International, Politique

L’Empereur japonais veut tirer sa révérence

Lundi 8 août, l’Empereur s’est adressé à son peuple dans un message enregistré diffusé à la télévision japonaise. Intervention rare, elle se devait d’être historique. C’est chose faite : l’Empereur Akihito a clairement exprimé sa volonté d’abdiquer.TOKYO, Japan (April 24, 2014) U.S. President Barack Obama participates in the  welcome ceremony with their Majesties the Emperor and Empress of Japan and Japan’s Prime Minister Shinzo Abe at the Imperial Palace during his state visit to Japan. [State Department photo by William Ng/Public domain]

C’est un homme de 82 ans, fatigué, qui est apparu sur les écrans de télévision ce lundi 8 août à 15 heures, heure de Tokyo. Devant des dizaines de millions de téléspectateurs, le souverain de l’archipel, sans prononcer le mot fatidique et interdit d’« abdication » a émis des doutes sur sa capacité à assumer ses fonctions : « Quand je vois que ma force physique décline graduellement, je m’inquiète qu’il puisse être difficile pour moi de remplir mes obligations en tant que symbole de l’État avec toute mon énergie, comme je l’ai fait jusqu’à maintenant ».

Si le mot abdication n’a pas été prononcé, c’est tout simplement, car la Constitution japonaise interdit cette procédure à celui qui n’est autre que le « symbole de l’État et de l’unité du peuple ». Si jamais aucun empereur japonais n’a renoncé à son titre, le 125e empereur du Japon est conscient de la dégradation de son état de santé et de ses capacités physiques. Ce dernier ayant déjà eu un cancer de la prostate en 2003, puis ayant subi un pontage coronarien en 2012 et ayant souffert un an après d’une pneumonie a d’ailleurs déjà réduit ses activités qui ne sont que protocolaires du fait de la Constitution et aimerait passer la main à son fils.

Déjà en décembre dernier, l’Empereur avait admis avoir commis plusieurs erreurs protocolaires lors de diverses cérémonies, lançant alors dans les médias l’idée que l’abdication de ce dernier pourrait bien être à l’ordre du jour.

Mais pour pouvoir abdiquer, c’est la loi sur la Maison impériale de 1946 qui devrait être revue. Or, jamais la Constitution ou cette loi qui datent de l’après-guerre, largement rédigées par les forces américaines, n’ont encore été modifiées. Pour y parvenir, c’est son peuple qu’il devait aujourd’hui convaincre.

Les Japonais étaient nombreux ce lundi devant leurs postes de télévision, préférant largement écouter leur souverain que s’enquérir des résultats des Jeux olympiques. Le pays s’est même mis sur pause durant les dix minutes d’allocution télévisée de l’empereur, seulement la deuxième en 28 ans de règne. Il faut aussi dire que cet empereur moderne est très populaire parmi les Japonais qui comprennent et soutiennent, selon un sondage réalisé début août par l’agence Kyodo, à 95% son désir de se retirer de la vie publique et donc de modifier la loi sur la Maison impériale.

En revanche, cela plait moins au Premier ministre, le conservateur Shinzo Abe, qui préférerait modifier la Constitution plutôt que la loi sur la Maison impériale. De plus, le parti conservateur au pouvoir ne veut pas que soit relancé le débat sur une éventuelle succession féminine. En effet, à la naissance de la princesse Aiko, enfant unique du prince hériter de l’empereur, Naruhito, le Premier ministre de l’époque, Junichiro Koizumi, avait évoqué la possibilité de changer la législation japonaise pour qu’un jour une femme puisse devenir l’impératrice du Japon ; ce à quoi s’oppose fermement le Premier ministre actuel. Malgré tout, Shinzo Abe n’a pas tardé à réagir en affirmant avoir pris « avec sérieux les mots de l’empereur » et a déclaré qu’il comptait y répondre.

L’empereur, symbole ancestral du Japon, est donc aujourd’hui encore sur le trône.

Camille Saulas. 

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