Chroniques, Le choix de la rédaction

Les dix travaux de la Turquie

Qui ne connaît pas les 12 travaux d’Héraclès ? Ces exploits gigantesques exécutés sur ordre d’Eurysthée constituent l’un des chapitres les plus marquants de la mythologie grecque.

Durant la dernière décennie, la Turquie a été le champ d’une transformation et d’un progrès spectaculaires. L’existence même de la Turquie a suivi un chemin très mouvementé, présentant des aspects peu ordinaires pour une si courte période. D’un point de vue économique, l’essor est considérable, de même que la croissance. Côté relations internationales, on constate des hauts et des bas, en particulier en raison des chocs survenus dans le contexte international, que ce soit en Europe ou, comme plus fréquemment, au Moyen-Orient. Quant à la société turque, très dynamique, elle expose aussi une vision très complexe et contrastée. Bref, cette dernière décennie de la République presque centenaire qu’est la Turquie fut loin d’être de tout repos. Néanmoins, le chemin qu’elle a parcouru l’oblige à se concentrer sur des dossiers brûlants, voire décisifs, précisément pour le centenaire de sa fondation.

On peut regrouper ces sujets comme suit :

• Le problème du sud-est anatolien. Ce problème de longue durée devra être rapidement résolu. Source d’instabilité et de divergences, causant de grandes pertes humaines et économiques, cette inimitié devra être surmontée en satisfaisant les exigences de toutes les parties, en prenant aussi en considération le nord de l’Irak et de la Syrie. Un consensus englobant tous les acteurs concernés servira les intérêts de toutes les populations de la région, en permettant une coopération et même une intégration économique approfondie.

• La situation au Levant, à commencer par la Syrie et l’Irak. La stabilité politique de cette région est en relation directe avec la Turquie, qui devra travailler de son mieux, et même davantage, pour assurer la stabilité et la paix dans la région. Tâche énorme que la Turquie ne pourra pas assumer seule. Une collaboration étroite est donc incontournable, avec tous les acteurs de la région y compris Israël, mais aussi avec ceux de la scène internationale.

• Le problème arménien et la situation dans le Caucase. Une autre difficulté majeure nécessitant des remèdes majeurs. Réconcilier toutes les parties est impossible en raison de leurs points de vue actuels. Les persuader de surmonter ces difficultés en posant sur la table des atouts concrets est par contre accessible. Un enjeu crucial qui permettrait aux trois pays concernés, la Turquie, l’Arménie, l’Azerbaïdjan – on serait tenté d’ajouter la Géorgie – soit de prospérer ensemble, soit de stagner dans les méandres de l’Histoire.

• La situation à Chypre et dans les Balkans. Le problème de Chypre est devenu comme un destin néfaste, nuisant à tous les pays engagés. Une base de coopération économique regroupant les deux parties de Chypre, la Turquie et la Grèce, suivie d’une grande coopération régionale avec tous les avantages que présentent la mer Méditerranée, la mer Égée et la péninsule balkanique, exercera une pression certaine pour un déblocage de la situation politique devenue obsolète. Cela engendrera de même la résolution de toutes les divergences entre les populations des Balkans, à commencer par les différends entre la République de Macédoine et la Grèce, entre l’Albanie et ses voisins slaves, et ainsi de suite.

• La fin des prétendus « printemps arabes ». La Turquie devra œuvrer de pied ferme pour la normalisation des États arabes, démembrés par ce mouvement sans queue ni tête qui n’a eu pour conséquences que la déstabilisation totale des pays en question, et dégradant au passage les relations de la Turquie avec la plupart de ceux-ci.

• L’Union européenne. Malheureusement, l’Union ne pourra conserver sa place primordiale parmi les priorités de la Turquie si elle poursuit sa politique négative actuelle vis-à-vis d’elle, et surtout si elle continue à présenter cet aspect désorganisé et « désuni ».

• La diversification de l’économie et des marchés, et la poursuite des réformes économiques. La croissance économique de la Turquie a atteint son pic. Pour pouvoir la poursuivre, la Turquie devra à tout prix diversifier ses activités et ses produits économiques, et pour cela travailler davantage pour l’innovation et les nouvelles technologies. D’autre part, la poursuite des réformes économiques et financières, à commencer par le respect du programme des privatisations, est une nécessité. Sinon, le classique piège du revenu intermédiaire risquera toujours de jouer les perturbateurs.

• La quête de l’énergie. La très forte dépendance énergétique de l’économie turque l’oblige urgemment à diversifier ses ressources en énergie et ses fournisseurs.

• L’éducation. La condition sine qua non pour le futur de toute nation, en particulier pour un pays jeune. L’une des faiblesses de la Turquie actuelle. Elle devra augmenter le niveau d’éducation et de qualification de sa jeunesse, l’un des atouts majeurs de son avenir.

• Le profil sociologique et humain de la population turque. La population turque, bien qu’elle ait bénéficié – tout en prenant en considération les inégalités du partage des revenus – de la croissance économique du pays, n’a pu canaliser ces avantages économiques en un développement humain global. Elle est restée marginalisée concernant les développements culturels, scientifiques et artistiques, se réduisant à une consommation de masse.

Bien sûr, pour d’autres, des « travaux » différents pourraient être jugés primordiaux pour la Turquie, et d’autres approches pourraient être valables. Mais l’essentiel est, je pense, que la Turquie n’a pas de temps à perdre et qu’elle doit travailler encore davantage pour soutenir un développement économique et social durable tout en maintenant un climat de paix, de stabilité et de coopération tant dans sa région que dans le monde en général.

Eren Paykal

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