Société

La lente agonie des mineurs d’Ermenek

Il était question d’une explosion, il était question d’une mine de charbon, trois cents hommes sous terre, sans lumière, aux prises avec la boue et la poussière. Plongés dans l’inconnu, le noir et le macabre, où tout est froid, inerte et malheureux ; pris aux pièges des profondeurs et ses méandres, ainsi périssaient les 301 mineurs de Soma. Respectables sont ces hommes fatigués et exténués par le labeur mais qui, le choix n’existant pas, pour subsister, doivent descendre. Cinq mois après, c’est au tour de dix-huit mineurs de Güneyyurt, dans le sud du pays, de subir la même atrocité menée par une agonie trop patente.

« Je dis que de tels faits, dans un pays civilisé, engagent la conscience de la société tout entière ; que je m’en sens, moi qui parle, complice et solidaire »

Mineurs d'Ermenek

Mineurs d’Ermenek

Victor Hugo s’élançait ainsi sur les bancs de l’Assemblée en 1849, évoquant les troubles sociaux, la misère ouvrière et les destinés écourtées de ceux qui vivent de leurs mains, leurs espoirs et leurs chagrins. Persistent les peines et les situations révoltantes, de nos jours encore. Si Soma rendait public l’inadéquation entre le droit et la réalité, la leçon qui en fut tirée n’aura été vraisemblablement que partielle. « Ce n’est pas la première fois qu’arrive une inondation, les règles de sécurité n’ont jamais réellement été respectées », s’indigne l’un des seize mineurs étant parvenu à s’extraire du puits de charbon. Entre larmes, incompréhension et révolte, les survivants ne trouvent pas les mots pour décrire le cauchemar que traversent les derniers prisonniers des galeries de la mine de Güneyyurt, dans la province de Karaman, zone assez pauvre, ne vivant que par l’extraction de matières premières et des visites de ces lieux historiques.

Sans signe de vie

Minimes, trop minimes sont les chances de retrouver vivants les dix-huit disparus, bloqués à quelque trois cents mètres de profondeur. Aucun contact n’a pu être établi avec eux ces dernières quarante-huit heures. Des tonnes de boue et de déchets ont accompagné les treize mille mètres cubes d’eau déferlant dans le puits endommagé. Malgré l’abondance des secours, le deuil s’avère déjà quasiment d’actualité, d’autant plus que l’un des boyaux de la mine se fragilise au fur et à mesure que le pompage des eaux s’intensifie. Asphyxiés comme à Soma. Tout est flou autour de cette affaire, des normes de sécurité mises en place par un exploitant peu scrupuleux aux circonstances du drame, de l’explosion. L’opacité n’a jamais été aussi terrifiante pour les familles et pour nous, citoyens, contemporains et témoins. Sans parler de sacrifice pour une course au rendement, sans parler d’injustice, espérons seulement et simplement que si la souffrance est inaliénable, la misère, elle, disparaitra, disparaitra…

Maxime Tettoni

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