Economie, Mode, Société

Les fashionistas musulmanes se dévoilent à Istanbul

Vendredi et samedi dernier avait lieu à Istanbul la toute première édition de la Fashion Week pudique [ou islamique] internationale, une occasion pour 70 designers des quatre coins du monde de présenter leur collection de vêtements islamiques. Retour sur un phénomène de mode qui fait couler beaucoup d’encre en Turquie comme en France.

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Un marché en plein essor

Des designers de l’Indonésie, de l’Azerbaïdjan, de la Malaisie, des Émirats arabes unis comme de l’Allemagne sont passés par Istanbul le weekend dernier. La question à savoir pourquoi la première Fashion Week pudique s’est tenue en Turquie ?

Pour répondre à cette interrogation, il faut savoir que la Turquie représente la plus grande part du marché de la mode islamique avec des ventes totalisant les 22 milliards d’euros par an. Bien qu’aucun chiffre ne soit officiel, les estimations quant à la proportion de femmes turques portant le hijab varient entre 45 et 65%.

Ainsi, avec un bassin de consommatrices important et un secteur du textile en plein boom, il va sans dire que la Turquie devrait se tailler une place de choix dans le domaine de la mode pudique [ou islamique]. Selon un rapport de Reuters, ce type de mode a généré 203 milliards d’euros dans le monde en 2014, soit 11% des achats totaux de vêtements, et pourrait atteindre les 288 milliards en 2020.

Et la laïcité dans tout ça ?

Avec des revenus projetés si importants, il n’est pas surprenant que plusieurs grandes marques s’intéressent de près aux désirs de leur clientèle musulmane. Ainsi, dans la dernière année, le suédois H&M, le japonais Uniqlo, l’italien Dolce & Gabbana et le britannique Marks & Spencer ont tous lancé des collections mettant en vedette abbayas, burkinis et hijabs.

Le slogan d’H&M « Il n’y a pas de règles dans la mode », n’a toutefois pas su convaincre la classe politique française. En effet, en mars dernier, la ministre française en charge des Droits des femmes, Laurence Rossignol, dénonçait les grandes marques qui s’étaient lancées dans la mode islamique en déclarant : « On ne peut pas admettre que c’est banal et anodin que de grandes marques investissent dans ce marché » en ajoutant que ces compagnies contribuaient à la « promotion [de l’]enfermement du corps des femmes. »

La question de la capitalisation d’un symbole religieux demeure donc sensible dans des sociétés laïques, mais libérales économiquement. Du côté de la Turquie, où les fonctionnaires ne pouvaient pas porter le voile jusqu’en 2013, le débat se fait un peu à l’inverse puisque le parti au pouvoir est plutôt dans l’optique de promouvoir les valeurs traditionnelles et religieuses. C’est d’ailleurs dans ce cadre que la Fashion Week pudique lançait sa première édition.

Mary Lou O’Neil, directrice du Centre de recherche sur les femmes et le genre de l’Université Kadir Has, a déclaré à l’AP (Associated Press) : « [La Fashion Week] est un phénomène visuellement étonnant qui représente un développement pour plusieurs personnes tout en dérangeant certainement plusieurs autres. » Comme quoi, dans la mode comme partout, le bonheur des unes fait le malheur des autres.

Yasmine Mehdi

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