Chroniques

Législatives de juin en Albanie : une alternance politique qui porte le pays des aigles aux portes de l’Europe ?

Dimanche 23 juin 2013 se sont tenues des élections législatives en Albanie. Deux figures emblématiques de ce petit pays des Balkans en plein développement se sont opposées. D’un côté le leader incontesté et historique de l’Albanie post-communiste, à savoir Sali Berisha, figure emblématique du Parti Démocrate considéré comme de droite et conservateur, et de l’autre le non moins célèbre et dynamique ex-maire de Tirana, Edi Rama, représentant l’opposition du parti socialiste albanais. Un parti qui avait perdu le pouvoir en septembre 2005 sur fond de scandale financier et politique avec la chute de son leader d’alors le premier ministre Fatos Nano.

Quels sont les enjeux de cette élection, si toutefois il y en a ? Il faut rappeler que l’objectif de Tirana est à présent de finaliser une intégration européenne dont le processus est d’autant mieux enclenché qu’un fragile accord vient d’être conclu entre le Kosovo et la Serbie voisine, au sujet notamment du statut de la minorité serbe située au nord de l’ex-province yougoslave.

Si on ne présente plus Sali Berisha, qui reste l’homme qui porta son pays au seuil du processus d’adhésion, bien que dénoncé comme ayant édifié un régime autoritaire, son challenger socialiste Edi Rama est un peu moins connu. Il fut tout d’abord basketteur, engagé politiquement à gauche. En 1998, il rentre d’un long séjour en France et entame alors sa carrière politique. Il est en premier lieu ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports du gouvernement de Fatos Nano et est élu en 2000 maire de Tirana, poste auquel il sera reconduit en 2004. En 2011, il perd cependant la mairie de la capitale qui passe entre les mains de Lulzim Basha du Parti Démocrate.

Edi Rama est très connu pour avoir entrepris à Tirana une politique très dynamique mais controversée de rénovation de l’espace urbain. Les immeubles étaient en effet repeints de couleurs vives et les bords de la rivière Lana qui traverse la ville firent l’objet de projets de réaménagements. Les résultats devaient être visibles tout en restant controversés. Depuis la chute de Fatos Nano en 2005, il est le leader incontesté du Parti Socialiste Albanais.

Ces derniers mois ont vu de la part de Sali Berisha une véritable gesticulation politique fondée sur une logique de surenchère nationale voir nationaliste, celui-ci n’hésitant pas à provoquer des agitations de la minorité albanaise dans la Macédoine voisine ou encore à organiser une inhumation grandiose de la dépouille du défunt roi Zog 1er. En effet le 14 novembre 2012, le corps de ce dernier fut exhumé du cimetière parisien de Thiais afin d’être rapatrié en Albanieoù il fut alors placé le 18 novembre dans un mausolée royal construit pour l’occasion à Tirana lors des cérémonies célébrant le centième anniversaire de l’indépendance du pays en 1912.

Il est exact que si le pouvoir de Sali Berisha en tant que premier ministre est un pouvoir dénoncé surtout par ses opposants comme autoritaire, il n’en demeure pas moins que nous avons là un personnage emblématique de l’histoire de ce petit Etat des Balkans. Petit Etat qui du reste avec 28 748 km2 n’est pas le plus petit de la région, en -dessous de lui se trouvant en effet le Monténégro avec 13 812 km2 et bien sur le Kosovo avec seulement 10 997 km2.

Les Albanais ont donc fait le choix de l’alternance politique avec 84 sièges de députés qui seront attribués au Parti Socialiste sur les 140 de la nouvelle assemblée albanaise. Edi Rama est donc chargé de former le nouveau gouvernement le 20 juillet après un mois de recomptage et d’énièmes tergiversations sur les suites de cette victoire socialiste pourtant incontestable.

A droite, Sali Berisha a fini par reconnaître sa défaite et a annoncé son retrait de la vie politique ; c’est ainsi le jeune leader Lulzim Basha qui a, le 26 juillet dernier, succèdé au leader historique de la droite albanaise, en vue de remettre en ordre le Parti Démocrate après la défaite et de préparer les prochaines consultations électorales.

Un vaste chantier s’ouvre donc pour le futur gouvernement du nouveau premier ministre Edi Rama, un chantier qui devra être axé principalement autour des défis aussi divers que ceux relevant des problèmes de corruption, de ceux liés aux problèmes environnementaux, de l’éducation, du système de santé, des services publics et des problème endémiques liés au crime organisé. Mais il faut être optimiste car cette alternance politique réussie devrait vraisemblablement permettre d’entrer dans le processus des négociations pour intégrer l’Union européenne et la situation ne pourra alors que se normaliser progressivement.

Le temps de l’alternance politique est donc venu pour ce pays des Balkans qui aspire à devenir un candidat « normal » à l’adhésion à l’Union européenne. Nous formons l’espoir de voir l’Albanie s’affirmer comme un pays où la démocratie est bien ancrée et qui a tout à gagner à se tourner vers l’avenir et la poursuite du développement d’un Etat qui, rappelons le, il y a encore une trentaine d’années passait pour un des plus reculés d’Europe si ce n’est du monde.

 

Dr Olivier Buirette, Paris le 9 août 2013

 

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