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Les élections présidentielles turques

L’été 2014 qui vient de commencer s’annonce très particulier. Comme chaque année il a démarré un peu avant l’heure avec le festival de musique d’Istanbul où l’on peut aller écouter les plus grands et les plus renommés orchestres de musique classique, venant de partout dans le monde et se produisant dans des lieux très prestigieux de la ville. Viendra ensuite le festival de jazz qui se prolongera jusqu’au mi-juillet et entre les deux festivals de ballet d’Istanbul.

Mais cette année parallèlement à cette programmation musicale très riche, nous avons aussi le débat autour de la première élection nationale du président de la République au suffrage universel direct à deux tours, qui aura lieu les 10 et 24 août. La première remarque concernant ces élections est certainement les dates du scrutin. En effet, il paraît surprenant que des élections avec des enjeux aussi importants puissent se dérouler en pleines vacances d’été. La seconde remarque concerne les candidats, à sept semaines du premier tour, le parti au pouvoir, n’a toujours pas déclaré son candidat officiellement.

Quant aux partis de l’opposition, les deux principaux d’entre eux : CHP (gauche républicaine) et MHP (droite nationaliste) ont décidé de présenter un candidat commun pour faire front contre le candidat du parti au pouvoir, AKP. L’objectif étant d’obtenir la majorité des votes dès le premier tour et de remporter les élections.
Le 16 juin dernier Ekmelettin Ihsanoğlu est alors désigné officiellement le candidat commun des partis CHP et MHP pour les élections présidentielles. Âgé de 70 ans, Ekmelettin Ihsanoğlu est l’ancien secrétaire générale de l’Organisation de la conférence islamique. Novice en politique il est par ailleurs peu connu de l’opinion publique turque.

Seulement l’annonce de ce candidat commun qui devait renforcer l’opposition face à la candidature toujours non déclarée du Premier ministre M. Erdoğan a semé le trouble au sein du parti de gauche républicaine, CHP. Ainsi beaucoup de voix s’élèvent dans ses rangs pour protester contre le profil de ce candidat jugé insuffisamment laïc et kémaliste. Face à ces critiques le président du parti CHP, Kılıçdaroğlu rétorque : « Il ne s’agit pas de choisir un leader de parti mais un président de la République qui doit représenter 76 millions de citoyens turcs ».

En fait, la question qui tourmente au sein du CHP est de savoir à quel point il est possible de faire des concessions sur les valeurs et les principes d’un parti pour accéder au pouvoir ? Par ailleurs les 45 jours qui nous séparent du premier tour des élections suffiront-ils à M. Ihsanoğlu pour se faire connaître et obtenir la majorité des votes dès le premier tour ? Et que deviendrait le CHP si ce pari risqué ne réussissait pas ?

Mireille Sadège

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