Economie

L’économie turque à l’international, entre ambitions et freins

Le 6 novembre dernier, le Premier ministre turc Ahmet Davutoğlu a défini les nouvelles réformes économiques qui seront mises en place en Turquie. Son objectif annoncé : relancer la croissance du pays et réduire ses déficits commerciaux et financiers. Il a déclaré vouloir « augmenter les capacités de production de l’industrie nationale pour réduire d’ici à 2018 le déficit de la balance des paiements à 5,2 % du PIB, contre 8 % l’an dernier, et de ramener le chômage à 7 % de la population active, contre 9,7 % aujourd’hui». Une période de renouveau dans la dynamique économique turque serait donc en marche.

?????????????????

De par le monde, nous n’avons eu de cesse de s’entendre vanter la croissance économique extraordinaire de la Turquie, son impressionnante résistance face à la crise de 2008, et bien d’autres mérites qui redorent le blason de cette puissance économique en devenir. Elle en devient ainsi de plus en plus attrayante aux regards des capitaux étrangers, en tant que terrain fertile et accueillant pour ces derniers. Cette économie se distingue également par une monnaie, la livre turque, fortement dévaluée, ce qui favorise une augmentation sensible des exportations, et attire ainsi les investisseurs. Selon une étude menée par BNP Paribas Wealth Management et Scorpio auprès de 2500 entrepreneurs fortunés cumulant 19,2 milliards de dollars, la Turquie s’installe en comme la troisième terre d’accueil des investissements étrangers, derrière la Chine et Hong Kong. Rien que ça. En effet, parmi les leaders de ces pays émergents qui ont connu une croissance économique remarquable durant ces dernières années, on ne saurait omettre la Turquie. En cette période de transition gouvernementale, l’heure est au renforcement des résultats acquis. Selon le plan gouvernemental, le PIB, se chiffrant aujourd’hui à 850 milliards de dollars, devra franchir le seuil des 1300 milliards de dollars dans quatre ans, lui qui n’aurait crû « que » de 3,3 % cette année. Dans cette optique, suite au discours de Recep TayyipErdoğan à propos de son programme « Objectif 2023 », les ambitions sont clairement affichées : la Turquie, actuellement dix-septième économie mondiale, veut compter parmi les dix premières en moins de dix ans. Au vu de la santé de son économie, la Turquie actuelle peut-elle réellement devenir une référence à l’avenir ?

« Le monde se porterait mieux s’il connaissait davantage la Turquie »

IMG_2330

Le consul des États-Unis, Charles F. Hunter

Tels étaient les propos du Consul général américain à Istanbul, M. Charles F. Hunter, dans une conférence donnée le mois dernier au Cercle d’Orient autour des perspectives relationnelles turco-américaines et des liens commerciaux solides maintenus par les deux pays. Si la citation s’applique évidemment à la qualité des liens qui unissent les deux puissances dans leur travail coordonné au sein des enjeux sécuritaires et de défense collective à l’échelle mondiale, il est opportun de la rapporter à la capacité d’ouverture de la Turquie à l’international. Si M. le Consul n’a pas manqué de souligner le « potentiel économique colossal que possède la Turquie », il a regretté l’insuffisance des échanges commerciaux existants entre les deux pays, qui ont pourtant atteint un niveau inégalé durant les trois dernières années. A l’image des relations économiques de plus en plus saines qu’entretiennent les États-Unis et la Turquie, cette dernière dynamise et diversifie constamment ses échanges avec l’extérieur qui représentent aujourd’hui pas moins de 48 % du PIB. Ceux-ci se font grosso modo à 45 % avec l’UE, à 25 % avec des pays du Moyen-Orient comme l’Irak, l’Iran, le Qatar, ou encore l’Arabie Saoudite, à 15 % avec la Russie et les Républiques caucasiennes, et à 5 % avec les USA.

 Si la Turquie exporte, elle importe aussi, beaucoup même, au point d’en devenir finalement dépendante des capitaux étrangers, comme le démontre le déficit de la balance commerciale turque. Pourtant, les produits exportés et importés appartiennent souvent aux mêmes secteurs comme l’automobile, les hydrocarbures, la sidérurgie, ou l’électronique, résultant souvent d’importantes délocalisations de firmes étrangères, à l’instar de Renault, Toyota et Fiat pour ne citer qu’elles. De ce fait, il est vital pour la Turquie de consolider ses échanges avec l’extérieur afin de maintenir le rythme qu’elle a imposé à son économie. Mais une telle initiative n’est pas sans danger.

Des risques conjoncturels qui s’accumulent

La Turquie s’appuie avant tout sur une économie conjoncturelle. Sa situation de carrefour géopolitique pouvant la fragiliser de temps à autre. La Turquie demeure envers et contre tous une puissance régionale géostratégique et géoéconomique, d’où l’importance des partenariats économiques et financiers qui existent avec son voisinage. Elle constitue d’ailleurs la première puissance économique du Moyen-Orient, un modèle érigé dans une zone géopolitique instable, dont elle se protège grâce à une armée de près de 460 000 hommes. Pour autant, une faiblesse structurelle de l’économie turque est alors à envisager dès lors qu’elle est affectée par des « problèmes de voisinage », les investisseurs étrangers pouvant être effrayés par les dangers qui l’entourent.

IMG_2297

La conférence donnée par M. Charles F. Hunter au Cercle d’Orient caractérise effectivement ses craintes quant au maintien des liens commerciaux entre les États-Unis et la Turquie malgré les différentes politiques qui peuvent surgir. C’est ainsi que la menace de l’EI, que M. Obama s’est engagé à combattre, qui se dresse aux frontières turques, a pesé sur les relations stratégiques et diplomatiques entre les deux pays. Mais M. le Consul a tenu à rassurer l’audience, composée essentiellement d’hommes d’affaires et de politiques turcs, en affirmant que les liens qui unissent leurs pays respectifs sont « clairs, ouverts, efficaces, et ce à tous points de vues ». Il a insisté sur la perpétuation des échanges commerciaux, car il est nécessaire à son sens que la Turquie rende progressivement son économie plus transparente aux regards des investisseurs étrangers. Au delà des enjeux géopolitiques, « il faut avancer car c’est maintenant que les investissements se font ». Ainsi, pour croire en la faisabilité des ambitions turques pour 2023, il est clair pour le Consul américain qu’il n’y a pas de temps à perdre, et qu’il faut entreprendre des réformes productives et effectives dès à présent.

Myriam Saqalli

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *