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Les fleuves sans frontières

« L’Homme peut vivre sans pétrole, mais sans eau, il n’y a pas de vie. » C’était les derniers mots de Franck Vogel lors de son discours qu’il a tenu le 27 septembre pour le vernissage de son exposition « Fleuves Frontières », organisée au lycée français Notre-Dame de Sion. La phrase nous touche au cœur et nous pousse à affronter la réalité. L’eau, c’est vital. Sans eau, il n’y a rien. La vie dépend de l’eau. La vie est apparue dans l’eau. Et aujourd’hui, l’eau est en danger !

Franck Vogel – Gorge du Nil Bleu à côté de Tissisat (Ethiopie). Les chutes du Nil ne sont qu’à 5 km.

Lors d’une réunion portant sur la construction d’un méga-barrage sur le Nil Bleu, Franck Vogel, photojournaliste français et ambassadeur de l’ONG Green Cross (ONG) qui a été fondée par Mikhail Gorbachev, décide de travailler sur le Nil. Ce projet commence en 2012 et M. Vogel se rend compte rapidement que, dans le monde entier, il y a des fleuves qui rencontrent des problèmes similaires. Dès lors, il désire aller plus loin et entreprend un projet plus global sur les fleuves qui se trouvent au cœur des conflits politiques ou qui sont en danger en raison des activités humaines – industrialisation, détournement des eaux par des canaux, pollution, etc. C’est ainsi qu’il se penche sur huit fleuves qui se trouvent dans différents pays du monde. Parmi eux, le Nil, le Brahmapoutre, le Colorado, le Jourdain, le Mékong, le Gange, l’Euphrate et le Tigre. Malheureusement, à cause de la guerre en Syrie, les deux derniers fleuves ont été exclus de ce projet et ont été remplacés par le Zambèze et, prochainement, par le Danube.

Une troisième guerre mondiale pourrait-elle être déclenchée par l’eau ? À la suite de la décision de construire un barrage et un canal par l’Égypte et le Soudan sur le Nil, la rébellion du peuple Dinka peut être citée comme le premier exemple d’une guerre qui a été déclenchée pour l’eau. Les Dinkas ont attaqué la grande machine qui était utilisée pour construire le barrage. L’eau a même engendré une guère civile qui a duré 20 ans dans la région.

Franck Vogel – Nil

Franck Vogel n’a pas voulu se focaliser uniquement sur les pays pauvres. Ainsi, à travers le cas du Colorado, il a montré que même dans le pays le plus puissant du monde peut connaitre des conflits liés à l’eau. Imaginez un pays qui empêche son voisin d’avoir accès à l’eau. C’est le cas ici, puisque le Colorado ne traverse plus la frontière mexicaine du fait d’un barrage construit par les États-Unis. Depuis des années, le fleuve n’atteint plus la mer de Cortez. Ainsi, le photographe souligne que la problématique ne concerne pas que les pays pauvres. C’est l’Homme, que ce soit dans un pays développé ou non, qui ne sait pas gérer l’eau.

Franck Vogel – Colorado

Les problèmes que rencontrent les fleuves ne sont malheureusement pas limités aux conflits politiques entre les pays, les ravages de la pollution doivent être aussi mis de l’avant.  Mais parfois, il est trop tard pour réparer les fautes humaines. C’est d’ailleurs peut-être le cas pour le Gange, ce fleuve sacré des hindous. Celui-ci est si pollué qu’il a perdu certaines de ses capacités liées à la guérison des infections bactériennes. Malgré un programme de sauvetage qui est en vigueur depuis quatre ans, la situation ne s’améliore pas encore…

Franck Vogel – Gange

M. Vogel témoigne pour ceux qui souffrent du manque d’eau. Il défend l’idée qu’il y a assez d’eau pour tout le monde, mais qu’une part trop importante, notamment en Égypte, est polluée et qu’il y a une inéquitable distribution de cette ressource. Il faut donc que les gens défendent leur eau ! Préserver ce que l’on a, ne pas polluer et s’en occuper.

Le message de M. Vogel est clair. Il désire sensibiliser les citoyens du monde, enfants et adultes, à travers des expositions, des conférences et des documentaires. C’est pour cette raison qu’il est si important pour lui d’être dans un lycée et de rencontrer des adolescents dans le cadre d’une conférence qui facilitera les échanges d’opinions et qui ouvrira de nouveaux horizons dans leurs jeunes esprits. Désormais, il prépare une série de documentaires sur les fleuves pour Arte et, cette fois, c’est lui qui se retrouvera devant la caméra.

Franck Vogel – Mékong

Ce vernissage a permis de mettre en valeur un travail inestimable, car parmi les projets qui ont le but de sensibiliser les gens sur la problématique de l’eau, peu portent sur les fleuves. De plus, il est inquiétant d’observer de grandes rivalités entre des pays voisins pour dominer la gestion de l’eau, puis pour finalement nuire à cette ressource et la rendre inutilisable. Les relations qu’entretiennent les Homo sapiens avec la nature sont angoissantes ; elles témoignent d’un processus de destruction unilatéral… Il est évident que la revanche de la nature sera terrible.

Ekin Çankal

Photos : Franck Vogel

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