Politique, Société

Législation minière en Turquie : retour en arrière

Les normes de sécurité dans les mines exigées depuis un décret de 2006 ne sont plus tenues d’être observées avant 2020. Une telle décision après la catastrophe de Soma en mai dernier, la plus meurtrière de l’histoire turque, bafoue allègrement la mémoire des victimes et le droit à la sécurité des travailleurs turcs.

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Depuis l’incident meurtrier du 13 mai 2014 dans la mine de Soma qui avait fait 301 victimes, les contrôles du respect des normes de sécurité dans les mines s’étaient intensifiés et 130 mines avaient été fermées. Le décret de 2006 exigeait la mise en place d’infrastructures respectant les normes de sécurité internationales.

Or le 04 août dernier cette obligation a été reportée à 2020 à la condition que ces infrastructures soient soumises à une évaluation par un organisme accrédité d’évaluation de la conformité.

Un député du CHP Özgür Özel qui avait été membre du comité parlementaire chargé d’enquêter sur le désastre de Soma en mai 2014 déplore cette décision. Selon lui, « avec le nouveau décret, environ 60 mines [fermées après la catastrophe de Soma] peuvent être rouvertes sans pour autant être conforme aux normes de sécurités exigées auparavant ». De plus la qualité des matériaux utilisés va largement se dégrader. « Les mines vont se remplir de produits fabriqués en Chine de mauvaise qualité », ajoute-t-il.

Ce décret peut aussi avoir des répercussions sur le procès des responsables de l’accident de Soma ouvert le 13 avril accusant l’Entreprise turque de charbon d’avoir « tué avec une intention criminelle présumée ». En effet, cette entreprise est accusée d’avoir utilisé du matériel hors normes. Mais si ces normes ne sont plus obligatoires, comment soutenir cette accusation ? Les 45 personnes poursuivies dans ce procès parmi lesquels huit des plus hauts cadres de la société risquent des peines allant jusqu’à 25 ans de prison.

Suite à la catastrophe de Soma, la population turque avait violemment réagi avec une manifestation de 10 000 personnes dans la ville le vendredi 16 mai 2014.

Ce nouveau décret fait passer une fois de plus la croissance économique du pays avant la sécurité de ses travailleurs. La déclaration du gouvernement en mai 2014 -« les accidents sont dans la nature même des mines »- ne peut être réduite à une maladresse des communicants et révèle finalement la ligne de conduite de l’Etat.

Laurianne

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