attendant Mehdi). Un an plus tard, il nous refait vivre l’Ère des Tulipes de l’Empire ottoman qui a duré un peu plus de 12 ans (1718-1730) avec son nouveau roman Aşk ve İsyan, Saf Oğlan’ın İstanbul Yolculuğu (Amour et soulèvement, Le voyage de Candide à Constantinople).

Cette période débute avec le traité de Passarowitz (l’un des plus désavantageux qu’ait signé l’Empire ottoman.) qui a mis fin à la guerre de quatre ans entre l’Empire ottoman et la république de Venise, et s’achève avec la rébellion de Patrona Halil, l’instigateur d’une révolte populaire qui s’est terminée par l’exécution de ce dernier et celle de plus de sept mille de ses partisans. Relativement pacifique, l’Ère des Tulipes a vu le début de l’occidentalisation de l’Empire ottoman. Cette époque couvre essentiellement la période du règne d’Ahmet III, 23e Sultan de l’Empire ottoman qui a joui d’une certaine longévité avec un règne de 27 ans.

Ahmet III était un sultan réformateur qui passa une grande partie de sa vie sous surveillance puisqu’il fut fait prisonnier de maison (Kafes) jusqu’à ses trente ans puis à la suite de son abdication jusqu’à sa mort, soit pendant encore six ans.

Son esprit réformiste se heurta à la réaction des janissaires, jaloux de leurs privilèges, et qui par mécontentement avaient déjà déposé Mehmet IV, son père, en 1687 et son frère, Mustapha II, en 1703. Le sultan succomba donc à la pression des janissaires emmenés par leur chef Patrona Halil et dut abandonner son grand vizir, son gendre bien aimé Damat Ibrahim, qui fut alors exécuté. Dépourvu de son principal appui, le sultan ne tarda pas à abdiquer. C’est ainsi que s’acheva l’Ère des Tulipes et que s’ouvrit le règne de Mahmoud Ier. Ahmet III mourut dix ans plus tard en prison, à l’âge de 62 ans.

En tournant les pages du roman de Nedim Gürsel, nous sommes transportés dans cette époque de l’Empire durant laquelle l’élite et la haute société ottomanes furent prises de passion pour les tulipes qui étaient utilisées en diverses occasions. Ces fleurs symbolisaient la noblesse et les privilèges, tant au sens vénal qu’au sens de disponibilité pour les loisirs. 

J’ai demandé à Nedim Gürsel s’il aurait voulu vivre à cette période où l’art et la littérature étaient extrêmement importants. Celui-ci m’a répondu qu’il n’aurait pas aimé connaître la même fin que celle du poète de l’époque Nedim qui, en voulant fuir le châtiment des janissaires pendant le soulèvement, est mort après avoir sauté d’un toit à l’autre et glissé. Néanmoins, la vie au palais avec les cariye (les servantes du palais) devait être exceptionnelle, et il voulait évoquer cette époque de l’histoire afin d’en profiter.

Comme vous le constatez, si vous voulez voyager dans une époque d’épicurisme, de plaisirs et de délices au sein de l’Empire ottoman, il vous suffit de lire le dernier chef-d’œuvre de Nedim Gürsel.

Dr. Hüseyin Latif, directeur de publication

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