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Législatives britanniques : un revers pour l’Union européenne

La victoire écrasante des Conservateurs de David Cameron en ce matin du 8 mai réaffirme donc le doute qui plane en Europe concernant une potentielle sortie du Royaume-Uni de l’UE. Même si les britanniques, dans le dernier sondage du Financial Times, se sont dits à 40% contre la sortie de l’Union Européenne, c’est bien là l’un des sujets phares de ces élections législatives, et l’un des enjeux principaux auxquels fait face le Royaume-Uni d’aujourd’hui.

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Un climat de défiance toujours plus important à l’égard de Bruxelles

La question de la sortie de l’Union européenne était l’un des enjeux clefs de ces élections législatives de 2015. Cette tendance à l’euroscepticisme s’était confirmée au fil du temps, notamment en 2006 avec le lancement de la campagne anti-européenne Better Off Out, aux élections européennes de 2009 à l’issue desquelles l’eurosceptique United Kingdom Independence Party (UKIP) était arrivé second avec 16% des suffrages, en janvier 2013 avec l’annonce du gouvernement britannique de faire organiser un référendum sur cette question-là d’ici 2017, ou encore aux élections européennes de 2014 où l’UKIP a fait 27,5%.

La poussée de l’UKIP a été un choc pour la vie politique britannique qui, traditionnellement, s’organisait autour de son inébranlable bipartisme composé des Conservateurs et des Travaillistes. Avec leur 3,1% aux législatives de 2010 et leurs 24 députés au Parlement européen, le poids mais surtout l’influence de l’UKIP ne sont pas à négliger. Pour contrer cette offensive et afin de capter la frange non populiste de l’électorat eurosceptique, la position du Premier ministre conservateur sortant David Cameron lors de sa campagne a toujours évoluée dans le sens de toujours plus de négociations sur le statut du pays dans l’Union européenne. En effet, l’UKIP séduit principalement la frange eurosceptique la plus extrême, la plus anti-immigration, pour qui David Cameron n’adopte pas une position assez ferme.

Triomphe pour Cameron, démissions en série pour l’opposition

Les sondages avaient donc prédit que ces élections de 2015 pourraient changer le visage du paysage politique britannique. Ces « general elections », qui renouvèlent la Chambre des communes (soit 650 députés) et qui servent à désigner le prochain Premier ministre, sont organisées sur la base d’un scrutin uninominal majoritaire à un tour. Un système qui n’avantage pas vraiment les petits partis, mais l’ont s’attendait tout de même à une percée de ces derniers, aujourd’hui plus nombreux au Royaume-Uni. Les résultats de ce vendredi matin discréditent donc tous les sondages qui prévoyaient un match serré, « neck to neck », entre Tory et Labour, crédités chacun d’environ 33% des voix tout au long de la campagne.

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Reconnaissant leur défaite, Nigel Farage (gauche), Ed Miliband (centre) et Nick Clegg (droite) ont tous les trois quitté leur poste.

Mais l’Histoire retiendra une victoire écrasante pour les Conservateurs portés par David Cameron. Forte d’une majorité absolue avec ses 331 sièges, le camp conservateur n’aura pas cette fois besoin de former une coalition pour mettre en place un gouvernement comme ce fût précédemment le cas avec les Libéraux-démocrates. C’est donc un revers pour les Lib-Dem qui se retrouvent avec seulement huit sièges. Mais la plus grande défaite est celle des travaillistes avec 233 sièges, leur score le plus bas depuis les années Thatcher, et une élimination quasi complète en Écosse, un bastion traditionnel du Labour. Le Scottish National Party, parti indépendantiste écossais, a donc réalisé une percée spectaculaire avec 56 sièges sur 59, ce qui représente une menace sans précédent envers l’unité du Royaume-Uni. Assumant « l’entière responsabilité de la défaite », le leader travailliste Ed Miliband a rendu sa démission.

Cette victoire de David Cameron sur la position du Royaume-Uni vis-à-vis de l’Union européenne n’est pas sans conséquences : elle vient confirmer l’organisation d’un referendum sur une potentielle sortie avec, au préalable, une renégociation du statut anglais, et ce sans l’influence des pro-européens du Lib-Dem dont le leader, Nick Clegg, a rendu son tablier. Malgré tout, l’UKIP, qui se présentait comme la troisième force politique britannique, n’a pas rencontré le succès espéré par son leader Nigel Farage, lui aussi démissionnaire. Cela souligne la victoire de David Cameron à rallier les eurosceptique les moins extrême et ô combien la question de l’Europe a pesée dans sa victoire.

Juliette Vagile

 

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