Culture, Découverte, Société

Les Juifs d’Istanbul, entre tradition et modernité

La principale ville de Turquie possède l’une des plus anciennes communautés juives du monde dont les représentants tentent tant bien que mal de préserver une culture vieille de plus de sept siècles.

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La synagogue Neve Shalom de Beyoğlu.

Une des plus anciennes communautés de Turquie

Selon l’historien Naïm Gülerüz : « 90 a 96% des Juifs de Turquie sont des Sépharades (de Sefer : Espagne) descendants des Juifs expulsés d’Espagne en 1492 bien que les premiers Juifs soient arrivés dans la région au IIe et IIIe siècles avant JC. »

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Naïm Güleryüz.

En effet d’antiques synagogues datant de l’an 220 av J-C ont été découvertes dans les villes de Sardes, Milet, Priène et Phocée notamment. Pour Naïm Güleryüz, il y aurait quatre racines différentes : « les Mizrahistes, ou Juifs d’orient, arrivés après la destruction du premier temple, les Romaniotes de l’époque byzantine, les Ashkénazes et, finalement, les Sépharades. » Tandis que les premiers furent totalement assimilés par les Sépharades, les Ashkénazes, arrivés au XVe siècle pour fuir les persécutions dans les pays germaniques, ont gardé leur propre culture.

Il est aussi important de mentionner les Karaïmes, dont le nom viendrait de l’hébreu « kila » (lecture), non reconnus comme Juifs par le grand rabbin d’Istanbul. A l’instar des Samaritains de Palestine, ils rejettent l’usage du Talmud et n’observent que la loi écrite, la Torah.

D’après Naïm Güleryüz « il existe deux branches de Karaïmes. Les premiers sont des Hébreux ayant quittés Israël dans l’antiquité, tandis que les seconds descendraient des Turcs khazars convertis au judaïsme ». Aujourd’hui à Istanbul on ne compte plus qu’une cinquantaine de Karaïmes dont la synagogue souterraine se situe a Hasköy.

Une culture qui cherche à se maintenir

La ville d’Istanbul compte près de 17 000 Juifs et 21 synagogues (vingt séfarades et une ashkénaze). Naïm Güleryüz confie : « Beaucoup de Juifs ne sont pas très pratiquants. Il s’agit d’un fait plus culturel que religieux. » Cette culture se traduit aussi au niveau linguistique.

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Ivo Molinas.

Ainsi il faut distinguer le ladino du judéo-espagnol. En effet si les deux langues sont quasiment identiques, une différence de taille existe. Alors que le ladino est une langue statique qui ne change pas au fil du temps et dont la syntaxe peut être directement calquée sur les textes hébreux sacrés, le judéo-espagnol est une langue dynamique, qui subit des influences des langues des pays où elle se trouve. Pour Ivo Molinas, responsable du journal Şalom : « Bien qu’il s’agisse d’une langue en décadence nous tâchons de la préserver car c’est un pont entre hier et aujourd’hui. C’est l’un des objectifs que s’est fixé Şalom, journal composé de vingt pages en turc et d’une page symbolique en ladino ». Malgré le nombre de mariages mixtes en constante augmentation, la communauté tente de rester soudée à travers ses institutions telles que des œuvres de bienfaisance, maisons de retraite, hôpitaux, écoles et clubs de jeunes, ou avec des musées tels que celui du Cinquième centenaire dont Naïm Güleryüz est le fondateur.

La musique, quant à elle, se perpétue à travers des groupes comme Los Pasharos Sefardis, dont la chanteuse Karen Gerson Şarhon dirige un centre spécialisé sur la musique et la littérature, par le biais des makam et des romansa, chants juifs traditionnels.

La situation actuelle

Malgré plusieurs attentats ayant visé la synagogue de Neve Shalom au cours des dernières années, Ivo Molinas confie : « l’Aliyah (migration des juifs vers Israël) n’est pas très attractive car nous nous sentons Turcs. Il n’y a que 100 à 200 personnes par an environ qui effectuent cette démarche, la plupart à cause de problèmes économiques. En effet, Israël est le seul pays qui nous accepte sans conditions. Pendant six mois les nouveaux arrivants étudient l’hébreu et se font fournir un logement. » Cependant, Israël risque de ne plus être le seul pays à ouvrir ses portes à la communauté. Ainsi l’Espagne vient récemment d’approuver une loi accordant la nationalité espagnole aux Sépharades descendants des Juifs expulsés en 1492. « Si le grand rabbinat donne une attestation d’origine sépharade on vous donne la citoyenneté. C’est intéressant pour pouvoir se déplacer en Europe », dit Ivo Molinas. Ainsi les juifs d’Istanbul pourraient faire partie des premiers Turcs à devenir citoyens européens, ouverture non négligeable en cette période de troubles politiques.

Benjamin Baijot

3 Comments

  1. Meduse46

    Très intéressant.

  2. THIBAULT

    Bonjour,
    Je cherche des renseignements concernant les membres d’un famille COHEN (sans doute italiens ) qui vécurent longtemps à SMYRNE où ils étaient peut-être nés et notamment de Mandolino COHEN et de son épouse Anna BESSO (nés sans doute entre 1850 et 1860, peut-être à Smyrne) ; leurs 7 ou 8 enfants seraient
    nés à Smyrne entre 1870 et 1900 environ (dont Matteo COHEN).
    Je sais que Matteo COHEN était né à Smyrne en juillet 1884.
    Pensez vous que vous pourriez m’aider à en savoir plus concernant cette famille.
    Si oui, je vous ferais parvenir tous les autres renseignements que je possède pour faciliter vos recherches.
    Au cas où vous ne pourriez pas me renseigner directement, peut-être pourriez vous me donner des adresses courriel de personnes ou organismes susceptibles de pouvoir le faire.
    D’avance merci
    Jean THIBAULT

  3. THIBAULT

    Bonjour,

    Je suis toujours à la recherche depuis mon message du 24.12.17 de renseignements concernant Mandolino COHEN et son épouse Anna BESSO et leur famille qui comprenait 7 ou 8 enfants à Smyrne dans les années 1870 – 1922 . Un Matteo COHEN (leur fils) né en 1884 à Smyrne (de nationalité italienne donc se devait être le cas de ses parents et frères et soeurs) s’était retrouvé en FRANCE vers 1922-1926 puisque c’est là qu’il avait épousé une Française Jeanne Marie .QUEAU à Paris en 1926
    Je sais que le couple COHEN-BESSO avait dû émigrer en Grèce (plus ou moins directement)
    et qu’il est probable que ce soit dans ce pays (et vraisemblablement à CORFOU) qu’il avaient fini leur jour
    soit juste avant la Guerre 39-45, soit pendant celle-ci (victimes des nazis ??)
    D’avance un très grand merci.
    Jean THIBAULT

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