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Les images marquantes de 2019

Lors des derniers jours de l’année 2019 et dès le lendemain du solstice d’hiver, une tempête de vent s’est abattue sur Istanbul. Devant moi, la mer de Marmara, habituellement très calme, semble déchainée. J’entends le grognement des vagues écumeuses qui avancent et qui viennent s’écraser sur les rochers. Le chemin qui borde la mer est presque désert. Le vent ballotte les mouettes qui volent tant bien que mal au-dessus de la mer. Les bourrasques arrachent les dernières feuilles mortes des arbres qui s’envolent comme des oiseaux avant de tomber à terre. L’automne exceptionnellement doux que nous avons vécu cette année à Istanbul est bel et bien terminé. Bienvenue à l’hiver…

En France, l’année 2019 s’est ouverte sur la montée en force du mouvement des gilets jaunes et se termine avec des grèves de l’ensemble des syndicats qui frappent le pays et paralysent particulièrement Paris. Quelles que soient les revendications, les causes des mécontentements ne changent pas. Il s’agit de la crise économique qui touche surtout les catégories sociales les plus démunies, mais aussi de la perte du pouvoir d’achat, de la baisse des revenus et du chômage des jeunes. À ceci s’ajoute une exaspération galopante quant au fossé qui se creuse entre une minorité qui s’enrichit et le reste de la population qui s’appauvrit et dont le niveau de vie ne cesse de baisser. Par ailleurs, la corruption de responsables politiques et l’impunité dont ils bénéficient ne font qu’envenimer davantage la situation. Le fait nouveau est que ce triste constat est désormais valable pour de nombreux pays à travers le monde.

L’image marquante de cette année est incontestablement l’incendie qui a ravagé la cathédrale de Notre-Dame de Paris. C’est impuissant que le monde entier a assisté à ce spectacle de flammes qui engloutissaient un monument symbolisant 500 ans d’Histoire.

Même si elle a perdu un peu de son intensité, la question des migrants a persisté durant l’année 2019.

L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) a célébré son 70e anniversaire dans un climat de tensions. Une situation qui a semé le doute quant à la légitimité de cette alliance militaire crée durant la guerre froide et qui, grâce aux Américains, a survécu jusqu’ici. Est-ce le début de la fin ?

2019 fut en tout cas témoin d’un populisme mondial en plein essor comme l’illustrent Donald Trump, le Président des États-Unis, et Boris Johnson, le Premier ministre de la Grande-Bretagne. Depuis son élection en 2016, le multimilliardaire Donald Trump mène une politique inconsidérée et l’année 2019 a certainement été l’apogée de son action néfaste sur la scène internationale puisqu’il a attisé le feu dans la zone déjà bien instable qu’est le Moyen-Orient. En déchirant l’accord sur le nucléaire iranien, il a semé le chaos non seulement dans ce pays, mais également dans l’ensemble de la région. Si le rétablissement des sanctions américaines contre Téhéran a plongé le peuple iranien dans le désespoir, l’Irak, le Liban et le Pakistan sont désormais aussi emprisonnés dans un tourbillon funeste. Par ailleurs, son tweet annonçant le départ des troupes américaines de Syrie a déstabilisé un peu plus ce pays en conflit depuis 2011 ainsi que la Turquie.  

Quant à Boris Johnson, il a remporté le 12 décembre dernier un succès fracassant lors des élections législatives au détriment de son rival du Parti travailliste. Cette majorité écrasante des conservateurs au Parlement va lui permettre de faire passer son accord sur le Brexit et de sortir son pays de l’Union européenne (UE). Rappelons que, en juillet dernier, Theresa May avait démissionné de son poste de Premier ministre après avoir essuyé plusieurs rejets par le Parlement de ses propositions d’accord avec l’UE au sujet du Brexit. Boris Johnson est alors devenu le Premier ministre, promettant de faire passer le Brexit avant la fin de 2019. Pari relevé. Ainsi, l’incapacité des parties à trouver des compromis pour les accords raisonnés a conduit au triomphe du populisme. En cette fin décembre 2019, le monde est à l’image de notre Premier ministre Édouard Philippe, éprouvé et si peu rassurant.

En ce qui me concerne, 2019 fut l’année où j’ai découvert l’inoubliable jardin de Claude Monet, la magnifique campagne irlandaise, les vergers de Bozyer à Bolu, l’impressionnante pièce d’Eugène Onéguine de Pouchkine présentée par la compagnie russe du Théâtre Vakhtangov sur la scène de Zorlu PSM dans le cadre du Festival de théâtre d’İKSV, la paisible rivière de la Charente le long de laquelle j’ai visité les villes de Rochefort et de Cognac, mais aussi les fascinantes montagnes colorées arborant le segment final de l’autoroute Téhéran-Tabriz.

Ce fut également une année emplie de rencontres avec des personnes plus passionnantes les unes que les autres.

J’ai ainsi été marquée par l’énergie et la franchise de la Mairesse de Safranbolu Elif Köse, par l’enthousiasme de l’écrivaine Pelin Özer, par l’émotion du lauréat du Prix littéraire NDS 2019, Faruk Oyal, par l’amabilité du grand musicien polyglotte et directeur artistique de la salle Cemal Resit Ray (CRR) Cem Mansur, par l’optimisme de l’architecte et du gourmet Ibrahim Canbolat, par le succès de jeunes et talentueux musiciens de l’Orchestra’Sion dirigé par leur brillant chef d’orchestre Orçun Orçunsel, mais aussi par le courage de M. Beyti, un homme qui a su bâtir une institution et qui a révolutionné le traitement et la cuisson de la viande dans son restaurant Beyti qui reste exceptionnel en Turquie. 

Très bonne année 2020.

 Mireille Sadège, rédactrice en chef

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