International, Politique

Les Balkans face au Brexit : Menaces annoncées sur la poursuite de l’élargissement de l’UE ?

Depuis la date fatidique du 23 juin 2016 et la victoire du « Oui » à la sortie du Royaume-Uni de l’UE, les conséquences ne cessent de déferler sur l’Europe.UE_25Peu à peu, la gouvernance de l’UE se retrouve finalement confrontée à tous les problèmes qui n’ont pas été traités depuis l’échec de la constitution européenne en 2005 : problèmes de flux migratoires, de gouvernance économique et enfin d’élargissement et de limites des frontières que nous devons donner à l’UE. Certains commencent à parler d’un projet de refondation européen, mais cela n’est plus impossible. Ce qui est certain, c’est qu’encore une fois, ce sont les zones les plus fragiles de l’Europe qui sont impactées par les conséquences du Brexit.

Certes l’Europe centrale – ex-Europe de l’Est – a vécu ces dernières années sous le signe des crises économiques et a vu ses démocraties se radicaliser peu à peu (notamment en Pologne et en Hongrie), mais c’est bien évidemment sur la situation toujours instable des Balkans que les observateurs se focalisent ces derniers temps. En effet, si la Croatie (la dernière entrée dans l’UE le 1er juillet 2013) et la Slovénie (entrée le 1er mai 2004) sont à l’heure actuelle les deux ex-Républiques de l’ex-Yougoslavie qui semblent amarrées le plus solidement à l’UE, il n’en demeure pas moins que les autres pays de la région forment une véritable file d’attente frappant à la porte de Bruxelles.

Lors du troisième sommet UE-Balkans du lundi 4 juillet dernier, Angela Merkel et François Hollande se sont voulus rassurants quant aux processus d’adhésions en cours. Personne n’oublie toutefois l’actuelle crise migratoire qui déstabilise profondément une région où les questions ethniques et religieuses ont dramatiquement été exploitées à la fin du 20e siècle au profit de la terrible guerre de Yougoslavie. À peine stabilisée, la région reste fragile. Aujourd’hui, les Balkans pourraient de nouveau connaître des difficultés dans leur processus d’adhésion à une Union européenne de plus en plus fragilisée par les crises qu’elle subit depuis 2005, et à présent ébranlée dans sa structure même avec le Brexit.

À l’été 2016, le Monténégro et la Serbie ont entamé le processus d’adhésion qui, on le sait, est fort long et souvent impopulaire, car les pays en question doivent rendre leur législation conforme à celle de l’UE afin de ratifier l’acquis communautaire. Dans cette optique, il faut bien noter que le contexte économique et politique morose ne favorise pas une issue rapide de tout cela. Plus loin dans les Balkans, nous avons deux pays avec des problèmes ethniques traditionnels et déstabilisateurs dans la région : soit l’ancienne République yougoslave de Macédoine et l’Albanie, qui ne sont quant à elles pour l’instant que de simples candidates à l’entrée dans l’UE. Le processus sera évidemment plus complexe pour ces deux États, dans la mesure où l’existence même de la Macédoine reste fragile, le pays étant traversé par des divisions ethniques.

Rappelons que la Macédoine yougoslave a été créée par Tito après 1945, dans l’optique de la réalisation d’un grand État des Slaves du sud qui aurait englobé l’Albanie, la Bulgarie et la Grèce. Toutefois, ce projet n’a jamais vu le jour. La désintégration de la Yougoslavie dans les années 90 provoqua de graves problèmes encore non résolus. Enfin, parmi ces deux candidats, l’Albanie pourrait sans doute être le pays le plus prometteur tant les réformes de modernisation et de lutte contre la corruption entamées par le Premier ministre socialiste Edi Rama au pouvoir depuis 2013 commencent, semble-t-il, à porter leurs fruits. Cependant, on a constaté que les minorités albanaises situées tout autour du « Pays des Aigles » et notamment au Kosovo et en Macédoine posent de sérieux problèmes.

Il n’en demeure pas moins que ces deux pays restent fragiles, car s’ajoutent à eux les deux derniers « candidats potentiels » jugés comme tels par l’UE que sont d’une part la Bosnie-Herzégovine, pays sans doute parmi les plus meurtris et les plus abîmés par la guerre de Yougoslavie, et enfin le Kosovo, province « serbe » qui s’est autoproclamée indépendante en 2008 et qui est composée à plus de 90% d’Albanais.

On voit donc bien ici que les Balkans forment encore une région très fragile pour laquelle la dynamique de l’adhésion pouvait justement être un vecteur de stabilité, mais qui est grandement fragilisée par les problèmes que rencontre cette UE à laquelle ils souhaitent à présent adhérer avec de moins en moins d’enthousiasme.

En cette seconde partie de l’année 2016, stabiliser les Balkans pourrait bien être un défi supplémentaire qui se présentera à la gouvernance européenne.

Dr Olivier Burette

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