Economie, International

Les lycéens français coûtent 26 milliards d’euros à la France chaque année

 

Après s’être penchée en 2010 sur la réussite des élèves, en 2013 sur la gestion des enseignants, puis en 2015 sur l’accompagnement personnalisé, la Cour des Comptes s’attaque au coût du lycée français. Mardi 29 septembre 2015, la Cour publie un rapport relatif aux dépenses publiques consacrées à l’enseignement secondaire en France. Le bilan est affligeant : le lycée français coûte non seulement cher, mais il est aussi peu efficace.

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Fondée en 1802 pour former l’élite de la Nation, le lycée français a depuis subi de profondes réformes. Même si sa démocratisation semble avoir été réussie, l’efficacité du lycée peine à être démontrée. Malheureusement, une nouvelle réforme du lycée est difficile à envisager aujourd’hui. En effet, François Hollande a fait du primaire et du collège sa priorité, d’autant plus que dix-neuf mois avant les présidentielles de 2017, personne ne voudrait prendre de risque.

Dans son rapport, la Cour des Comptes a comparé la situation française à celle des pays membres de l’Organisation de Coopération et de Développement économique (OCDE). Le bilan montre que la France est le pays consacrant le budget le plus important à l’enseignement secondaire, alors que les résultats ne semblent pas être les meilleurs. Comment expliquer ce phénomène ? Quelles solutions envisager ?

L’Etat français dépense 26 milliards d’euros par an à l’enseignement secondaire. Un lycéen français coûte à l’Etat environ 10 102 euros par an, c’est 38% plus cher que la moyenne des pays de l’OCDE, qui s’élève à 7 347 euros. Cette dépense parait encore plus importante quand on sait que les résultats n’en sont pas à la hauteur.  En effet, les élèves français réussissent moins bien leurs études supérieures ou leur insertion professionnelle à la sortie du lycée, par rapport à leurs camarades des autres pays de l’OCDE. Les rapporteurs expliquent : « les résultats faibles des étudiants en licence posent, indépendamment du taux de réussite au BAC, la question de performance du lycée, tant en termes de niveau de connaissances et de compétences acquises par les élèves que de qualité de leur orientation ».

Ce décalage peut s’expliquer par le fonctionnement du système du secondaire. Il semblerait que les élèves français sont ceux qui disposent du nombre d’heures de cours le plus élevé. En effet, « Les lycées français se distinguent par un nombre d’heures d’instructions dispensées aux lycéens beaucoup plus important, répartis sur 36 semaines, alors qu’en moyenne c’est 33 dans les autres pays de l’OCDE. » d’après les propos de Didier Migaud, premier président de la Cour des Comptes. 1108 heures de cours par an contre 964 heures en moyenne pour les pays de l’OCDE. En guise de comparaison, les lycéens allemands disposent de 933 heures par an, les suédois de seulement 750 heures. Face à un tel constat, la Cour propose de rallonger l’année scolaire des lycéens, en instaurant des journées de cours moins longues. Le seul point noir de cette proposition est qu’il touche à la durée des congés des professeurs.

L’autre difficulté du lycée se trouve dans la diversité de l’offre des enseignements facultatifs. En effet, les élèves ont un trop grand choix d’options qui rassemblent moins d’élèves que les cours obligatoires, mais coûtent deux fois plus cher. En moyenne, huit matières obligatoires coûtent 504 euros par an et par élève, contre 1 030 euros pour 4 matières spécifiques. Il faudrait réduire considérablement le nombre de ces options. Le rapport préconise « le resserrement du champ des options dans la voie générale et des spécialités dans la voie professionnelle. ».

La Cour des Comptes pointe du doigt l’inefficiente répartition des établissements secondaires sur le territoire français, notamment la densité du réseau, avec beaucoup trop de lycées de petite taille. On compte 4 200 lycées en France, dont 11% accueillent moins de 100 élèves. Selon le rapport, il faudrait redimensionner les lycées et privilégier les établissements de 800 élèves.

Enfin, la Cour met en évidence la particularité du système français par rapport aux autres pays membres de l’OCDE. Nous l’avons mentionné précédemment, la France privilégie le lycée par rapport au primaire et au collège. Elle investit chaque année 5 346 euros pour les écoliers et 10 102 euros par an pour les lycéens ; contre respectivement 6 411 euros et 7 347 euros dans les pays membres de l’OCDE. En France, cela correspond à 18,6 % du budget total. Claude Lelievre, historien de l’éducation, attribue une dimension historique à ce phénomène typiquement français : « notre système privilégie les élites, leur renouvellement, voire leur élargissement ».

En résumé, le coût du lycée en France est plus élevé que dans les pays de l’OCDE, pour des résultats qui ne sont pas meilleurs. Malgré un rapport significatif sur la situation, une réforme des lycées ne semble pas envisageable, d’abord parce que réformer en profondeur le système implique de bousculer les traditions, mais surtout parce que le contexte politique ne s’y prête pas.

Kheira Djouhri

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