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Les Kurdes de Turquie contre une possible intervention militaire d’Ankara en Syrie

À Diyarbakır, province du sud-est turc à majorité kurde, 97 groupes de la société civile kurde ont co-signé une déclaration suite à la possibilité d’une intervention militaire turque en Syrie. Rendue publique dans la ville du même nom ce mercredi, cette déclaration met en garde contre les risques que représenterait une telle intervention.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’éventualité d’une intervention en Syrie soulevée par la Turquie n’aura pas vraiment suscité l’enthousiasme au sein du pays, ni même ailleurs. L’idée d’une opération militaire visant à imposer une zone tampon entre la Syrie et la Turquie est perçue aussi négativement par la communauté internationale et la société civile kurde, que par l’armée turque elle-même…

Dans la droite ligne de l’idéologie du quotidien Sabah [pro-gouvernemental] selon lequel le YPG serait « pire » que l’Etat islamique, le président Erdoğan s’était déclaré contre la formation d’un Etat kurde au nord de la Syrie, prêt à tout entreprendre pour en empêcher l’avènement. Dans une confusion totale des cibles et des menaces, la Turquie proposait donc mardi dernier une « opération de sécurisation » au nord de la Syrie, Ceci afin de contrer la mise en place du tant redouté « corridor kurde » le long de la frontière turco-syrienne, entraînant théoriquement la mobilisation de 18.000 troupes au sol appuyées par l’armée de l’air.

Plusieurs sources affirmaient au cours de la semaine que l’armée avait refusé d’intervenir, les généraux exigeant la formation du nouveau gouvernement en attente depuis les élections législatives du 7 juin dernier.

Pour Raci Bilici, président de l’Association des droits de l’homme de la région de Diyarbakır, cette opération « pousserait la Turquie au bord de la catastrophe » si jamais elle venait à se réaliser. En ce sens, pas moins de 97 groupes de la société civile kurde co-signaient ce jeudi sa déclaration contre une intervention militaire turque au nord de la Syrie.

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Un des membres du comité de direction du PKK [groupe armé kurde de Turquie] a quant à lui prévenu qu’une intervention d’Ankara dans le conflit syrien signifierait le retour du groupe à la lutte armée, promettant de transformer la Turquie en un véritable « champ de bataille » si jamais les Kurdes syriens étaient pris pour cible.

Mise en garde du PYD et désaveu américain

Versant politique du YPG, le PYD n’a pas manqué de réagir quant à l’annonce d’une possible intervention. Le président adjoint du premier parti kurde syrien déclarant qu’une action de la Turquie dans la région constituait « une ligne rouge » qu’il déconseillait à Ankara de franchir :

« Toute intervention dans le Rojava [nom donné au Kurdistan syrien] aura des répercussions locales, régionales et internationales qui contribueront à complexifier la situation politique en Syrie et dans l’ensemble du Moyen-Orient. » Un tel projet constituant, selon le PYD, « une menace contre la paix et la sécurité internationale. »

Il a également rappelé que l’objectif principal des milices kurdes affiliées au PYD n’était pas la formation d’un État kurde, comme le redoute tant le président Erdoğan, mais le combat contre le terrorisme dans lequel « les Kurdes se sont illustrés aux yeux du monde, à Kobané et ailleurs ». Toujours selon le co-président Salih Müslim, le président turc ferait preuve de « mauvaise foi » en dénonçant une menace imaginaire :

« Nous ne souhaitons pas un État indépendant au nord de la Syrie. Notre gouvernement démocratique autonome [autonomie de la région multi-ethnique du Rojava, mise en place en 2013 lors du conflit syrien] inclue toutes les origines, toutes les religions et toutes les croyances. Ce qui s’y passe sont des affaires ‘domestiques’. Les pays voisins n’ont aucun droit à se mêler de ces affaires domestiques. »

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Salih Müslim, co-président du PYD.

Dans un communiqué, le PYD a assuré que les Kurdes syriens de la région du Rojava (parfois considérée comme l’une des quatre parties d’un « grand Kurdistan ») étaient prêts à faire face à n’importe quel type d’agression à la frontière turco-syrienne.

Les Etats-Unis, à la tête de la coalition arabo-occidentale aux côtés de l’Arabie saoudite (et dont la Turquie fait partie) a annoncé au travers de son porte-parole au département d’Etat, John Kirby, que la coalition ne soutiendrait pas la mise en place de la zone tampon souhaitée par Ankara, considérée comme inutile et contre-productive.

 

1 Comment

  1. uyar

    oui la paix arrive

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