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Les Bacha Bereesh, ou la nouvelle arme des talibans afghans

Les talibans afghans ont trouvé le point faible des forces de sécurité du sud de l’Afghanistan : l’utilisation de jeunes esclaves sexuels ; soit une tradition ancestrale que l’organisation terroriste compte bien utiliser dans leur lutte.

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Alors que le ministère de la Justice de Kaboul a ordonné à une agence paragouvernementale dans le centre du pays que soit menée une enquête sur les agressions sexuelles et les enfants-soldats, l’AFP a eu accès à cette demande. Cela a permis de dévoiler une nouvelle pratique des talibans pour déstabiliser encore un peu plus le pays : l’infiltration de postes de police par des esclaves sexuels pour que ces derniers deviennent de véritables chevaux de Troie facilitant l’attaque des forces de l’ordre.

Le « bacha bazi », une tradition ancestrale

Répandue dans le sud, le nord et l’est du pays, cette tradition nommée « bacha bazi », soit littéralement « jouer avec les garçons » en Dari, consiste à entretenir un jeune garçon impubère, autrement appelé « bacha bereesh ». Souvent maquillés et travestis, ils servent d’esclaves ou de danseurs sexuels.

Si cette pratique demeure tabou, elle est tout de même un moyen d’accroitre son prestige dans la société conservatrice afghane. Par ailleurs, c’est aussi un moyen de contourner le mariage, dont la dote est si élevée qu’il le rend souvent impossible, sans être déshonoré.

Charu Lata Hogg, qui travaille pour l’ONG Child Soldiers International, a expliqué aux journalistes de l’AFP que cette tradition était certes une forme d’esclavage sexuel d’enfants, mais qu’ « elle est perçue comme une coutume locale et non comme un crime ».

Les « bacha bereesh », une arme redoutable

Or, l’AFP a fait la lumière sur le fait que, depuis deux ans, les talibans utilisent cette tradition pour attaquer sournoisement les forces de l’ordre.

En effet, les forces de sécurité ne sont pas les derniers à utiliser les bacha bereesh. Ainsi, les talibans envoient de jeunes garçons offrir leurs services aux policiers pour endormir leur vigilance et les tuer de diverses façons. Ghulam Sakhi Rogh Lewanai, ancien chef de la police, a confessé aux journalistes de l’AFP que « Les talibans envoient des garçons, de beaux garçons, infiltrer les barrages de police pour ensuite empoisonner ou tuer les agents […] Ils ont découvert la plus grande faiblesse de nos forces de police: le bacha bazi ».

Les talibans peuvent aussi retourner des bacha bereesh qui, violés ou violentés, désirent se venger de leur agresseur.

Matiulla est un ancien policier qui a survécu à une attaque d’un bacha bereesh, Zabihullah, appartenant au chef du poste de police. Durant cette attaque, ce n’est pas moins de sept policiers qui ont été tués. Matiulla a raconté aux journalistes de l’AFP qu’une nuit, Zabihullah a tout simplement abattu ces hommes alors qu’ils dormaient, puis qu’ : « il a ensuite fait entrer les talibans et vérifié avec la crosse de son arme qu’il ne restait aucun survivant. J’ai fait le mort ».

Dans la province d’Uruzgan, ce type de stratégies a permis des opérations talibanes qui ont conduit à la mort de centaines de policiers, affaiblissant grandement l’armée et la police qui continuent de combattre les talibans dans cette région où ils sont particulièrement menaçants.

Les forces de l’ordre et leurs responsables sont très inquiets par rapport à l’utilisation des bacha bereesh par les talibans dans la mesure où celle-ci s’avère très efficace. Un haut responsable provincial, sous couvert de l’anonymat, a avoué : « Il est plus facile de traquer les kamikazes que les attaquants de type ‘bacha’ ». De plus, il est important de comprendre que pratiquement tous les postes et barrages de police de la province d’Uruzgan comptent au moins un bacha bereesh, parfois armé, soit au moins une bombe à retardement…

Une stratégie qui est là pour rester

La seule contre-stratégie qui pourrait être véritablement effective serait que les forces de sécurité n’utilisent plus les bacha bereesh.

Mais, selon les spécialistes, ces jeunes esclaves sont en réalité de véritables trésors pour leurs propriétaires qui les entretiennent jalousement. Pire, ils semblent q’une dépendance envers cette pratique se soit formée. Il arrive souvent que les bacha bereesh soient la source de heurts violents, parfois mortels, entre les policiers. De plus, quand on leur demande de stopper ce genre de pratiques, ils rejettent cette idée sans sourciller : « Si vous me forcez à abandonner mon bacha, j’abandonnerai aussi mon poste ».

Quant aux enquêtes, elles risquent de ne mener à rien. Le responsable de l’agence paragouvernementale mandatée par le ministère de la Justice a en effet expliqué : « Nous n’avons pas pu accéder aux postes de police pour enquêter […] Vous croyez que les chefs de police nous laisseront repartir vivants si nous enquêtons sur ces crimes ? ».

Évidemment, un des porte-parole des talibans a démenti la mise en place par l’organisation d’une telle stratégie : « Nous avons des brigades de moudjahidines pour ce genre d’opérations. Ce sont des hommes adultes avec des barbes ». D’ailleurs, ces derniers soulignent que lorsqu’ils étaient à la tête de l’Afghanistan, entre 1996 et 2001, ils avaient interdit cette tradition et qu’ils condamnent toujours cette pratique.

Néanmoins, le gouvernement afghan ainsi que plusieurs organisations de protection des droits de l’Homme affirment le contraire. En outre, de nombreux témoignages de policiers vont dans le sens de ces allégations. Ainsi, même si cette stratégie est désormais connue, il risque d’être difficile de contrecarrer cette nouvelle arme des talibans qui ont découvert un moyen redoutable de déstabiliser davantage le pays.

Camille Saulas

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