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Les Etats-Unis et Cuba : une relation en passe d’être rétablie

Assiste-t-on au dénouement d’un conflit diplomatique vieux de 53 ans ? Ce matin, peu après minuit, les Etats-Unis et Cuba ont officiellement renoué leurs relations diplomatiques en ouvrant à nouveau leurs ambassades respectives à La Havane et Washington. Une avancée qui autorise les espoirs d’une levée de l’« embargo » économique imposé par les Etats-Unis depuis plus d’un demi-siècle.

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La fin de la guerre froide n’y avait rien fait. Sans discontinuer, Cuba et les Etats-Unis se sont livrés pendant plus de cinq décennies un ardant contentieux diplomatique. Le conflit, symptomatique des anciennes tensions Est-Ouest, restait à ce jour l’un des derniers exemples de l’affrontement idéologique qui avait divisé le monde au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Mais le lundi 20 juin marquera à coup sûr l’histoire et devrait ouvrir une nouvelle ère dans la configuration des équilibres internationaux. Ce matin, après plusieurs mois de négociations, les ambassades américaine et cubaine situées dans les capitales des deux pays ont retrouvé le statut officiel qu’elles avaient perdu lors de la rupture des relations bilatérales entre Washington et La Havane il y a plus de cinq décennies.

Symbolique, cette première étape a été initiée le 30 juin dernier suite à l’annonce d’un accord imminent entre les deux gouvernements. Certains laissaient entendre alors que l’« embargo » économique et commercial pesant sur l’Etat cubain depuis 1962 était en passe d’être levé.

La première visite d’un officiel cubain aux Etats-Unis depuis 1959

Pour officialiser le renouveau des liens américano-cubains, une cérémonie aura lieu à 17h30 heure turque au siège de la mission cubaine à Washington, avec la participation du ministre cubain des affaires étrangères, Bruno Rodriguez. Ce proche de Raul Castro, en poste depuis 2009, deviendra ainsi le premier responsable politique cubain à représenter la République socialiste sur le sol américain depuis le gel des rapports suite à la « Crise des missiles de Cuba » en avril 1961.

Siège de l'ambassade cubaine à Washington

Siège de l’ambassade cubaine à Washington

Puis, en fin d’après-midi, le ministre cubain se rendra au département d’Etat pour s’entretenir avec son homologue américain John Kerry.

Mais côté cubain, la réouverture de l’ambassade fédérale en plein cœur de La Havane prendra plus de temps. Il faudra attendre la visite prochaine du secrétaire d’Etat américain pour que la bannière étoilée soit enfin hissée.

Des avancées sous la présidence Obama

Historique compte tenu de la longévité du différend américano-cubain, cette avancée politique n’en demeure pas moins fragile puisque, malgré plusieurs signes d’ouverture du président Barack Obama, l’annulation de l’« embargo », qui empoisonne depuis plus d’un demi-siècle les relations entre les deux pays, semble toujours sujet aux désaccords.

Précédemment, en décembre 2014, un accord de principe portant sur l’assouplissement de l’« embargo » américain avait été signé entre la Maison Blanche et La Havane. En discussion depuis, les négociations n’ont pas empêché le président américain de multiplier les actions en faveur d’un allègement des sanctions pesant sur l’Etat insulaire.

L’arrivée au pouvoir du sénateur démocrate en 2008 a permis en effet de rompre avec la ligne politique prudente entretenue par George W. Bush vis-à-vis du cas cubain. La même année, les Américains d’origine cubaine ont enfin obtenu l’autorisation de voyager sur l’île. Sur la même lancée, le 44ème président des Etats-Unis a libéralisé en 2009 les virements bancaires en mettant un terme aux plafonds imposés par les autorités fédérales.

Quant aux citoyens américains, en dépit d’une interdiction de voyager en simple touriste, beaucoup réussissent à contourner la loi en motivant des raisons professionnelles ou familiales pour profiter des splendeurs cubaines. Le mois de mai 2015, connaissait ainsi un nombre exceptionnellement élevé de touristes américains en visite sur le sol cubain, signe des perspectives nouvelles offertes par le rétablissement des rapports diplomatiques entre les deux Etats.

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Des difficultés qui persistent

Devant la normalisation des relations diplomatiques qui se profile, les différents contentieux qui animent encore les deux pays refont surface.

Le plus important d’entre eux sans doute, celui de l’« embargo » en vigueur depuis 1962, devra impérativement trouver une issue, sous peine de replonger les rapports entre les deux nations dans l’impasse. Entre 2002 et 2006 déjà, le président républicain George W. Bush avait évoqué la possibilité d’un desserrement des sanctions économiques visant Cuba.

Mais la condition demandée par Washington, à savoir l’obligation d’une transition démocratique, avait heurté les dignitaires cubains, peu enclins à recevoir des leçons de démocratie de la part des Etats-Unis.

De fait, outre le rétablissement du statut de la République cubaine sur la scène internationale qu’elle entamerait, la fin de l’« embargo » aurait de forte retombées économiques sur le commerce de la région des Caraïbes. Surtout, les Etats-Unis, responsables actuellement de 45% des importations alimentaires de la République socialiste, pourront bénéficier de l’implantation de l’économie de marché au sein d’une économie cubaine jusqu’ici relativement close.

22 octore 1962, Kennedy annonce la découverte de rampes de lancement soviétiques sur le sol cubain

22 octobre 1962, Kennedy annonce la découverte de rampes de lancement soviétiques sur le sol cubain

Enfin, parmi les autres sujets brûlants ressort la question des importantes indemnités financières réclamées par les citoyens américains dépossédés de leur biens à l’issue des vastes nationalisations opérées par le gouvernement révolutionnaire dans les années 1960.

Source de conflit entre les deux Etats, ce sujet fait d’ailleurs écho aux demandes répétées de la justice américaine, à ce jour sans réponses, exhortant le gouvernement cubain à extrader les fugitifs américains faisant l’objet d’un mandat d’arrêt.

Si les espoirs restent quand même permis, l’enthousiasme du gouvernement américain demeure pour l’instant mesuré. Car, même si elle est en bonne voie, la normalisation des relations bilatérales entre les deux pays dépend en dernière instance du Congrès américain, lequel a témoigné à plusieurs reprises d’une forte réticence.

Matéo Garcia

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